Quand le Feu Houari Boumediene parlait du nouvel ordre mondial

11/07/2022 (2022-07-11)

[Source : algerie54.dz]

Quand le Feu Houari Boumediene parlait du nouvel ordre mondial

Par Nadia.R

Le discours prononcé par le Feu président Houari Boumediene devant la session extraordinaire de l’ONU en avril 1974, révélait en 2022, la justesse de la vision de l’Algérie sur la nécessité d’instaurer un nouvel ordre économique mondial et sur l’importance de la détention des matières premières des pays en voie de développement, pour amorcer un développement durable, en mettant fin à la domination des multinationales et à l’OPA des puissances impérialistes et coloniales sur le développement socioéconomique des pays émergents.

Il a fallu le conflit ukrainien et son impact sur les équilibres régionaux et sur la détermination de grands pays émergents, hors du G7 comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie ou l’Afrique du Sud, pour comprendre la profondeur de l’appel de l’Algérie exprimée par le Feu Houari Boumediene en avril 1974 à l’occasion de la tenue de l’assemblée extraordinaire de l’ONU.

Houari Boumediene, sans user de la langue de bois, avait au nom de ses pairs des pays en développement, plaidait devant les instances onusiennes et en présence des pays riches pour une refondation des relations internationales et un partage équitable des richesses de la planète et de la prospérité.

Le président Boumediene s’était présenté à la tribune des Nations unies fort des convictions de l’Algérie pour un monde plus juste, présentant à cette occasion, une feuille de route toute tracée, axée sur une coopération internationale mutuellement avantageuse entre le Nord riche et le Sud pauvre, et mettant comme priorité le principe du compter sur soi en tant que doctrine de développement des pays du tiers-monde et la promotion de la coopération Sud-Sud en vue de contourner l’hégémonisme des grandes puissances.

Le Feu Houari Boumediene avait raison en tablant sur une revalorisation des seuls prix des hydrocarbures, et une maîtrise de tous les leviers économiques et financiers qui font les attributs de la souveraineté d’un pays.

« Toutes les matières premières de base des pays en voie de développement. La conquête ou reconquête de la souveraineté nationale passe, avait fait remarquer Boumediene, par les nationalisations des richesses naturelles comme l’Algérie, qui avait donné l’exemple en reprenant possession de ses richesses énergétiques, agricoles, minières… » avait-il lancé à partir de la tribune de l’ONU.

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune abonde, près d’un demi-siècle après dans le même sens à l’occasion de son intervention par visioconférence, il y a quelques jours devant le Sommet des Chefs d’État du Brics tenu en Chine. Le président Algérie demeure convaincu que l’indépendance politique n’aura aucun sens si elle n’est pas consolidée par une forte économie et une parfaite stratégie de sécurité. L’Algérie a toutes les chances de consolider son rôle d’État pivot et d’acteur incontournable en Méditerranée, Afrique et monde arabe, malgré les menaces liées à ses positions constantes en faveur de la décolonisation des peuples comme ceux de la Palestine et Sahara Occidental, et opposées à l’ingérence étrangère à l’origine des conflits en Libye, Syrie, Irak et Mali. Chaque fois que l’occasion s’en présente, l’Algérie plaide pour une refonte totale de ces rapports internationaux afin qu’ils répondent aux impératifs légitimes de développement des pays pauvres. L’Algérie est intimement persuadée que sa politique extérieure n’a de chance d’aider efficacement les peuples dépendants et sous-développés que si sa politique intérieure est résolument constructive et féconde. C’est là une nécessité attestée par l’histoire.

Vladimir Poutine et la stratégie de la réorientation des produits énergétiques

Pour faire faire aux sanctions occidentales entamées en 2014 après la récupération de la Crimée par Moscou, le président russe Vladimir Poutine a réorienté ses exportations pétrolières et gazières de l’Europe vers l’Asie, plus précisément à destination de deux pays membres du Brics, et gros consommateurs des produits énergétiques à savoir la Chine et l’inde.

« On va partir du principe qu’à l’avenir les livraisons vers l’ouest vont baisser », a expliqué le 14 avril le président russe au cours d’une réunion gouvernementale consacrée au secteur de l’énergie dans le contexte des sanctions internationales.

