Le Tétralogue — Roman — Chapitre 25

11/01/2023 (2023-01-07)

[Voir :
Le Tétralogue — Roman — Prologue & Chapitre 1
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 2
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 3
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 4
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 5
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 6
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 7
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 8
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 9
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 10
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 11
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 12
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 13
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 14
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 15
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 16
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 17
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 18
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 19
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 20
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 21
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 22
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 23
Le Tétralogue — Roman — Chapitre 24]

Par Joseph Stroberg

​25 — Glisser sur l’océan

À la bibliothèque principale de Beltarn’il, les quatre compères apprirent que les navires ne pouvaient prendre la mer que lors des plus grandes marées si l’on ne les soulevait pas à l’aide de quatre bnégols, d’énormes quadrupèdes mangeurs d’herbacées qui étaient utilisés pour tracter de lourdes charges. On attachait alors à chacun d’eux l’un des quatre cordages, grâce au large anneau qu’on devait préalablement lui installer autour du cou. Ces animaux étaient suffisamment costauds pour soulever chacun près d’un tiers du poids d’un des navires. À quatre, ils pouvaient donc le porter sans effort excessif afin de le faire parvenir jusqu’au niveau courant de la mer, même si celle-ci se trouvait à marée basse. Un animalier se chargeait de les conduire puis de les ramener ensuite à leur lieu habituel de pâturage. Ils se montraient très dociles et en raison de leur épaisse carapace ne craignaient que de très rares espèces de prédateurs telles qu’on en trouvait dans la jungle des plaines de l’Ouest.

Renseignements pris, le quatuor finit par trouver un animalier disposé à les accompagner au port avec quatre bnégols adultes et y parvint sans encombre. Là, ils aidèrent ce dernier à attacher un des navires aux animaux, puis le suivirent à allure modérée en direction de l’océan. Ils finirent par en atteindre le rivage après plus d’un millier de pas et déchargèrent alors des quadrupèdes de leur fardeau. La mer était calme et de légères vagues léchaient à intervalle régulier le rivage. Dès que le navire fut à l’eau, ils remercièrent chaleureusement l’animalier qui s’éloignait déjà et sautèrent sur la partie radeau pour aller rejoindre l’habitacle en son centre.

À Beltarn’il, un marin rencontré à un moment donné leur avait appris que personne ne savait comment les navires fonctionnaient. Il suffisait apparemment de se placer dans l’habitacle et celui-ci partait automatiquement vers l’objectif choisi par les passagers, pourvu que ce dernier soit unique. Par contre en cas d’un seul désaccord, le vaisseau refusait obstinément de bouger autrement que sous l’effet éventuel d’un courant marin. Comme les quatre compères souhaitaient tous se rendre sur le continent du Sud, le navire se mit à glisser à vitesse croissante sur la surface des flots, ceci jusqu’à atteindre une vitesse de croisière que nul Vélien n’aurait pu soutenir plus de quelques instants à la nage. Pourtant, ils étaient de bons nageurs, grâce à leur puissante musculature. Néanmoins, étant donné l’éloignement de leur destination, ils devraient passer une quinzaine de journées dans l’habitacle du navire. Celui-ci était assez vaste pour permettre à dix Véliens lourdement chargés de tenir pendant toute la durée d’une traversée, même jusqu’au continent le plus lointain. D’après ce qu’on leur avait dit à la bibliothèque principale de Beltarn’il, il était en réalité assez rare de voir autant de Véliens voyager en aussi grand nombre à la fois sur l’un des navires disponibles. Ces derniers étaient le plus souvent empruntés par des érudits et par des pèlerins solitaires, plus rarement par d’autres corps de métier. Il n’existait notamment aucun commerce digne de ce nom sur Veguil, en raison de l’abondance des ressources animales et végétales sur la majeure partie des quatre continents. Et aucun d’eux ne vivait dans les zones plus désertiques.

Alors que le navire glissait sur un océan calme, Tulvarn et ses quatre compagnons avaient tout le loisir de se reposer et de donner libre cours à leur imagination ou à leurs interrogations, ce qu’ils firent chacun à sa manière. Le voyage, bien que long et potentiellement ennuyeux leur permit par ailleurs de mieux faire connaissance, par le récit de mésaventures diverses et de leurs occupations principales avant de se lancer dans cette quête du Tétralogue. Jiliern vivait de surcroît une expérience à laquelle elle n’avait pas songé auparavant : elle sentait en elle quatre œufs grandir et qu’il lui faudrait d’ici deux cycles les libérer pour donner naissance à autant de nourrissons véliens. Elle était plus affamée qu’à l’accoutumée et avalait à elle seule presque autant que deux de ses compagnons réunis. À ce rythme, leurs réserves risquaient de se trouver épuisées avant la fin de la traversée. Il leur faudrait alors tenter d’attraper des poissons ou d’autres animaux marins en stoppant momentanément le navire, alors que ceux-ci étaient nettement plus rares aussi loin des côtes, du moins à une profondeur accessible. La cristallière espérait qu’elle et ses compagnons n’en arriveraient pas à ce point.

Reevirn s’interrogeait quant à lui sur ce que pouvait donner la chasse à des animaux marins. Il savait que l’eau freinait grandement les projectiles et une flèche ne pourrait se montrer mortelle que contre des relativement petits poissons touchés à faible distance. Autant dire que son arc ne serait pas franchement utile dans la plupart des cas. Et s’ils rencontraient d’énormes créatures marines, même le sabre du moine risquait de se révéler peu efficace.

Quant à l’esprit de Gnomil, il se remplissait d’images de pièges, de trappes et d’embûches diverses, parfois compensées par la découverte de mystérieux trésors, sachant que la diabolique cité de Cristal risquait de receler une multitude des uns et des autres. De plus, il craignait que leur chemin les oblige à passer par le labyrinthe de Trinestarn, car c’était le seul connu de l’équipe, et encore, par ouï-dire.

(Suite : Le Tétralogue — Roman — Chapitre 26)

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