Téléphonie 5G : lettre d’un grand-père indigné

Téléphonie 5G : lettre d’un grand-père indigné

10/03/2021 (2020-11-25)

[Source : La Maison du 21e siècle]

Mon cher petit-fils,

Lorsque ton père a pris cette photo, j’étais un grand-père heureux. J’avais mes petits soucis, comme tout le monde. Mais vraiment, avec une amoureuse qui illumine ma vie, avec tes parents que j’adore, et avec toi, prunelle de mes yeux, j’étais un grand-père comblé.

Mais voilà, depuis un an, ma vie a basculé. Le virus de l’indignation s’est infiltré sous ma peau et s’est logé là où il aboutit le plus souvent, au creux du ventre. Mon cher petit, je suis devenu un grand-père indigné ! Je t’écris pour que plus tard, lorsque tu liras cette lettre, tu puisses comprendre mon tourment.

Il s’est d’abord manifesté par de l’étonnement. Je ne comprenais pas qu’on puisse permettre le déploiement du réseau de téléphonie 5G, avec ses fréquences millimétriques, sa forêt d’antennes et son parapluie de satellites, sans qu’aucune étude n’évalue les risques pour ma santé, la tienne et celle de tous les enfants qui auront à refaire ce monde déjà trop abimé.

En  1976, j’avais 30 ans. Ton père n’était pas encore né. Cette année-là, l’armée américaine a produit un rapport secret [NdNM : disponible aussi ici], aujourd’hui déclassifié, documentant les recherches de scientifiques russes qui révélaient en détail les dommages des ondes radio sur la santé humaine et animale. Bien sûr, comme à peu près tout le monde, je n’en ai rien su.

Une vingtaine d’années plus tard, au tournant de l’an 2000, j’ai reçu mon premier téléphone cellulaire, une gracieuseté de mon employeur. Depuis, la téléphonie sans fil a connu une expansion phénoménale : il y a actuellement sur la planète plus de 5 milliards de téléphone cellulaires en circulation. Et pour évaluer leur impact sanitaire, nos gouvernements se fient à des normes d’exposition aux ondes désuètes qui permettent aux compagnies de téléphonie sans fil de jouer à la roulette russe avec notre santé.

Éventuellement, le voyant rouge s’est allumé. Comme des milliers d’études, que l’industrie cherche à discréditer, nous avertissaient du danger, il a bien fallu trancher. Pendant 10 ans, avec un budget de 30 millions de dollars, les Américains ont entrepris les recherches les plus complètes jamais réalisées pour évaluer les effets sur la santé d’une exposition aux ondes de la téléphonie mobile. Une tâche cruciale confiée au très réputé National Toxicology Program (NTP). Publiées en 2018, ces recherches ont démontré hors de tout doute que le rayonnement des téléphones portables avait causé des tumeurs cancéreuses aux nerfs entourant le cœur de rongeurs et augmenté significativement leur risque de cancer du cerveau. Ce rayonnement avait aussi causé des lésions cardiaques et endommagé leur ADN. Mon cher petit-fils, crois-tu que cela a incité l’industrie du sans fil à plus de prudence ?

Au contraire, avec la complicité du gouvernement, cette industrie s’apprête à installer un réseau qui utilisera pour la première fois des fréquences millimétriques, lesquelles pourraient tripler le rayonnement auquel toi et moi serons exposés, que nous utilisions ou non des appareils sans fil. Même si tes parents te donnent tout leur amour et te nourrissent sainement, tu devras peut-être bientôt vivre, manger, jouer et dormir à une quinzaine de mètres d’une antenne placée sur un poteau en face de ta maison. Pourquoi? Parce qu’éventuellement, presque tous les objets que nous achèterons, mobilier, brosses à dents, grille-pain, matelas, appareils électroménagers, même les jouets que je t’offrirai à Noël, contiendront une puce qui échangera des données avec un réseau très dense d’antennes placées un peu partout, le long des rues, sur les abribus, les feux de circulation, les clochers, les toitures des écoles et des gares, et même sur plusieurs immeubles où habitent des gens comme toi et moi. Rien qu’à Montréal, jusqu’à 60 000 antennes pourront communiquer avec un million d’objets au kilomètre carré. Pour que le litre de lait, au frigo, puisse nous signaler qu’il est vide. Pour que la couche de bébé, au berceau, puisse nous avertir qu’elle est pleine. Pour que notre vie quotidienne, transformée en données numériques, puisse se vendre au plus offrant. C’est la nouvelle puce aux œufs d’or. On lui a donné un nom savant : l’Internet des objets.