Il faut donc «réorienter nos exportations vers les marchés au sud et à l’est qui croissent rapidement», a-t-il ajouté. «Les pays européens parlent constamment de se passer des approvisionnements russes et en faisant cela ils déstabilisent le marché et font monter les prix», a accusé le président russe.

«Les tentatives des pays occidentaux d’évincer les fournisseurs russes, de remplacer nos ressources énergétiques par des approvisionnements alternatifs, affecteront inévitablement l’ensemble de l’économie mondiale», a encore mis en garde Vladimir Poutine, assurant que «les conséquences d’une telle démarche peuvent devenir très douloureuses et d’abord pour les initiateurs d’une telle politique».

Il a déclaré qu’une nouvelle stratégie énergétique à horizon 2050 devait être approuvée d’ici au 15 septembre. « Il est nécessaire d’accélérer la mise en œuvre des projets d’infrastructures, ferroviaires, de pipelines, portuaires, qui permettront dans les années à venir de rediriger les approvisionnements en pétrole et en gaz de l’ouest » vers ces nouvelles destinations, a ajouté Vladimir Poutine, citant, en plus du « sud et de l’est », les pays d’Afrique, d’Amérique latine et de la région Asie-Pacifique.

Vladimir Poutine est déterminé à développer de nouveaux débouchés pour les énergies fossiles russes. Un «virage vers l’Asie» et surtout la Chine entamé il y a plusieurs années survient à un moment où les Européens envisagent d’élargir leurs sanctions aux hydrocarbures en provenance de Russie en réaction à son intervention militaire en Ukraine.

La guerre des monnaies

L’opération militaire russe en Ukraine a eu un impact direct sur le marché financier mondial, contraint au passage d’une économie mondiale basée sur le dollar et garantie par des actifs financiers à des monnaies adossées à des matières premières.

La fin du système financier est accélérée par les développements géopolitiques. L’Occident tente désespérément de sanctionner la Russie pour qu’elle se soumette économiquement, mais il ne réussit qu’à faire monter les prix de l’énergie, des matières premières et des denrées alimentaires contre lui-même. Les banques centrales n’auront d’autre choix que de gonfler leurs devises pour payer tout cela. La Russie lie le rouble aux prix des matières premières par le biais d’une parité or mobile, et la Chine a déjà démontré qu’elle comprenait le jeu inflationniste de l’Occident en stockant des matières premières et des céréales essentielles au cours des deux dernières années et en permettant à sa monnaie de s’apprécier par rapport au dollar.

La Chine et la Russie ne suivent pas la voie des monnaies inflationnistes de l’Occident. Au contraire, elles s’orientent vers une stratégie monétaire plus saine, avec la perspective de taux d’intérêt et de prix stables, alors que l’Occident accélère dans la direction opposée.

L’analyste du Crédit Suisse, Zoltan Pozsar, appelle cela un Bretton Woods III. Il conclut que c’est le dollar et les monnaies occidentales, et non le rouble, qui auront le plus de mal à faire face à la fin de cinquante ans de financiarisation de l’économie.

La dédollarisation en marche

Les sanctions occidentales imposées à Moscou incitent d’ailleurs le président russe à aller de l’avant en matière de la dépendance de son économie vis-à-vis du dollar. Ainsi, Vladimir Poutine et après avoir imposé à ses clients énergétiques le paiement des livraisons énergétiques russes en monnaie russe le Rouble, il vient d’opter pour le même procédé pour ce qui est des produits céréaliers.

En mars dernier, l’administration Biden a prononcé l’arrêt de mort de sa propre hégémonie dans un dernier pari désespéré sur le dollar. Non seulement elle a mal interprété la situation de la Russie en ce qui concerne son économie, mais l’Amérique a cru à tort en sa propre puissance en sanctionnant la Russie et les oligarques de Poutine.

Elle a peut-être réussi à bloquer partiellement les volumes d’exportation de la Russie, mais la compensation est venue de la hausse des prix des matières premières, au profit de la Russie et au détriment de l’alliance occidentale.

