Le Tétralogue — Roman — Chapitre 30

25/01/2023 (2023-01-22)

[Voir :
Le Tétralogue — Roman — Prologue & Chapitre 1
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 2
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 3
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 4
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 5
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 6
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 7
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 8
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 9
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 10
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 11
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 12
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 13
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 14
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 15
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 16
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 17
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 18
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 19
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 20
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 21
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 22
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 23
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 24
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 25
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 26
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 27
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 28
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 29]

Par Joseph Stroberg

30 — Réveil brutal

La nuit était à peine éclairée par une petite portion de Matronix lorsqu’une sensation de piqûres douloureuses finit par tirer Gnomil de son sommeil. Quelque chose avait pu percer le cuir de ses jambes et semblait déterminé à remonter le reste du corps. Réalisant soudainement le fait, le voleur réagit vivement en voulant chasser le ou les intrus d’un mouvement brusque de ses membres inférieurs, mais le geste fut immédiatement stoppé par une emprise solide qu’il ne parvenait pas à identifier. Il bascula alors rapidement en mode panique et se mit à hurler tout en cherchant désespérément à se libérer. Peine perdue ! Ses collègues continuaient apparemment à dormir et lui-même ne pouvait toujours pas à bouger suffisamment pour se soustraire à la menace. Après plusieurs instants, se rendant compte que ça ne l’arrangeait pas d’avoir peur, il essaya de se calmer pour mieux réfléchir afin de trouver une solution.

Un bref examen de la condition de son corps apprit rapidement à Gnomil qu’il ne pouvait déplacer que son bras gauche, mais de manière laborieuse. Cela tombait bien, car sa dague se trouvait justement à sa taille de ce côté. Il lui faudrait cependant se montrer particulièrement habile pour parvenir à la sortir de la glissière. Heureusement que celle-ci ne consistait qu’en une courte bande d’étoffe rigidifiée collée sur la ceinture et non un fourreau complet. Par contre, étant donné le positionnement de la dague par rapport à son bras semi-prisonnier, il devrait tenir celle-ci par la lame et la remonter dans la glissière pour l’en sortir. Un faux mouvement et il risquait de s’entailler sévèrement les doigts ou même la main.

La manœuvre se révéla bien plus difficile que le voleur l’avait supposé, car il ne pouvait guère plier son bras et devait se contorsionner tant bien que mal de différentes manières, étant donné le peu de place disponible sous l’espèce d’étrangeté qui le maintenait prisonnier. Et maintenant que la lame avait pu être totalement extraite, il ne parvenait plus à la toucher de ses doigts : comme le manche se trouvait à la hauteur de son épaule gauche, même si la lame restait le long de son flanc, la pointe était désormais hors de portée de sa main. Il reprit ses contorsions pour progressivement repousser le manche vers le bas de son corps, mais le faire en position horizontale et presque entièrement prisonnier se révélait horriblement ardu, d’autant plus qu’il était au bord de la déshydratation complète et n’avait rien mangé depuis plus de deux ou trois jours. Il en avait même perdu le compte et ignorait combien de temps il avait dormi.

À force de gesticulations, le voleur finit malgré tout par sentir enfin le contact de la pointe de la lame du bout de ses doigts puis par parvenir à s’en saisir pour lui faire poursuivre son mouvement vers ses jambes, de sorte à pouvoir atteindre le manche. Après plus d’une heure de cet exercice éprouvant et épuisant, il put enfin saisir ce dernier d’une poigne qu’il espérait ferme, mais qui se révéla bien molle. Il dû déployer toute sa volonté et le reste de son énergie pour lever la lame de sorte à entamer la chose qui l’emprisonnait. Malgré tout, grâce à la magie de la dague, la matière de ce qu’il ne parvenait toujours pas à distinguer à cause de l’obscurité fut tranchée net, lui permettant de s’extraire et de se mettre debout. Là, il en profita aussitôt pour chasser trois bestioles qui entre temps avaient continué à le piquer ici et là, alors que sa concentration lui avait fait presque oublier la douleur occasionnée. Il les vit vaguement fuir plus loin sans parvenir à déterminer de quoi il s’agissait tellement elles apparaissaient juste comme des taches à peine différentes du reste du paysage immédiat. Il ne discernait pas davantage ses compagnons toujours endormis, mais devinait vaguement leur forme sombre de part et d’autre de sa position, en tant que zones allongées légèrement plus obscures que le reste.

Ayant monopolisé le minuscule reste d’énergie qu’il lui restait, Gnomil parvint à libérer tour à tour ses trois compagnons grâce à sa dague enchantée. Il les réveilla chacun d’une claque sur la figure et leur fit part de la situation et de son épuisement extrême avant de s’effondrer presque mort au pied de la cristallière. Celle-ci se munit d’un de ses cristaux régénérateurs pour tenter de revitaliser un minimum le voleur.

