La misère intellectuelle du Ministre de la Justice

Par Lucien SA Oulahbib


Au fur et à mesure que les « dommages collatéraux » d’une politique visant à faire disparaître les notions mêmes de « crime » et de « sanction » (comme relatés plus longuement ici et ) déploie ses conséquences des plus néfastes, il semble opportun de faire comme un point d’étape autour de cette emphase intitulée « sentiment d’insécurité » assimilé à un « fantasme » pour l’actuel Garde des Sceaux afin de comprendre « d’où il parle »…

Il recycle en réalité une affirmation lapidaire issue du compostage lénifiant d’un Michel Wieviorka (dont voici un florilège. Le ministre actuel de la Justice en vient ainsi à réduire la notion de « sentiment » à une sorte de fugacité pulsionnelle, alors que pour Pierre Janet la notion même de « sentiment » n’est pas une émotion/pulsion parmi d’autres, mais bien un « jugement » visant à une « régulation de l’action » — ainsi, après avoir accumulé un ensemble de sensations synthétisées en impressions plus ou moins traumatisantes, celles-ci viennent alors se proposer à l’analyse pour en tirer précisément un jugement. Ce travail, logique, vient alors en chercher les points communs, tout en les recoupant peu à peu avec d’autres impressions provenant de tiers [de manière réaliste, sans préjugés ou biais, ou le moins possible, d’où justement la confrontation des points de vue avec les « pairs »], afin de passer de cette saisie [inter] subjective [provenant d’un sujet observant en lien avec des groupes et cercles de référence qui lui permettent de comparer et d’affiner] vers une étude synthétique plus vaste dite « objective » et ainsi passer du « logique » au » rationnel ».

Il s’agira alors de peser si l’on peut passer du singulier au particulier puis au général, à savoir l’universel, c’est-à-dire de juger si telle action violente est « seulement » un fait « divers » [que l’on peut diluer sur cinq cents ans…] ou un fait « phénomène » au sens qu’il synthétise « chimiquement » en lui de nombreux cas dont la sédimentation physique forme alors de plus en plus de distorsions de troubles, ici et maintenant [ne pas confondre alors les analyses historiques, démographiques, et politiques]. Ceci fait déjà que l’observation ne peut se diluer dans la seule approche « socio-économique » [pauvreté, misère, environnement urbain], puisque des zones bien plus marginalisées encore ne connaissent pas ce genre de dégradation.

Aussi, si « sentiment d’insécurité » il y a, cela signifie qu’il se passe bien quelque chose de signifiant [et même le fantasme ne provient pas de « rien »], car lorsque cette jeune fille en minijupe ou short passe sous les yeux de divers mâles à la culture peu encline à admettre qu’elle ne doit pas être sifflée de manière méchante, tout en la traitant verbalement de « pute », alors qu’autrefois le sifflet [populaire] pouvait être plutôt admiratif, à l’ancienne, mais sans plus, force est de constater qu’il existe bien une différence, objective, et non pas fantasmée, entre la culture française populaire — celle qui aime la beauté des femmes et qui a fait évoluer son regard depuis les années Yé-Yé — et la culture plus inégalitaire envers les femmes comme l’est encore la culture islamique et qui pense toujours que l’aspect seyant d’une femme fait qu’elle doit être d’emblée consommée physiquement [voire sans son consentement] et non pas seulement perçue plastiquement, esthétiquement, quitte à ce qu’ensuite, lors d’une rencontre entre deux regards qui s’apprécient et la séduction opérant, les choses s’affichent autrement….

Mais de telles subtilités dans l’analyse n’ont visiblement plus lieu d’être : un ministre de la justice va ainsi écarter le sentiment d’insécurité de cette jeune femme en minijupe en le jugeant imaginaire, tandis que d’autres, dans sa foulée, vont considérer qu’elle exagère ou ne comprend pas les demandes « naturelles » et qu’elle est donc « raciste ») si elle les refuse. D’autres encore proposeront « d’élargir les trottoirs » ou constateront seulement qu’il n’y a pas les mêmes critères d’appréciation de part et d’autre, ce qui fait que lors d’un jugement pénal, en cas d’agression, les personnes n’ayant justement pas ces « critères » (ces « codes ») seront jugées selon leur provenance. Ainsi les unes, étrangères, seront excusées (puisque ne connaissant pas les « codes »). Les autres, autochtones, et surtout ayant un nom du cru (lesdits « souchiens ») seront elles sévèrement réprimandées…

D’où le fait que l’actuel ministre de la Justice ne veuille plus incarcérer. Ce long détour n’aura donc pas été vain : c’est bien parce que ce sieur est issu de tout un courant de pensée qui dilue les notions de « crime » et de « sanction » jusqu’à les réduire à des dommages exogènes que nous nous trouvons dans une impasse que bien des policiers également relèvent. Quand bien même en effet il y aurait des arrestations, celles-ci se heurtent de plus en plus à des jugements relativisant crime et sanction.

Ceci fait que l’on bascule d’un « sentiment d’insécurité » à une réalité d’injustices, suite à l’illusion dominante qui stipule que les violences envers autrui ne seraient « que » des pulsions sociales fomentées par une « violence symbolique des dominants blancs », alors qu’il s’agit non pas de pulsions, mais d’impulsions c’est-à-dire d’intentions en partie préméditées et formatées par toute une culture non seulement de l’excuse, mais exaltant l’inégalité (en l’occurrence féminine). Or tant qu’un travail de fond n’aura pas été fait dans cette direction en rappelant la responsabilité de chacun à respecter le fait d’être ensemble (et non pas de seulement cohabiter), on en restera à un vague rappel institutionnel (comme le propose Habermas) au sens par exemple de faire des brochures et des conférences en milieu scolaire alors qu’il s’agit réellement de se demander pourquoi de telles violences « gratuites » ont lieu de plus en plus un peu partout, jusqu’à faire penser à un nihilisme du quotidien lorsque « sentant » qu’ils bénéficient d’une atmosphère d’impunité, d’aucuns iront attaquer les cibles dont l’agression est de toute façon légitimée à longueur d’ondes par les entrepreneurs/vendeurs de perceptions qui stipulent que la femme blanche est une proie, de même que le mâle sera un raciste colonisateur qui a pillé l’Afrique et que sans cela cette dernière aurait le niveau de vie des USA ou de l’Allemagne (discours de dirigeants FLN dans les années 60). C’est du pain béni pour le djihadisme « en marche » (qu’une Valérie Pécresse avalise également)…

Du pain sur la planche, donc, qu’un « arrêt » de l’immigration ne résoudra cependant pas tant celle-ci est aussi un problème mondial de corruption généralisée et de globalisation ratée, et que tout un travail de profondeur en interne reste à faire à tous les niveaux (voir d’ailleurs la série La belle et les truands en particulier 2 et 3 ou :
La belle et les truands
La belle et les truands (Partie 2)
La Belle et les truands (partie III)).

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