L’échec du zéro covid en Australie

12/06/2022 (2022-06-12)

Par le Dr Gérard Delépine

Au début de la crise covid, les Chinois, l’OMS et N. Ferguson ont inventé la stratégie du zéro covid.

Cette politique sanitaire, jusqu’ici jamais utilisée en médecine moderne, consiste à enfermer l’ensemble des populations (malades et personnes saines) à domicile (confinement) jusqu’à l’invention d’un vaccin ou d’un médicament miracle qui sauverait le monde.

En contradiction totale avec les connaissances médicales traditionnelles, cette politique n’avait pour seul argument que des simulations mathématiques basées sur des hypothèses fausses. Elle a néanmoins séduit de nombreux dirigeants autoritaires qui ont pu y voir le moyen de faire taire toute opposition politique par une propagande terrorisante, des lois d’urgence, la censure, l’interdiction des rassemblements…

Après deux ans d’épidémie, il est maintenant possible d’en tirer un bilan factuel qui en démontre la vanité, l’absence d’efficacité, et ses conséquences tragiques.

L’Australie a subi les pires restrictions de liberté après la Chine

Lors de cette crise, l’Australie a renié ses traditions démocratiques.

Dès le mois de mars 2020 : fermeture des frontières. Les ressortissants australiens n’ont été autorisés à sortir du territoire que pour un motif impérieux/urgent ; ils ne pouvaient revenir sur le territoire national qu’après obtention d’une autorisation préalable par les autorités douanières et quarantaines sévères et à leurs frais comme pour les autres voyageurs.

Confinement strict, distanciation sociale avec interdiction de se déplacer à plus de 5 km de son domicile, port du masque généralisé, couvre-feux. Et dans cet état fédéral fermeture des frontières intérieures des États et territoires, action qui n’avait été utilisée que lors de la grippe espagnole, en 1919.

Ces mesures interrompues par de courtes périodes ont été réactivées à la moindre apparition de nouveaux cas. Le 31 janvier 2021, un seul cas dans la province occidentale a conduit à un confinement de cinq jours pour ses 2 millions d’habitants !

La répression policière des opposants à ces mesures liberticides a été systématique. Le 23 août 2021, la police australienne a investi une église de Sydney qui célébrait une messe et a imposé des amendes de 5000 à 1000 dollars australiens (3000 à 600 euros) à une trentaine de fidèles.

Le 13 septembre 2021 déclaré « Jour de la Liberté », pour protester contre la réponse excessive du gouvernement face à la pandémie, la police a arrêté 74 manifestants opposés aux restrictions et en a verbalisé 176 autres. Et quelques jours plus tard, des centaines de militaires ont même été appelés en renfort pour veiller au strict respect du confinement.

L’attitude du gouvernement ne respectait pas l’avis de la majorité de la population puisque 57 % des Australiens préféraient que l’économie reste ouverte avec certaines mesures de contrôle, contre 43 % partisans de politiques censées réduire les décès évitables.[1]

En octobre 2021 Melbourne avait déjà subi six confinements d’une durée totale de 260 jours.

Et les médias chantaient les louanges des confinements[2] et des vaccins comme le Premier ministre Scott Morrison promettant très imprudemment :

« quand 70 % à 80 % de la population âgée de 16 ans et plus auront été vaccinés. Le nombre de cas ne sera plus le problème ».

Il aurait mieux fait d’être prudent, car ses croyances ont été totalement démenties par l’explosion récente de l’épidémie malgré un pourcentage de vaccinés dépassant largement son chiffre d’or.

Le mirage de la vaccination

Pour imposer les pseudo vaccins à la population, la propagande mensongère et le chantage aux libertés ont constitué les moyens les plus utilisés.

Les mensonges ont instrumentalisé la pseudoscience utilisant encore des simulations biaisées comme celle de Zachreson C[3]:

« la stratégie de vaccination de l’Australie peut raisonnablement réduire l’intensité de confinement requise et le taux de croissance initial de l’épidémie de 43 % et 52 %, respectivement. »

Les partisans de cette politique zéro covid n’ont pas tenu compte de ses coûts médicaux, scolaires, politiques, économiques désastreux.

