L’art de se compliquer la vie

L’art de se compliquer la vie

14/01/2021 (2021-01-14)

Par Joseph Stroberg

Le progrès est l’habileté de l’homme de compliquer la simplicité.

Thor Heyerdahl

Depuis l’invention de l’agriculture, l’Humanité s’est lancée dans un processus de complexification croissante de son existence. Partant de sociétés nomades, semi-sédentaires ou rurales dispersées, elle s’est mise à construire des cités de plus en plus peuplées, jusqu’à arriver aux mégapoles modernes (voir aussi Les villes sont le cancer de la Terre). Parallèlement, poussée par l’instinct de survie, puis par l’avidité, elle a créé des empires de plus en plus étendus et tente actuellement d’en réaliser un à l’échelle planétaire, le Nouvel Ordre Mondial (voir aussi L’asservissement des peuples par le contrôle des ressources).

Un empire n’est pas nécessairement dirigé par un « empereur », mais peut l’être grâce à une autorité centrale par l’intermédiaire d’un système ou d’une hiérarchie de contrôle plus ou moins visible ou au contraire fortement opaque. Et le sommet n’est pas nécessairement monocéphale, mais peut être un groupe d’individus ou une caste particulière. Un empire sans tête devient rapidement dysfonctionnel et ne tarde pas à s’effondrer, à l’image d’un homme décapité. Partant d’un tel constat, un empire qui se voudrait éternel devrait trouver un moyen pour rendre impossible sa décapitation. Il doit donc soit faire croire qu’il n’est pas un empire, soit rendre sa tête invisible.

Le Nouvel Ordre Mondial est en passe de réaliser un double tour de force. Non seulement il avance masqué, sous couvert de généralisation d’une prétendue « démocratie » (impliquant théoriquement la souveraineté des peuples), mais en plus la caste dirigeante véritable (celle qui détient la ressource matérielle ultime – l’argent) demeure relativement inconnue de la masse des êtres humains. Ceux-ci ignorent qui sont les principaux actionnaires propriétaires des banques et des multinationales (dont celles de la communication et des médias). Ce sont ces actionnaires qui finalement dirigent les processus politiques et choisissent les marionnettes qui seront présentées au public comme candidats politiques.

Les candidats qui s’auto-promeuvent et seraient réellement indépendants du Système n’ont pratiquement aucune chance de percer. Combien même l’un d’eux parviendrait-il miraculeusement à se faire élire président d’un pays, il serait alors confronté aux autres nations, aux médias dominants, à une partie non négligeable des médias alternatifs, aux multinationales et à la banque centrale de sa propre nation… Est-ce qu’un individu au moins partiellement dépendant d’un tel système de contrôle a la moindre possibilité de le changer ou de le détruire de l’intérieur ?

L’Humanité est parvenue à construire une civilisation tellement complexe qu’on peut dire qu’elle a de fait découvert une nouvelle forme d’art, celle de se compliquer la vie ! En effet, tout s’y trouve si imbriqué et interdépendant qu’il est devenu presque impossible, ou au moins très difficile, pour un individu donné de vivre hors du Système et qu’en son sein, la principale liberté d’action qu’il lui reste est celle de consommer pour faire marcher la machine (voir La bureaucratie contre la liberté). Sortir du Système demande beaucoup de courage et de sacrifices. Il faut être prêt à abandonner notamment le confort moderne, la sécurité matérielle et financière, la grande majorité de ses relations, et même sa réputation. Et sortir du Nouvel Ordre Mondial demandera probablement à l’Humanité des sacrifices similaires. (voir aussi L’enjeu majeur de notre époque).

La caste qui promeut le Nouvel Ordre Mondial pense probablement que les jeux sont faits et qu’elle a gagné, car ce Système de Contrôle (notamment de « Mind-Control » – contrôle de l’esprit) est maintenant tellement avancé qu’elle voit mal comment sa finalisation pourrait être empêchée. Et effectivement, le commun des mortels n’a pratiquement aucun moyen de l’entraver. Il est par ailleurs tout à fait possible que connaître le Nouvel Ordre Mondial achevé fasse partie du destin de l’Humanité. Peut-on vraiment connaître la signification de la Liberté sans avoir aussi éprouvé jusqu’au niveau cellulaire la signification de l’Esclavage ?

Il existe cependant un détail que la caste contrôlante semble incapable d’envisager, de reconnaître ou de concevoir : un organisme, aussi sophistiqué soit-il, peut connaître d’autres formes de mort que celle par décapitation. Et plus il est complexe, à l’image de notre civilisation, plus il dispose de moyens différents de mourir ! Il peut être empoisonné et, de ce point de vue, une idée adéquate peut représenter un poison. Il peut mourir de faim, et pour l’aider dans ce sens, il suffit de cesser de l’alimenter (voir Ne plus nourrir la Bête). La Conscience pourrait simplement s’en retirer totalement, et un corps sans âme devient comateux. Il ne peut alors survivre sans assistance médicale. Sa corruption pourrait devenir tellement importante et visible que la gangrène emporterait la totalité du corps. Le cancer pourrait toucher un organe, à l’image de la dette américaine, puis se généraliser. Etc.

Le Nouvel Ordre Mondial, même achevé à 100 %, finira par mourir, ne serait-ce que de vieillesse (voir La loi de dégradation ou d’augmentation du désordre et du chaos). L’Humanité retournera alors probablement à un mode de vie bien plus simple, et plus proche de la nature, suivant la loi des cycles et des alternances. La question qui reste alors est de savoir quelle sera la durée de survie de ce Système de contrôle avant son inéluctable fin et sous quelle forme interviendra celle-ci. Sera-t-elle similaire à l’effondrement des empires passés ? Ou bien un nouvel élément interviendra-t-il, propulsant la Conscience sur un nouveau palier de l’échelle de l’évolution ?

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