Le point de non-retour de Trump

Le point de non-retour de Trump

09/09/2020 (2020-09-09)

[Source : Réseau International]

par Tom Luongo.

Quand j’ai écrit que le coup d’État contre le Président Trump s’était transformé en Guerre Civile, je ne plaisantais pas. Le simulacre de destitution a créé l’environnement parfait pour que les Démocrates et les Républicains obtiennent de lui quelque chose de définitif en faisant s’affronter la Chambre et le Sénat l’un contre l’autre.

Avec le Territoire Occupé par le Sénat Néoconservateur, l’escalade de la belligérance depuis que la Présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, a fait passer le vote de mise en accusation a été sérieuse.

Tout d’abord, il y a eu la clause du NDAA qui a augmenté les sanctions contre tous ceux qui voulaient travailler sur Nordstream 2. Ensuite, Lindsey Graham a fait passer le projet de loi DASKA, franchement insensé, par la Commission Sénatoriale des Relations Étrangères.

Pelosi a forcé son vote de mise en accusation par la Chambre sur des lignes partisanes. Puis, outrepassant clairement son autorité, elle a refusé de porter l’acte d’accusation devant le Sénat en espérant y ajouter une accusation plus grave, comme obstruction à la justice ou trahison pour avoir blanchi de l’argent russe par l’intermédiaire de la Deutsche Bank.

C’est dans ces circonstances que nous devrions considérer les événements de la semaine dernière en Irak, en particulier le meurtre du Commandant de la force Al-Qods du CGRI, Qassem Solemaini.

Parce que j’ai averti dès le début de cette mise en accusation, Trump n’était qu’à 17 voix au Sénat de la condamnation. Et l’échec de sa part à répondre à une attaque sur nos troupes maintenant ou sur notre sol, l’ambassade à Bagdad, aurait été suffisant pour retourner autant de personnes contre lui et installer Mike Pence.

En fin de compte, nous sommes tenus captifs par une minorité de trotskistes fous de pouvoir, sans aucune capacité de pardon ou d’humilité. Ils croient à l’ordre social par le fouet et l’épée.

Vraiment maoïste dans leur pensée, le seul pouvoir politique qui existe vient du canon d’un fusil. C’est pourquoi il n’y a eu aucune possibilité de diplomatie avec l’Iran.

L’Iran doit être détruit. Si ce n’est pas aujourd’hui, c’est demain. Si ce n’est pas demain alors le jour d’après. Cela ne s’arrêtera pas.

Et toute diplomatie potentielle a été sabotée à chaque fois. La paix ne peut se faire que par la soumission. Les exigences imposées à l’Iran après la décision désastreuse de Trump de se retirer du JCPOA n’étaient rien d’autre qu’une tentative de changement de régime, le Secrétaire d’État néoconservateur Mike Pompeo y a veillé.

Un homme comme Solemaini ne se soumettrait jamais à cela. Et pourtant, mener une guerre contre l’Empire se réduit toujours à du terrorisme pour la vendre au public.

Qu’on le veuille ou non, Trump a exécuté l’homme le plus responsable de la destruction systémique de Daech et de la neutralisation d’Al-Qaida en Syrie et en Irak. C’est aussi un homme qui, au fil des ans, a combattu les États-Unis jusqu’au statu quo dans tout le Moyen-Orient.

Ce sont là ses crimes capitaux.

Les résultats de ces combats étaient de donner du pouvoir aux ennemis d’Israël au Liban, en Syrie et en Irak. La Russie et la Chine ont soutenu cela dans leur propre intérêt. La Turquie s’est rendu compte qu’elle était utilisée.

Il n’y avait aucun moyen de contourner cela. C’était une conséquence directe de la victoire de la bataille pour empêcher la Syrie de devenir un État en faillite.

Et c’est un objectif que toute personne rationnelle devrait souhaiter.

C’est l’escalade la plus dangereuse de l’administration Trump. Rien de ce qu’il a fait jusqu’à présent n’est comparable au fait de tuer Solemaini et de s’en attribuer immédiatement le mérite.

Rien de ce qu’il a fait n’est plus sourd ou disproportionné. Et rien de ce qu’il aurait pu faire ne serait plus galvanisant pour la résistance à l’occupation US de l’Irak et de la Syrie.

Trump, à son crédit, a retenu les néocons à des moments critiques au cours des deux dernières années. Après l’abattage de l’avion russe ELINT, Trump a travaillé avec Poutine pour négocier une trêve qui aurait vu les forces iraniennes en Syrie se retirer du Golan comme un début de changement de la dynamique là-bas.

Benjamin Netanyahou a dit non, tous les Iraniens hors de Syrie. La guerre entre Israël et les forces chiites soutenues par l’Iran s’est poursuivie. Le chemin de la paix aurait pu commencer à ce moment-là si Trump avait eu le courage moral de forcer cette issue.