Pourtant les études récentes, basées non plus sur des simulations, mais sur les faits constatés suggèrent[4]:

« les plus faibles estimations du coût du confinement les placent 40 % haut dessus que les meilleurs bénéfices espérés en vie humaine ; les estimations plus vraisemblables situent les conséquences néfastes cinq fois pires »

Le coût humain caché de cette politique zéro covid

Les troubles psychologiques liés aux confinements

« Les adolescents sont plus préoccupés par les restrictions gouvernementales conçues pour contenir la propagation du virus que par le virus lui-même, et que ces préoccupations sont associées à une augmentation de l’anxiété et des symptômes dépressifs et à une diminution de la satisfaction de vivre. »[5]

« Nos résultats fournissent des preuves de pires trajectoires des symptômes de santé mentale des parents et des enfants à un moment coïncidant avec une deuxième épidémie de COVID-19 impliquant un confinement strict à Victoria, par rapport aux États non confinés en Australie. »[6]

« Une augmentation des pratiques d’alcool à risque… L’anxiété, le pessimisme et la dépression ont entraîné un comportement de stockage chez les femmes britanniques et australiennes. »[7]

« 39 à 54 % des participants ont signalé une détérioration de leur santé mentale, de leur santé physique, de leur situation financière et de leur productivité au travail. »[8]

« Parmi 1157 Victoriens, un tiers ont signalé des symptômes d’anxiété ou de trouble dépressif, un cinquième ont signalé des idées suicidaires et un dixième ont déclaré avoir sérieusement envisagé le suicide au cours des 30 jours précédents. »[9]

Au point que Holly Lawford Smith s’interroge :

« la vie en confinement valait-elle la peine d’être vécue ? »[10]

« Le confinement de la communauté victorienne a eu des conséquences néfastes sur la santé, qui se sont inversées à la sortie du confinement. »[11]

« Les confinements n’étaient donc pas justifiés… L’examen des informations dont disposait le gouvernement australien en mars 2020 donnait un ratio similaire et soutenait donc fortement l’adoption d’une stratégie d’atténuation à ce moment-là. »[12]

Les victimes collatérales du confinement

Le dépistage et le traitement des cancers ont été fortement impactés par les confinements.

L’Australie a littéralement mis fin à ses programmes de dépistage du cancer pendant les confinements et l’impact délétère de ces arrêts va apparaître dans les prochaines années. Une estimation actuelle[13] estime que pour le dépistage du cancer du sein :

« une interruption de trois mois pourrait augmenter de 310 les cas diagnostiqués à des stades avancés et de 110 les décès par cancer en 2020-2029. Une interruption de six mois pourrait entraîner 670 cancers plus avancés et 250 décès supplémentaires par cancer. »

Une étude italienne[14] confirme cet impact négatif du confinement :

« les diamètres des tumeurs étaient plus grands dans le groupe du confinement. Le type de chirurgie et le stade N étaient statistiquement significativement différents. L’incidence extrême de la maladie avancée était significativement différente entre les groupes (2,7 % du groupe confinement contre 0 groupe pré-COVID-19, p = 0,011). L’incidence de la radiothérapie post-chirurgicale était plus élevée dans le groupe COVID-19. »

« Pour les cancers colorectaux, une suspension de six mois du dépistage primaire pourrait augmenter l’incidence du cancer de 2 200 cas et entraîner 960 décès supplémentaires par cancer au cours de la vie. »

L’arrêt du dépistage des cancers du poumon a été évalué aux USA[15]. Durant les confinements, le taux d’absence au dépistage a augmenté de manière significative (40 % contre 15 % ; p < 0,04). Le pourcentage de patients présentant des nodules pulmonaires suspects de malignité a augmenté de manière significative après la reprise des opérations de dépistage (29 % contre 8 % ; p < 0,01).

