Le Prisonnier, un chef-d’œuvre télévisionnaire

Le Prisonnier, un chef-d’œuvre télévisionnaire

15/05/2021 (2021-05-15)

Par Jean-Michel Grau

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

Aldous Huxley, Le meilleur des mondes.

« Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre. »

Patrick Mc Goohan, alias N°6 dans Le Prisonnier.

En 1967, l’acteur fétiche de la série télévisée « Destination Danger » mettait en scène sa dystopie télévisionnaire « Le Prisonnier », qui allait devenir réalité une cinquantaine d’années plus tard.

En réalisant et en incarnant pour la chaîne de télévision britannique ITV le Prisonnier dans une série de 17 épisodes, Patrick Mc Goohan préfigurait la dictature dans laquelle nous venons de basculer depuis 2020 avec le Covid. Au-delà même de tout ce qu’on aurait pu imaginer en 1967.

Les scènes extérieures ont été filmées à Portmeirion, petite station balnéaire au Nord-Ouest du Pays de Galles, à l’architecture italienne excentrique aux couleurs pastel rappelant les crèmes glacées, créée par un architecte milliardaire excentrique, Sir Clough Williams-Ellis, dotant toute la série d’un style intemporel inoubliable, mélange improbable de styles baroque, victorien et rococo, mâtiné de colonnes doriques, de dômes florentins et de jardins tropicaux.

Personne ne sait qui est le N°1

« Chaque générique du Prisonnier répète, en version condensée, la première scène de la série. Le personnage incarné par Patrick Mc Goohan, regard bleu, cheveux blonds plaqués et costume sombre, démissionne de son mystérieux emploi en tapant du poing sur la table. Alors qu’il prépare sa valise, il est gazé dans son appartement londonien et s’évanouit avant de se réveiller groggy, dans une réplique de sa demeure.

En ouvrant les stores, il découvre qu’il n’est plus à Londres, mais dans un petit village aux bâtisses colorées, au bord d’un estuaire. Rapidement, il s’aperçoit que ses habitants aux accoutrements farfelus ne portent pas de nom, mais des numéros et qu’on ne peut pas s’échapper.

À la tête de ce camp de prisonniers à ciel ouvert qui ressemble plus au Club Med qu’à Dachau, on trouve le N°2, dont la personnalité change à chaque épisode. Personne ne sait qui est le N°1. »

[1]

« Il tente alors de comprendre ce qu’il fait là, et part inspecter les lieux. Il essaie de téléphoner à la police, mais l’indicatif n’existe pas. Il demande alors un taxi pour sortir de la ville, mais il ne peut pas… Puis, il se rend dans une boutique pour acheter une carte de la cité. Étonnamment, celle-ci n’indique rien, à part la mer et les montagnes entourant le village.

Par la suite, il est invité dans la maison du N°2. Il y est accueilli par un homme mystérieux qui lui offre à manger. Celui-ci a un dossier de photographies sur lui. Des hommes hauts placés aimeraient savoir pourquoi il a démissionné du MI6.

Plus tard, avec le N°2, ils survolent le Village à bord d’un hélicoptère. Le Prisonnier découvre alors le bâtiment du Conseil Suprême, dont les membres seraient élus démocratiquement… Il est alors renommé N°6 par le N°2. Furieux, il hurle qu’il n’est pas un numéro, mais un homme libre. »

[2]

Toute la série va reposer sur les tentatives désespérées du Prisonnier pour trouver des alliés, afin de s’échapper du Village et trouver l’identité du N°1, tout en évitant de croiser le chemin du Rôdeur, l’énorme ballon blanc tout mou chargé d’étouffer toute tentative d’évasion.

Reportons-nous maintenant à aujourd’hui.

Que découvrons-nous dans la rue ? Des zombies en train de marcher la tête rivée sur leur portable, tous muselés par un bâillon évoquant une couche-culotte faciale. Des dizaines de personnes faisant la queue devant des laboratoires d’analyses pour un test PCR. Tout autour d’eux, la plupart des magasins fermés, à part quelques rares supermarchés. Tous les rideaux des restaurants, des bars, des discothèques et des salles de sport baissés. Tout le monde confiné. Aucun déplacement permis sans une attestation qu’on s’autorise à signer pour sortir faire des achats, dits essentiels, avant l’heure du couvre-feu. Une atmosphère de peur, savamment entretenue par des médias aux ordres avec des injonctions inlassablement répétées du matin au soir, comme les gestes-barrière, l’interdiction de réunion, le port du masque dès 11 ans pour ne pas faire mourir grand-mère, et l’apparition de néologismes abscons comme le travail en présentiel ou en distanciel selon l’humeur du chef de l’État. Enfin, la promesse aussi hypothétique que fallacieuse de récupérer notre liberté perdue sous la condition expresse de prendre le risque de servir de cobaye aux labos pharmaceutiques en se faisant piquer comme des poulets OGM. Avec au bout : l’octroi d’un passeport sanitaire pour pouvoir à nouveau circuler et voyager librement, création implicite d’un monde à deux vitesses d’Alpha + et de bêta — qui n’a rien à envier à l’univers dystopique du Prisonnier.

