Les États-Unis vont-ils se désunir ?

[Extraits de Dedefensa.org]

(…) enquête de l’honorable Center for Politics de l’université de Virginie. La guerre civile n’est pas inéluctable lorsque les deux ennemis jurés sont d’accord pour se séparer.

Pour l’heure, ce que nous dit cette enquête est bien que nous avons, non pas un affrontement, non pas une mésentent,e mais une irrémédiable fracture que les deux camps s’accordent pour juger irréversible.

« Plus de la moitié des Américains qui ont voté pour Trump sont favorables à ce que les États “rouges” [républicains] fassent sécession de l’Union, selon un récent sondage qui révèle également que près de la moitié des électeurs de Biden sont du même avis. La nation est-elle en route vers une guerre civile 2.0 ?

Selon un sondage publié vendredi, quelque 52% des électeurs de Trump interrogés par le Center for Politics de l’université de Virginie estiment que le pays se porterait mieux si les États à vote républicain (“rouges”) faisaient sécession de l’Union pour former leur propre nation. Un quart de ces électeurs sont tout à fait d’accord avec ce sentiment.

Les électeurs de Trump ne sont pas les seuls à penser qu’il est temps pour les États-Unis de se désunir. Quelque 41% des électeurs de Biden approuvent également cette idée, et un plus petit pourcentage, – 18%,– sont fortement d’accord.

Les implications pour l’“autre’ parti si la sécession n’avait pas lieu sont sans aucun doute plus inquiétantes. Une majorité non négligeable des électeurs de Trump et de Biden sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle “si notre société le veut, il est du devoir de tout vrai citoyen d’aider à éliminer le mal qui empoisonne notre pays de l’intérieur”. Il est bien sûr évident que personne ne se présente pour défendre “le mal” ou s’identifier à lui, et il apparaît tout aussi évident que les deux partis se réfèrent à l’autre lorsqu’ils utilisent un tel terme.

Des pourcentages énormes de 80% des électeurs de Biden et de 84% des électeurs de Trump sont d’accord pour dire que les élus de l’autre parti “présentent un danger clair et immédiat pour la démocratie américaine”.

En ce qui concerne les “valeurs”, près de 90% des électeurs de Trump pensent que le parti démocrate veut “éliminer l’influence des valeurs traditionnelles dans la vie et la culture américaines”, tandis que 78% des électeurs de Biden pensent la même chose, – en substituant “progressiste” à “traditionnel”.

Ce n’est pas nécessairement seulement la haine ou le dédain qui est à l’origine de ce clivage, – dans de nombreux cas, c’est la peur qui domine. Les électeurs de Biden et de Trump (80% et 82%, respectivement) craignent qu’eux-mêmes ou un de leurs proches “ne subissent une perte ou une souffrance personnelle en raison des effets des politiques [du parti adverse] à l’avenir”. 

Près des trois quarts des deux partis ont perdu la foi dans le premier amendement, suggérant que “certaines sources médiatiques des extrêmes [droite/gauche] sont devenues si mensongères qu’elles devraient être censurées pour mettre fin à la diffusion de mensonges dangereux”.

Les deux partis considèrent les médias qui favorisent le “camp” opposé comme un bras de facto du parti concerné. 77% des démocrates estimant que Fox News, par exemple, est un organe de presse du GOP qui diffuse des fausses nouvelles, tandis que 88% des républicains considèrent MSNBC comme une ruche de faux jetons progressistes.

Ne voyant apparemment pas de place pour la nuance, 76% des électeurs de Trump déclarent qu’il n’y a “aucune différence réelle entre les démocrates et les socialistes”, tandis que 56% des électeurs de Biden répondent qu’il n’y a “aucune différence réelle entre les républicains et les fascistes”.

En imaginant comment réparer leur nation divisée, une minorité non négligeable, tant à gauche qu’à droite, a donné libre cours au totalitarisme qui sommeille en elle, suggérant que “ce serait mieux pour l’Amérique si le président, quel qu’il soit, pouvait prendre les mesures nécessaires sans être contraint par le Congrès ou les tribunaux”. Bien que ce chiffre ne s’élève qu’à 46% pour les Démocrates et seulement 44% pour les Républicains, les deux “camps” ont été assez ouverts quant à leur désir d’un “leader puissant” qui pourrait “détruire les courants radicaux et immoraux qui prévalent dans la société actuelle”.

Pas moins de 82% des républicains sont prêts à embrasser un tel homme fort (ou femme forte), et même 62% des démocrates approuvent cette idée. Une proportion similaire pense qu’il y a “beaucoup de gens radicaux et immoraux qui essaient de tout gâcher” et que “notre société doit les arrêter”.

Les sondeurs n’ont pas demandé qui étaient ces personnes radicales et immorales, supposant peut-être que c’était l’autre parti qui servait de bouc émissaire, – bien que le vitriol contre ces “radicaux” ait reçu une approbation bipartite beaucoup plus importante que le clivage politique lui-même.

Les médias américains, –  en particulier ceux du courant dominant, – déplorent souvent le manque d’unité nationale, qu’ils imputent principalement à Trump et à ses partisans. Même le rapport de Mediaite sur le sondage qui a montré que le désir de sécession est bipartisan semblait conçu pour diviser davantage la population, déclarant dans son titre que les “électeurs de Trump” sont ceux qui demandaient la sécession même si plus de 40% des électeurs de Biden appellent à la même chose. »

La “Guerre Civile 1.0” comme l’on dirait en termes numériques, ou Guerre de Sécession comme l’on dit d’une manière plus conforme à la vérité historique, opposait deux camps aux buts opposés : le Sud voulait la sécession, le Nord s’y opposait. Le feu et le sang réglèrent ce désaccord. Dans le cas de 2021 (…) ce qui frappe est l’accord pour considérer l’irrémédiabilité du désaccord. L’affrontement le cède à l’entente pour le divorce. (…)

Tout cela doit être pour l’instant considéré comme théorique puisqu’il n’existe aucune “unité” réelle et franche, de type géographique ou ethnique, entre les deux camps. (…) Cette situation qui reste notablement éparpillée est un problème certainement très lourd pour une sécession ordonnée. Pour autant, l’activisme désormais bien connu des gouverneurs des États (essentiellement conservateurs), avec l’exercice de leurs pouvoirs au maximum prévu et en confrontation directe avec le “centre” de Washington D.C. (complètement progressiste), montre que la vie politique est en cours de changement.

(…)

Il est difficile, voire impossible, d’envisager un avenir optimiste pour la cohésion des États-Unis d’Amérique. Les USA ne se sortiront pas de cette crise dans leurs structures actuelles… Pour rendre le propos plus clair en le renversant : cela signifie que la crise ne se dénouera qu’avec la fin des États-Unis dans leurs structures actuelles, et donc l’une ou l’autre formule de sécession(s), de fragmentation, de dislocation.

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