La conséquence est une bataille finale dans la guerre financière qui se prépare depuis des décennies. On ne sanctionne pas la plus importante source d’exportation d’énergie au monde et un important fournisseur d’un large éventail de produits de base et de matières premières, dont les céréales et les engrais, sans nuire à tout le monde sauf à la cible visée. Pire encore, la cible visée a en la Chine un ami extrêmement puissant, avec lequel la Russie est partenaire dans le plus grand bloc économique du monde, l’Organisation de coopération de Shanghai, qui gère un marché en développement de plus de 40 % de la population mondiale. C’est l’avenir, pas le passé : le passé, c’est l’esprit occidental, la fiscalité punitive, les économies dominées par l’État et sa bureaucratie, le socialisme anticapitaliste, et les magiques arbres à fric pour aider à payer tout cela.

Malgré cet énorme trou dans le filet des sanctions, l’Occident ne s’est donné d’autre choix politique que de tenter de renforcer encore plus les sanctions. Mais la réponse de la Russie est dévastatrice pour le système financier occidental. En deux annonces simples, en liant le rouble à l’or pour les établissements de crédit nationaux et en insistant sur le fait que les paiements pour l’énergie ne seront acceptés qu’en roubles, elle met fin à l’ère du dollar fiduciaire qui a régi le monde depuis la suspension de Bretton Woods en 1971 jusqu’à aujourd’hui.

Il y a un peu plus de cinq décennies, le dollar s’est substitué à l’or en tant qu’actif de réserve mondial. Après les années 70, qui ont été marquées par la volatilité des devises, des taux d’intérêt et des actifs financiers, nous nous sommes tous installés dans un monde de financiarisation croissante. Le Big Bang de Londres du début des années 80 a ouvert la voie aux produits dérivés réglementés et les années 90 ont vu l’essor des fonds spéculatifs et des dotcoms. Cette évolution a été suivie d’une explosion des produits dérivés non réglementés négociés de gré à gré, qui ont atteint des centaines de milliers de milliards, et des titrisations, qui ont connu le choc de la faillite de Lehman. Depuis lors, l’expansion du crédit mondial pour les activités purement financières a été remarquable, créant une bulle d’actifs financiers qui dépasse tout ce qui a été vu dans l’histoire des excès financiers. Et, avec la suppression statistique de l’effet sur les prix à la consommation, le transfert des ressources économiques de Main Street à Wall Street a caché au public les signes inflationnistes de l’expansion du crédit.

Tout cela touche à sa fin avec une nouvelle structure, ce que Zoltan Pozsar, analyste des flux respecté au Crédit Suisse, appelle Bretton Woods III. Dans son énumération, le premier a été suspendu par le président Nixon en 1971, et le second s’est déroulé depuis lors jusqu’à aujourd’hui, où le dollar a régné sans partage. Cela nous amène à Bretton Woods III.

L’insistance de la Russie pour que les importateurs de son énergie paient en roubles et non en dollars ou en euros est un développement significatif, un défi direct au rôle du dollar. Il n’y a pas d’options pour les « non-amis » de la Russie, c’est ainsi que la Russie décrit l’alliance contre elle. L’UE, qui est le plus grand importateur de gaz naturel russe, doit soit prendre le taureau par les cornes, soit chercher des alternatives insuffisantes. L’option est d’acheter du gaz naturel et du pétrole à des prix raisonnables en roubles ou de faire grimper les prix en euros et de ne toujours pas obtenir assez pour faire tourner leurs économies et permettre à leurs citoyens d’être au chaud et mobiles. Dans les deux cas, il semble que la Russie gagne et que l’UE perde, d’une façon ou d’une autre.

Quant à la conviction de Pozsar selon laquelle nous sommes à la veille d’un Bretton Woods III, on peut comprendre la logique de son argument. La bulle financière fortement gonflée marque la fin d’une époque, qui a duré cinquante ans. Les taux d’intérêt négatifs dans l’UE et au Japon ne sont pas seulement une anomalie, mais le dernier coup de dés pour le yen et l’euro. La BCE et la Banque du Japon ont des portefeuilles d’obligations qui ont effacé leurs fonds propres, et même plus. Toutes les banques centrales occidentales qui se sont livrées à l’assouplissement quantitatif ont le même problème. En revanche, la banque centrale russe et la Banque populaire de Chine n’ont pas procédé à des assouplissements quantitatifs et ont des bilans sains. La hausse des taux d’intérêt dans les monnaies occidentales est rendue plus certaine et leur hauteur encore plus grande par la réponse agressive de la Russie aux sanctions occidentales. Elle accélère la faillite de l’ensemble du système bancaire occidental et, en faisant éclater la bulle financière fortement gonflée, ne laissera guère plus que des économies vidées de leur substance.