Mais les néoconservateurs chez lui le soupçonnaient de trahison. Son personnel de la sécurité nationale ne l’aurait pas permis. S’il ne s’était pas retiré du JCPOA et n’avait pas quitté la table des négociations, nous ne serions pas ici aujourd’hui.

Mais il l’a fait. Et nous sommes en aval de cette mauvaise décision. Il y a eu une escalade après l’autre et une série d’affrontements de plus en plus dangereux. Ça ne se terminera pas avec l’Iran qui se couche docilement, les amis.

Ce ne sont pas des enfants désobéissants, mais ce ne sont pas des animaux non plus.

L’assassinat de Solemaini était prévu depuis des mois, les États-Unis ayant désigné la Force Al-Qods comme une organisation terroriste, ce qui donne aux États-Unis une couverture juridique unilatérale pour l’exécution sommaire de toute personne qui leur est affiliée, surtout si elle n’est pas sur le sol américain.

Mais, en même temps, Trump a également assassiné (notez la différence) des membres des Unités de Mobilisation Populaire irakiennes lors du raid, puisque celles-ci sont considérés comme des membres de l’armée irakienne et que l’attaque s’est produite sur le sol irakien.

Donc, en termes simplistes et, je crois, juridiques, Trump a commis un acte de guerre contre l’Irak. L’Iran considère évidemment que le meurtre de Solemaini, définitions juridiques mises à part, en est un aussi.

C’est un acte dont Trump ne peut pas se défiler. Il ne peut pas demander à l’Iran de venir à la table des négociations maintenant ou jamais. C’est un acte de guerre ouverte. On peut se demander si cela mènera directement à des forces qui s’affrontent dans des combats de haut niveau. Cela va certainement continuer à s’intensifier.

Israël souhaite ardemment que les États-Unis attaquent et détruisent les installations nucléaires de recherche et développement de l’Iran. La seule façon d’y parvenir était d’amener Trump à se retirer du JCPOA, forçant l’Iran à revenir à l’enrichissement et utilisant cela comme casus belli.

Bienvenue en 2020.

Et la triste vérité est que cela signifie plus de tueries, plus de meurtres et plus de tout ce qui est mauvais. Il n’y a pas de rationalisation de la guerre pour cela. Bien que personne de rationnel ne veuille voir l’Iran doté d’armes nucléaires, le résultat final de cette politique nous a conduit à ce résultat potentiel.

Aucune personne rationnelle ne devrait vouloir voir quelqu’un avec des armes nucléaires et pourtant Netanyahou est assis sur des centaines d’ogives.

Battre les gens pour les soumettre ne marche pas. Les néoconservateurs ont dit à Trump de frapper l’Iran en pleine tête, c’est la seule leçon que ces animaux comprennent.

Au fait, ils disent ça de tout le monde.

Solemaini a peut-être été responsable de centaines de morts US, mais l’Iran et les États-Unis sont en guerre depuis quarante ans. À un moment donné, il faut que ce soit traité honnêtement.

Les Étasuniens qui soutiennent cette initiative refusent de comprendre que nous sommes autant à blâmer que l’Iran pour la violence. Nous ne sommes pas les gentils et ils ne sont pas les méchants. Tout le monde est nul ici. Pour chaque Iranien qui crie « Mort aux États-Unis », il y a des Étasuniens qui chantent « Bombardez, Bombardez, Bombardez l’Iran ».

Trump a été élu pour mettre fin à cette belligérance, mais il est incapable de séparer la force de la faiblesse. Un mafioso qui utilise la violence sans discernement, Trump est un homme faible.

Sans discernement, car Trump croit que le calcul politique est en sa faveur et qu’il peut donc s’en tirer. Il obtient son soutien au Sénat juste le temps de surmonter la mise en accusation et peut se présenter à la réélection.

Mais, qui il est a été compris avec les bombes qu’il a lancées sur la base aérienne d’Al Shairat et la MOAB qu’il a larguée en Afghanistan en avril 2017 pour prouver à Poutine et Xi qu’il n’était pas une mauviette.

Mais c’est une mauviette. Et un lâche. Et aucun des deux hommes n’a été impressionné par cela. Il n’a pas gagné une seule négociation importante en trois ans. Tuer Solemaini était le résultat d’une incapacité à la diplomatie.

La Chine a gagné la guerre commerciale. La Russie obtient ses oléoducs. La Syrie sera rendue aux Syriens et l’Irak rejettera la présence US. Le Venezuela ne tombera pas et la Corée du Nord a des ogives. Rien n’a changé et pourtant tout a changé.

Un homme fort admet ses erreurs et fait des concessions à ceux qu’il a blessés. Il ne se cache pas derrière l’injustice de la machine politique qui s’est dressée contre lui.

Et maintenant, c’est un Président raté, comme Obama qu’il méprise.

La seule chose plus pathétique que Trump en ce moment, c’est la bande de chacals qui se présente contre lui. Pleurez pour l’avenir.

source : Trump’s Point of No Return

traduit par Réseau International

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