Tous les malades chroniques ont vu leur traitement impacté

L’impact du confinement sur le traitement des autres maladies chroniques a été également considérable. Le Dr Bente Mikkelsen, directeur de la Division des maladies non transmissibles (MNT) de l’OMS a ainsi déclaré[16]: « l’étude la plus récente montre qu’il y a une interruption des services de santé, y compris le diagnostic et les traitements des MNT dans 69 % des cas ».

L’échec avéré de cette stratégie zéro covid sur l’épidémie

Si l’insularité et l’isolement de l’Australie ont permis à la fermeture des frontières d’être efficace plus d’un an, l’apparition de souches plus contagieuses a renversé la situation.

L’inefficacité de la vaccination pourtant massive n’a pas conféré l’immunité nécessaire à la protection de la population. L’apparition de Delta puis surtout d’Omicron a révélé l’échec total de cette stratégie zéro covid avec une explosion des cas journaliers.

Échec reconnu enfin clairement[17]:

« l’émergence de la variante Delta du SRAS-CoV-2 a rendu la stratégie australienne “COVID-zéro” non viable. »

Cet échec contre les contaminations se double maintenant d’une mortalité croissante

« On ne peut pas vivre confinés pour toujours », a reconnu le Premier ministre Scott Morrison dans un entretien diffusé sur ABC le dimanche 22 août 2021. Melbourne a suivi l’exemple de Sydney qui a abandonné la stratégie zéro Covid. L’Australie a mis fin aux confinements à grande échelle et à la fermeture de ses frontières, intérieures et extérieures. Reste à panser les plaies que cette stratégie folle a infligé inutilement à la population.

Tous les autres pays adeptes du zéro covid ont reconnu l’échec et la vanité de cette approche zéro Covid.

Avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande[18], Singapour[19], Taiwan[20], le Vietnam[21], la Corée du Sud[22] ont également abandonné cette stratégie scientifiquement infondée du zéro covid en constatant qu’elle était inefficace dans la durée et beaucoup trop dommageable pour leurs habitants.

Combien de temps faudra-t-il attendre pour que notre gouvernement prenne acte de ces échecs de l’autoritarisme et reconnaisse qu’on ne peut gagner une guerre contre le covid avec des lois d’exception, des mesures autoritaires ubuesques et des faux vaccins ?

Seuls la Chine et Hong Kong persistent dans cette politique autoritaire et il est maintenant évident qu’ils ne le font plus que pour des raisons politiques pour contrôler leurs populations.