Poutine s’est inspiré de l’accord conclu en 1973 entre Nixon et Kissinger et les Saoudiens, qui prévoyaient de n’accepter que des dollars américains pour le paiement du pétrole, et d’utiliser son rôle dominant au sein de l’OPEP pour obliger les autres membres à faire de même. En tant que premier exportateur mondial d’énergie, la Russie déclare maintenant qu’elle n’acceptera que des roubles, répétant pour le rouble la stratégie du pétrodollar. Et même l’Arabie saoudite se plie maintenant au vent et accepte le renminbi chinois pour son pétrole, remettant symboliquement en cause l’accord Nixon/Kissinger sur les pétrodollars.

La Russie a effectivement adossé sa monnaie, notamment sur l’énergie, l’or et les denrées alimentaires. Elle suit la Chine sur une voie similaire. Ce faisant, elle a sapé l’hégémonie du dollar, peut-être de manière fatale. En tant que moteur de la valeur des devises, les matières premières seront les garanties qui remplaceront les actifs financiers. Il est intéressant d’observer la force du peso mexicain par rapport au dollar (en hausse de 9,7 % depuis novembre 2021) et du real brésilien (en hausse de 21 % sur un an). Et même le rand sud-africain a augmenté de 11 % au cours des cinq derniers mois. Le fait que ces monnaies d’habitude fluctuantes soient en hausse nous indique que l’adossement des monnaies à des ressources a ses attraits au-delà du rouble et du renminbi.

Reprenant l’argument de Pozsar selon lequel les monnaies sont de plus en plus liées aux matières premières dans Bretton Woods III, il semble que la Russie ait l’intention d’utiliser l’or comme substitut des matières premières pour stabiliser le rouble. Au lieu d’un taux de change fixe de l’or, la RCB s’est sagement laissé la possibilité de réviser périodiquement le prix qu’elle paiera pour l’or après le 1er juillet. Le taux dollar/rouble peut maintenant être facilement contrôlé par la RCB, car la façon dont la demande de roubles en pénurie est traitée devient une question de politique. La branche de paiement de Gazprom (Gazprombank) est actuellement dispensée des sanctions occidentales et les paiements de gaz et de pétrole de l’UE passeront par elle.

Les erreurs de l’Occident

La plupart des commentaires occidentaux sont très favorables à de nouvelles sanctions contre la Russie. Relativement peu de commentateurs indépendants ont fait remarquer qu’en sanctionnant la Russie et en gelant ses réserves de change, l’Amérique détruit sa propre hégémonie. Les avantages des réserves d’or ont également été soulignés pour ceux qui en possèdent. En outre, le fait que les banques centrales laissent leurs réserves d’or dans les coffres des banques centrales occidentales les expose à des sanctions, dans le cas où une nation se mettrait à dos les États-Unis. Il ne fait aucun doute que la question fait l’objet de discussions dans le monde entier et que certaines demandes de rapatriement de lingots ne manqueront pas de suivre.

Depuis la suspension de Bretton Woods en 1971, le gouvernement américain a essayé de supprimer la relation entre l’or et le dollar, en encourageant la croissance des produits dérivés de l’or pour absorber la demande. Le fait que l’or soit passé de 35 à 1920 dollars aujourd’hui démontre la futilité de ces politiques. Mais, au moins sur le plan émotionnel, l’establishment américain reste virulemment anti-or.

Le Brics, à l’assaut du G7

Les pays du Brics à savoir la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud se positionnent aujourd’hui, comme un ensemble économique capable de tenir la dragée haute à l’hégémonie du G7. L’intégration prochaine de puissances régionales comme l’Iran, l’Argentine, et fort probablement l’Algérie, l’Égypte et l’Arabie Saoudite donnera de plus en plus de poids à cet ensemble, pour promouvoir le développement en Amérique Latine, Asie et surtout en Afrique, un continent riche en matières premières, arme du devenir planétaire.

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