Tandis que le jour pointait timidement, Tulvarn partit sabre en main à la recherche de nourriture, suivi de près par Reevirn prêt à tirer une flèche. Ni l’un ni l’autre n’était en grande forme, mais il leur restait malgré tout plus d’énergie qu’au voleur et avec un peu de chances, ils pourraient tomber sur un gibier un peu connu ou sur quelques plantes familières. La chaleur se faisait déjà sentir, alors que les odeurs subtiles qui leur parvenaient de la zone leur étaient inconnues. La légère brise ne serait pas suffisante pour les rafraîchir et s’ils voulaient survivre aux prochaines heures, il leur faudrait peut-être un miracle. Le moine n’était pas très optimiste et se demandait une fois de plus s’il n’avait pas été présomptueux et fou de s’être ainsi lancé dans cette aventure et surtout pour y avoir entraîné également trois autres Véliens. S’il en tirait le bilan, ce n’était pour l’instant qu’une série de fiascos rarement entrecoupée d’épisodes favorables. Ils avaient failli périr à plusieurs reprises. Ils n’avaient toujours aucune certitude que le Tétralogue existe. Jiliern risquait de perdre ses œufs…

Le moral du chasseur n’était pas plus élevé. Il ruminait encore sa culpabilité pour la mort de ses amis chasseurs. Il les avaient massacrés comme s’il appartenait à la guilde des assassins et si leur tête avait été mise à prix. Jamais il ne se le pardonnerait, même s’il l’avait fait pour leur éviter de tomber entre les griffes du sorcier et même s’ils avaient pu avoir l’intention de faire la même chose envers lui. Un chasseur ne tuait pas de Véliens, mais seulement des animaux blessés, handicapés ou trop limités pour survivre dans de bonnes conditions. Ce qu’il avait fait était donc impardonnable à ses yeux, même s’il avait pensé ne pas pouvoir faire autrement et que le sort de ses amis eut été autrement pire que la mort. Tomber sous la coupe d’un sorcier signifiait habituellement, selon les légendes, l’asservissement corps et âme de l’infortunée victime. Cependant, dans un timide éclair d’inspiration, le Reevirn éprouva soudainement le besoin d’interroger le moine :

— Sieur Tulvarn, puis-je vous poser une question ?

— Ah non ! tu ne vas pas toi aussi te mettre à me traiter de « sieur », j’ose espérer.

— Oh, pardon, je ne sais pas pourquoi j’ai imité notre ami le voleur. Peut-être la fatigue… Me permettez-vous néanmoins de vous poser une question ?

— Bien sûr, cher Reevirn.

— Que vaut-il mieux, d’après les moines, entre mourir et survivre (mais ceci en étant esclave) ?

— Je ne pourrais répondre pour les autres moines, car notamment tous les maîtres de temples ne dispensent pas nécessairement les mêmes enseignements. J’ignore si tous les moines de Veguil le considèrent ainsi, mais je te répondrai sur la base du point de vue que la conscience survit à la mort physique. Dans ces conditions, est-ce qu’il lui est préférable de vivre esclave ou plutôt de mourir libre ?

— Je l’ignore, c’est pour cela que je vous pose la question.

— Es-tu sûr de l’ignorer ? Ici, en ce moment, notre conscience se sent limitée dans ce corps au bord de l’épuisement. Elle ne croit pas avoir le pouvoir de s’en sortir par sa seule volonté. Nous marchons péniblement dans ce paysage presque désertique à la recherche de nourriture et d’eau. Comment se sentirait-elle si de surcroît elle devait obéir sans discussion à un puissant seigneur en provenance de l’ancien empire zénovien ? Ou pire, si elle ne pouvait nullement lutter contre les injonctions d’un sorcier et qu’elle les accomplissait comme si elle n’était qu’un simple pantin de ce dernier ? Comment te sentirais-tu ?

— À bien y réfléchir, je serais vraiment abattu, déprimé. Je perdrais le goût de vivre. Comme chasseur, les grands espaces de Veguil me procurent un grand sentiment de liberté. Mais si je devais ainsi devenir esclave… eh bien je ne le supporterais pas longtemps. Je ne sais pas ce que je ferais alors ni même si j’aurais la force de le tenter.

— Eh bien, vois-tu mon ami, j’ai beau être encore très maladroit en certaines circonstances, je préfère de loin ceci et notre condition actuelle à devoir vivre l’esclavage. Et je crois que la plupart des Véliens et des Véliennes ressentent les choses de manière assez similaire dans ce domaine. Et donc, préfères-tu vivre esclave ou mourir libre ?

— Je n’avais jamais envisagé les choses ainsi, ou plus exactement, je ne m’étais jamais interrogé à ce propos.

— Mais comme tu luttes actuellement pour retrouver une joie de vivre — n’est-ce pas ? — à cause de cette culpabilité qui t’étreint, cette question a fini par se présenter à toi. Et c’est une très bonne chose, à mon avis. Tu vas pouvoir te libérer, maintenant… Voilà que j’ai l’impression que mon vieux maître parle à travers moi. Peut-être est-ce le cas, après tout. Plus sérieusement, penses-tu que tu doives continuer à te culpabiliser ?

— Non. Je réalise grâce à vous que malgré tout, le sort de mes amis ne pouvait pas être pire que ce qui les attendait si ce sorcier guerrier les avait pris sous sa domination.

— Pas grâce à moi. Tu as fait l’essentiel : poser la question. Tu aurais très bien pu trouver seul ensuite la réponse. Surtout si nous n’étions pas aussi épuisés. Mais concentrons-nous maintenant sur la chasse, car chaque instant compte désormais.

— Oui.

Sur cette simple approbation, les deux compères se turent et reportèrent leur attention sur le paysage environnant, à la recherche d’une source de nourriture ou d’eau. Aucun animal présent dans la zone ne leur était familier, à part quelques espèces d’animaux volants qui pour l’instant restaient de toute manière hors de portée. Il leur faudrait alors rapidement que la chance tourne en leur faveur s’ils voulaient survivre.

(Suite : Le Tétralogue — Roman — Chapitre 31)

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