Le Tétralogue — Roman — Chapitre 15

26/11/2022 (2022-11-23)

[Voir :
Le Tétralogue — Roman — Prologue & Chapitre 1
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 2
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 3
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 4
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 5
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 6
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 7
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 8
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 9
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 10
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 11
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 12
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 13
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 14]

Par Joseph Stroberg

​15 — Le gouffre

Après deux nouvelles heures de recherche, les trois comparses finirent par retrouver enfin l’entrée du boyau souterrain. Elle se trouvait nettement plus à l’écart du bord de la cicatrice que le voleur l’avait cru. Et il ne se souvenait plus de ce qui avait pu alors l’amener à s’en écarter de plus d’une cinquantaine de pas, suffisamment pour que la végétation en masque presque totalement la vue. Cherchant ensuite l’entrée bien trop près du bord en comparaison, il ne risquait pas de l’apercevoir de nouveau. Heureusement, le chasseur avait à un moment suggéré de s’écarter davantage de la bordure de la faille avant de refaire le parcours parallèlement et en sens inverse !

L’entrée était presque entièrement cachée par trois buissons qui l’encadraient de près. Gnomil avait eu beaucoup de chances de tomber dessus la première fois. Il avait d’ailleurs manqué tomber dans le trou fortement oblique par lequel on accédait au gouffre. Il s’y engagea en tête, suivi par Reevirn, alors que Tulvarn fermait la marche. Celui-ci avait pour l’occasion fourni un de ses cristaux au voleur. Il s’agissait de celui capable d’émettre une faible lueur dans l’obscurité. Cette dernière serait tout juste suffisante pour percevoir le sol à quelques pas. Utiliser une torche ici aurait été suicidaire étant donné l’étroitesse du couloir, au moins dans cette première partie.

Gnomil avançait doucement en tâtant suffisamment le sol et les parois pour assurer ses prises, imité ensuite par ses deux camarades qui s’efforçaient de calquer à leur tour leurs mouvements sur les siens. L’atmosphère était lourde et moite, rendant difficiles la respiration et le déplacement. Leur progression était lente, trop lente à leur goût. Ils craignaient de perdre la trace de la Vélienne en s’enfonçant toujours davantage dans ce couloir souterrain qui tantôt ressemblait à un gouffre et tantôt à une succession de grottes plus ou moins horizontales et étroites. L’air pouvait aussi bien s’y trouver remplacé en certaines poches par des gaz irrespirables ou même toxiques. Tulvarn priait qu’il n’en soit rien. C’était le genre de chose qu’ils n’avaient aucun moyen de détecter avant qu’il ne soit trop tard.

Alors qu’ils arrivaient dans une portion plus large du boyau, Gnomil stoppa net sa marche tâtonnante. Ses pieds venaient de s’enfoncer légèrement dans un liquide froid. La faible lueur du cristal ne suffisait pas à déterminer s’il s’agissait ou non d’eau. Il y avait de grandes chances que ce soit le cas, mais de toute manière le problème maintenant n’était pas son caractère éventuellement nocif ou empoisonné, mais plutôt la probabilité qu’il pouvait représenter un obstacle imprévu. Est-ce que la masse liquide était large et profonde ? Bouchait-elle complètement le passage ? Le voleur informa ses deux compagnons du problème potentiel.

— Que faisons-nous alors ? finit par demander Gnomil.

— Bonne question, répondit Tulvarn. Je ne suis plus du tout sûr que ce soit une bonne idée de poursuivre plus avant dans ces profondeurs, si maintenant elles sont chargées d’eau. Nous ignorons tout de la quantité à franchir. Nous ne pourrons pas nécessairement retenir notre respiration suffisamment longtemps.

— Surtout moi, avec mon petit gabarit.

— Cela dépend, intervint le chasseur. Ton petit gabarit te fait moins consommer d’air, car tu as moins de poids à soulever. Et donc, tu pourrais peut-être la retenir aussi longtemps que nous.

— Peut-être bien, répliqua le voleur, mais je ne tiens pas à vérifier ici.

— Bon, alors dans ce cas, nous faisons demi-tour, conclut le moine. Et autant pour ma prétendue intuition. Ça n’en était pas une ou bien il fallait que nous descendions ici pour perdre du temps.

— D’accord, répondirent simultanément ses deux acolytes !

— Mais pour ma part, continua seul Gnomil, je ne vois pas l’intérêt qu’il y aurait à perdre du temps, sachant qu’ainsi nous perdrions plus facilement la trace de la dame.

— Eh bien, proposa Reevirn, perdre apparemment du temps peut laisser à certains événements le temps de se réaliser.

— Comme quoi ? interrogea aussitôt le voleur, particulièrement dubitatif.

— Je ne sais pas, pour l’instant. Seul le temps le dira, répondit le chasseur avec une pointe d’amusement dans la voix.

— En attendant, sortons toujours d’ici, conclut le moine. Nous verrons bien.

Les trois compagnons se mirent donc en route en sens inverse, toujours dans le même ordre de marche. Monter leur parut plus facile, même si l’effort physique demandé était supérieur. Ils reconnaissaient en effet en général les lieux par lesquels ils venaient de passer quelque temps auparavant. Ils avaient donc moins besoin de tâtonner et de prendre garde où ils mettaient les pieds.

La journée était fort avancée lorsqu’ils se retrouvèrent à l’air libre. Ils décidèrent donc de bivouaquer sur place et de remettre au lendemain le franchissement de la faille. Il leur fallait pour l’heure trouver comment.

— Eh bien, dans cette folle tentative, nous n’avons effectivement fait que perdre du temps, déclara Tulvarn lorsqu’ils furent tous assis par terre en position de repos.

— Pour sûr ! approuva Gnomil. Et nous allons finir par perdre définitivement la trace.

— Non. Je la sens encore, les rassura le chasseur. J’ai même l’impression qu’elle est plus nette maintenant, ce qui est bizarre.

— Plus nette ? interrogea le moine intrigué.

— Oui ! Donc, soit elle a davantage de vitalité qu’auparavant, soit elle se rapproche de nous. Dans les deux cas, je n’ai pas d’explications à fournir.

— Étrange ! mentionna le voleur. Mais tout est étrange depuis que j’ai rencontré notre moine.

— Ouais, je pourrais en dire autant depuis que je t’ai mis le grappin dessus, répliqua ce dernier sur un ton amusé.

— Je manque de références mémorielles pour déterminer si cela me serait inhabituel ou non, intervint Reevirn. Mais d’une certaine façon je vis tout comme une étrangeté depuis que je suis revenu à moi. Je découvre presque tout comme une nouveauté. Heureusement que je sais encore marcher et manger !

— Oui, je me vois mal te porter sur mon dos en plus des sacs, le taquina le moine.

— Ha ! Ha ! Ha ! s’esclaffa Gnomil, je voudrais bien voir ça !

— Ce serait encore plus drôle si tu devais le porter, répliqua Tulvarn.

— Ah non ! D’abord, je serais tout de suite écrasé par son poids.

Les trois compagnons discutèrent encore un moment avant de s’allonger chacun dans un abri en toile cirée pour dormir. Ils décideraient plus tard de la route à prendre pour contourner la faille et rejoindre ainsi la Vélienne survivante.

(Suite : Le Tétralogue — Roman — Chapitre 16)

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