Macron-Mélenchon ou la charia avant les bœufs

Par Lucien Oulahbib

[© Crédit photo : Archives AFP]

Entre deux bateleurs de grand chemin, lequel choisir ? Se demande, lassé, apeuré, le Marais. D’autant que leur programme se ressemble, malgré l’impression du contraire (en l’occurrence les tranches d’imposition et le degré de spoliation), qu’il s’agisse du multiculturalisme intégral (« il n’y a pas de culture française » versus « l’obscurantisme chrétien » opposé à «l’apport des civilisations arabes »), de la fluidité de genre (« votre problème, c’est que vous considérez qu’un père est forcément un mâle » versus «inscrire dans la Constitution la possibilité de changer de sexe »), le tout bien préparé en amont par un bombardement idéologique permanent dans les écoles les médias, les « institutions » à la solde.

Mais n’est-ce pas là placer la charia avant les bœufs ? Il n’est pas sûr en effet qu’accroître ainsi le multiculturalisme par un relativisme et un fractionnement exacerbés, une immigration massive de plus en plus encouragée (qui vient par ailleurs culbuter et culpabiliser les premières générations en voie d’assimilation) ait l’effet escompté. Il n’est pas sûr que les nouveaux entrants s’accommodent d’un tel bouleversement des mœurs, tant cette dite « fluidité » des rôles et des genres s’avère non seulement violemment rejetée par le multiculturalisme plus « traditionnel » qui s’installe et culpabilise les premières générations (« noir, arabe, juif » de service, clament les Suivantes aux ordres), mais en devient de plus sans aucun doute le justificatif même pour que, en son sein, croissent les tendances les plus retorses à cette « décadence », comme elles le décrivent dans leurs prêches, se servant certes des facilités octroyées par les deux M [Macron-Mélanchon] pour s’installer, mais rejetant toute cette fluidité annoncée par un séparatisme non seulement « culturel », mais territorial…

Les deux M et leurs entourages respectifs ne le pensent pas, hurlent au racisme et au complotisme, croyant ainsi éviter l’erreur effectuée par les « démocrates » algériens et « iraniens », ou comment pourtant l’alliance avec leur contraire les mena à leur perte. Mais en France, la prétention de se sentir supérieur, en soi, est telle que cette possibilité de soumission à plus fort spirituellement puis territorialement se trouve écartée, et ce d’un revers de main hautain et méprisant. Un peu comme pour l’idée communiste qui aura certes échoué partout, mais ce, non pas parce qu’elle serait viciée au départ, clament ces thuriféraires (éliminer définitivement l’envie, la jalousie, la corruption par l’emprise d’un état total sui generis posé comme état intime à imiter), mais « seulement » parce qu’elle n’aurait pas été menée par les seuls et vrais révolutionnaires qui ne peuvent être que Français avec 1789 comme exemple phare : la France en URSS qui aurait « réussi » avec son État social omnipotent.

Il existe en effet une sorte d’imaginaire non-dit tissé d’un nationalisme révolutionnaire à la française (« Révolution », titre d’un livre de Macron) installé au cœur d’un internationalisme globalisant fantasmé (Mélenchon) avec à sa tête nos deux « éclairés » (le « wokisme » américain en est en réalité un simple remake) ; et nos deux M se voient bien en « leaders charismatiques » siamois capables de mener à bien l’idée communiste, mais Cyber-rénovée à la façon néo-maoïste, ou comment se servir de l’outil capitaliste comme couteau suisse qui permet de créer enfin cet État total servant « en même temps » de canevas nounou et de père fouettard pour modeler tous les états intimes, ou le totalitarisme à son stade enfin abouti.

Les deux M sont certes adversaires, mais en apparence. Si en effet Mélenchon grignote ces temps-ci quelques points dans les sondages (aussi fiables que ceux de 2002), il le doit certainement aux révélations sur l’emprise techno-scientiste et hygiéniste de l’outil McKinsey dont s’est servie la nounou Macron pour accomplir la marche de plus en plus funèbre qui accompagne l’effondrement, masqué, du mode de vie made in France. Mélenchon en serait, lui, le versant père fouettard, au cas où la Secte trans/globaliste déciderait d’en accélérer le processus d’embaumement (déjà Médiapart refait du Fillon en taillant un costard au candidat PC qui fait de l’ombre), puisqu’il s’agit de spolier encore plus les classes moyennes supérieures, de détruire définitivement le nucléaire, la famille « hétéro-normée », d’accélérer enfin le déversoir de millions d’immigrés à la fois pour masquer la faillite de la décolonisation et de l’aide onusienne au « développement » d’une part, pour, d’autre part, repeupler électoralement façon libéraux américains et castristes en construisant ces immenses lotissements dits « sociaux » — les habitants munis ainsi de leur carte de séjour multifonction (et Q.R code) qui peuvent toucher l’allocation universelle, voyager, bénéficier de tel ou tel service s’ils votent « bien » comme au Venezuela et en Chine.

Face à ce rouleau compresseur (dont les deux M sont les deux têtes siamoises) et qui a décidé désormais d’élargir la guerre contre le virus C-19 versus Poutine, la tentation est alors grande de baisser les bras, de se « barrer », au lieu de chercher à l’arrêter, ce qui est certes sans doute plus facile à écrire qu’à faire. Mais n’est-il tout de même pas possible de créer non seulement des armes hypersoniques comme des résistances multiformes à coup de dénonciations et de manifestations de plus en plus massives, façonnant également des essaims de drones symboliques et pratiques capables d’enrayer façon jeu de Go chaque point de la Matrice ?… « L’imagination au pouvoir » disait-on naguère un… 22 mars…

« Impossible n’est pas français » une autre formule (plus qu’un dicton) de chimie politique qu’il s’agirait alors, et ce, maintenant, de réaliser.

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