Tant pis pour les abeilles et les oiseaux qui ne pourront plus s’orienter et en mourront. Tant pis pour les arbres qu’on abattra parce que leurs feuilles bloquent les fréquences millimétriques. Tant pis pour la prévoyance, car pour permettre à ces milliards d’objets de communiquer, il faudra faire main basse sur les derniers gisements de métaux rares sur la planète. Tant pis pour notre sécurité, car la multiplication exponentielle des points d’accès de cette nouvelle technologie facilitera les vols d’identité, les vols de données personnelles et les cyberattaques. Tant pis aussi pour le climat, car il faudra émettre trois fois plus de gaz à effet de serre pour nourrir cet ogre numérique. À preuve, certaines villes de Chine coupent le courant de la 5G la nuit, tellement ce système est énergivore.

Sauf s’il n’y a pas d’antennes à moins de 500 mètres de ton école et sauf si sa direction a remplacé le Wi-Fi par des connections câblées, tu y trouveras le même brouillard électromagnétique qui crépite dans toute la ville. Il pourrait affecter ta mémoire et ta concentration. Ton corps qui grandit, comme celui de tes camarades de classe, absorbera deux fois plus de rayonnement que celui de tes enseignants. À court terme, mon pauvre amour, tu risques d’avoir des maux de tête, des nausées, des vertiges et des acouphènes. Au fil des années, jour après jour, cette soupe de radiofréquences risque de te causer un cancer, un problème cardiaque ou le diabète. Pire encore, tu risques de ne plus pouvoir concevoir d’enfants, de ne jamais devenir parent.

Ton grand-père n’est pas en reste. Ce foisonnement de signaux risque d’endommager mes yeuxJe crains qu’un voile me cache éventuellement l’éclat de ton visage. Ma mémoire aussi pourrait s’éroder plus vite. Moi qui ai contribué à bâtir ce pays, j’ai peur de perdre la trace de ton nom, d’être exilé au pays de l’oubli.

Voilà mon histoire, mon cher petit-fils. Une triste histoire de pirates qui veulent tuer la beauté du monde.

Mais laisse-moi maintenant te raconter mon rêve, mon espoir le plus vif. Quand tu seras grand, je crois que ce gâchis sera devenu de l’histoire ancienne. Que les gouvernements auront mis fin à l’aveuglement, comme pour le tabac, le DDT, le plomb ou l’amiante. Qu’ils auront aboli le droit de polluer et que notre santé sera devenue leur PIB. Quand tu auras 30 ans, les millions de micro-antennes qui défigurent le paysage auront été décrochées depuis longtemps. La téléphonie cellulaire sera beaucoup mieux conçue. La fibre optique apportera un signal Internet 10 fois plus puissant au cœur des maisons, des écoles et des lieux de travail, un baume pour la nature et les humains.

En attendant, chaque journée perdue, chaque excuse invoquée, chaque tactique inventée ne font qu’augmenter les dégâts pour la vie humaine, pour l’environnement et pour les générations qui devront réparer les pots cassés. Lorsque tu comprendras la cause de mon indignation, mon cher amour, souhaitons qu’il ne soit pas trop tard pour les abeilles, les arbres et les oiseaux. Et pour qu’ils puissent réinventer la suite du monde, souhaitons que les enfants puissent naître et grandir là où il n’y aura que du soleil, de la pluie, des nuages et du vent.


Vous aimeriez contribuer à changer les choses ? Voici quelques pistes qui peuvent faire une grande différence.

1. Protection : Dix moyens pour se protéger des ondes du cellulaire : bit.ly/3eYhysj

2. Information : maisonsaine.ca/electrosmog – stopponsla5g.ca – cqlpe.ca

3. Action : appel5gappeal.ca/fr/


AU SUJET DE L’AUTEUR

De 1984 à 2009, Pascal est réalisateur aux émissions Science-Réalité et Découverte, de la Société Radio-Canada. Auparavant il avait réalisé Montréal-Blues, La turlute des années dures et Taire des hommes. En 2006 il réalise Le porteur d’eau, Grand prix et prix du public au FPPE en 2007. En 2009, il réalise un film sur son père, Gratien Gélinas, un géant aux pieds d’argile. En 2013, il signe Huguette Oligny, le goût de vivre. Puis en 2016, Un pont entre deux mondes, suite du film Le porteur d’eau.

FILMOGRAPHIE DU RÉALISATEUR

  • Un pont entre deux mondes (2016) Huguette Oligny,
  • le goût de vivre (2013) Gilles Pelletier,
  • un cœur de marin (2013) Gratien Gélinas,
  • un géant aux pieds d’argile (2009)
  • Terres à la dérive (2008)
  • Le porteur d’eau (2006)
  • La Turlute des années dures (1983)
  • Montréal Blues (1973)
  • Taire des Hommes (1968)
  • Émissions Découverte et Science-Réalité de Radio-Canada (1984 à 2009): 350 reportages et dossiers.

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