  1. [1] Manipis K, Street D, Cronin P, Viney R, Goodall S. Exploring the Trade-Off Between Economic and Health Outcomes During a Pandemic: A Discrete Choice Experiment of Lockdown Policies in Australia. Patient. 2021;14(3):359-371. doi:10.1007/s40271-021-00503-5[]
  2. [2] Australie : comment Melbourne a gagné contre le coronavirus après un confinement marathon tout l’hiver https://www.rtbf.be/article/australie-[]
  3. [3] Zachreson C, Chang SL, Cliff OM, Prokopenko M. How will mass-vaccination change COVID-19 lockdown requirements in Australia?. Lancet Reg Health West Pac. 2021;14:100224. doi:10.1016/j.lanwpc.2021.100224[]
  4. [4] David K. Miles1 Stay at Home, Protect the National Health Service, Save Lives: A cost benefit analysis of the lockdown in the United Kingdom Int J Clin Pract. 2021;75:e13674. | 1 of 14
    https://doi.org/10.1111/ijcp.13674 « the lowest estimate for lockdown costs incurred was 40% higher than highest benefits from avoiding the worst mortality case scenario at full life expectancy tariff and in more realistic estimations they were over 5 times high ».[]
  5. [5] Magson NR, Freeman JYA, Rapee RM, Richardson CE, Oar EL, Fardouly J. Risk and Protective Factors for Prospective Changes in Adolescent Mental Health during the COVID-19 Pandemic. J Youth Adolesc. 2021;50(1):44-57. doi:10.1007/s10964-020-01332-9[]
  6. [6] Elizabeth M Westrupp Parent and child mental health trajectories April 2020 to May 2021: Strict lockdown versus no lockdown in Australia Australian and NZ J of psychiatry 21/12/21
    https://doi.org/10.1177/00048674211065365[]
  7. [7] Miller ER, Olver IN, Wilson CJ, et al. COVID-19, Alcohol Consumption and Stockpiling Practises in Midlife Women: Repeat Surveys During Lockdown in Australia and the United Kingdom. Front Public Health. 2021;9:642950. Published 2021 Jun 30. doi:10.3389/fpubh.2021.642950[]
  8. [8] Rogers SL, Cruickshank T. Change in mental health, physical health, and social relationships during highly restrictive lockdown in the COVID-19 pandemic: evidence from Australia. PeerJ. 2021;9: e11767. Published 2021 Jul 22. doi:10.7717/peerj.11767[]
  9. [9] Czeisler MÉ, Wiley JF, Facer-Childs ER, et al. Mental health, substance use, and suicidal ideation during a prolonged COVID-19-related lockdown in a region with low SARS-CoV-2 prevalence. J Psychiatr Res. 2021;140:533-544. doi:10.1016/j.jpsychires.2021.05.080[]
  10. [10] Lawford-Smith H. Was lockdown life worth living? Monash Bioeth Rev. 2022 Mar 20:1–22. doi: 10.1007/s40592-022-00155-7. Epub ahead of print. PMID : 35 306 628 ; PMCID : PMC8934538.[]
  11. [11] Griffiths D, Sheehan L, Petrie D, van Vreden C, Whiteford P, Collie A. The health impacts of a 4-month long community-wide COVID-19 lockdown: Findings from a prospective longitudinal study in the state of Victoria, Australia. PLoS One. 2022 Apr 7;17(4):e0266650. doi :[]
  12. [12] Martin Lally1A cost–benefit analysis of COVID‑19 lockdowns in Australia Monash Bioethics Review
    https://doi.org/10.1007/s40592-021-00148-y[]
  13. [13] Yong JH, Mainprize JG, Yaffe MJ, et al. The impact of episodic screening interruption: COVID-19 and population-based cancer screening in Canada. J Med Screen. 2021;28(2):100-107. doi:10.1177/0969141320974711[]
  14. [14] Vanni G, Pellicciaro M, Materazzo M, Pedini D, Portarena I, Buonomo C, Perretta T, Rizza S, Pistolese CA, Buonomo OC. Advanced Stages and Increased Need for Adjuvant Treatments in Breast Cancer Patients: The Effect of the One-year COVID-19 Pandemic. Anticancer Res. 2021 May;41(5):2689-2696. doi:[]
  15. [15] Robert M Van Haren Impact of the COVID-19 Pandemic on Lung Cancer Screening Program and Subsequent Lung Cancer J Am Coll Surg 2021 avril ;232(4):600-605
    https://doi.org/10.1016/j.jamcollsurg.2020.12.002 ISSN 1072-7515/20[]
  16. [16] https://news.un.org/en/story/2020/09/1071732[]
  17. [17] Bennett CM. Learning to live with COVID-19: time for a new approach. Public Heath Res Pract. 2021;31(3):e3132110.[]
  18. [18] https://www.huffingtonpost.fr/entry/la-nouvelle-zelande-abandonne-sa-politique-zero-covid_fr_619b4393e4b07fe2010dbd9b[]
  19. [19] https://www.7sur7.be/monde/singapour-dit-adieu-a-la-strategie-zero-covid-nous-ne-pouvons-pas-eradiquer-le-virus-mais-nous-pouvons-vivre-avec~a8d276af/[]
  20. [20] https://www.20minutes.fr/monde/3279619-20220428-taiwan-abandonne-strategie-zero-covid-plus-10000-cas-24-h[]
  21. [21] https://www.ft.com/content/37f7f400-20aa-4e52-8f3b-f9359fa73fe8[]
  22. [22] https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20211031-fin-de-la-strat%C3%A9gie-z%C3%A9ro-covid-en-cor%C3%A9e-du-sud-le-pays-entend-vivre-avec-le-virus[]
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