Une situation inimaginable il y a encore deux ans et que personne n’aurait cru pouvoir devenir un jour réalité. Et pourtant ! Quand on y réfléchit bien, on ne peut que constater que nous sommes déjà tous entrés dans l’univers du Prisonnier bien avant le Covid. En fait, depuis déjà un certain nombre d’années, et ce sans même nous en rendre compte.

L’addiction au smartphone

Comme le rappelle Jean-Michel Philibert dans son livre « Le Prisonnier : une mythologie moderne », la technologie galopante de la communication nous asservit plus qu’elle nous libère par son omniprésence et ses injonctions dans notre quotidien :

« Aujourd’hui, l’événement est à peine en train de se dérouler qu’il est déjà info. Fausse ou réelle. Une immédiateté rendue possible grâce aux téléphones portables, déjà utilisés par les protagonistes du Prisonnier. « En 1967, c’était prophétique d’utiliser des téléphones sans fil. Aujourd’hui, la majorité des Occidentaux est collée à son « machin-phone », au travail, dans la rue, à table, au lit. L’addiction au smartphone est la manifestation la plus visible du fait que nous devenons un peu tous comme les habitants du Village »

[3]

« Dans la série, l’usage des portables est toutefois réservé aux personnages de haut rang, ceux qui contrôlent les autres, ceux qui se relaient jour et nuit dans des salles circulaires pour observer en permanence des habitants dont ils souhaitent extraire « des renseignements » de manière aussi clinique qu’abstraite. Cette métaphore de l’administration, de la technocratie qui veut tout contrôler, est surtout celle de la surveillance de masse. »

[1]

On ne peut s’empêcher de penser ici au délire psychotique de Klaus Schwab, le grand prêtre illuminé du Forum de Davos dont la surveillance de masse le fait baver d’envie dans son bréviaire 2.0, feuille de route suivie à la lettre par les dirigeants occidentaux, sous prétexte de pandémie covidienne :

« Le mouvement de l’entreprise ira vers une plus grande surveillance : pour le meilleur ou pour le pire, les entreprises surveilleront et enregistreront parfois ce que font leurs effectifs. La tendance pourrait prendre différentes formes, de la mesure de la température corporelle avec des caméras thermiques à la surveillance via une application de la manière dont les employés respectent la distanciation sociale. »

[4]

Rick Davy, auteur de « The Prisoner, the essential guide » complète l’analyse de Jean-Michel Philibert :

« Dès le premier épisode, on montre au N°6 des extraits de sa vie entière, sur divers écrans. Le N°2 lui dit que les gens veulent tout savoir. Et cela semble vrai au vu de la société actuelle : ce qu’on mange, comment on vote, quels sont nos centres d’intérêt, tout est collecté, partagé, vendu et conservé par les réseaux sociaux, les banques, les magasins et les gouvernements. Avec les réseaux sociaux, tout le monde sait ce que tout le monde fait. »

[5]

Nous sommes nos propres surveillants

Selon Philibert, « C’est toute la contradiction qu’il faut assumer : entre profiter d’un espace de liberté d’expression et accepter qu’une organisation commerciale comme Facebook recueille des renseignements sur nous. Notre société de surveillance a ceci de particulier que nous sommes nos propres surveillants. C’est nous qui donnons « des renseignements » par l’intermédiaire de nos écrans. Cliquer, c’est se dénoncer. »[4] Il en va de même aujourd’hui avec les attestations de sortie de confinement que nous nous autorisons à nous-mêmes. Au nom de quoi ? On cherche encore…

« Comme les villageois qui rapportent les informations aux autorités en place, nous sommes, de par notre usage des réseaux sociaux, complices du fichage et du contrôle. Il faut donc bien avoir conscience que nous nous faisons déjà ficher, classer, estampiller et numéroter de notre plein gré.

Si la phrase la plus célèbre de la série est bien :

« Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre. »

Il semblerait que de nos jours, ce ne soit plus vraiment le cas. »

[3]

En effet, nous sommes déjà tous devenus des numéros, avec un numéro de sécurité sociale, un numéro de portable, un code postal, un numéro de rue, un numéro de carte bancaire…

« Dans la série du Prisonnier, le N°6 se voit remettre un porte-cartes, contenant nombre de fiches d’identité, inondées de numéros. Le Prisonnier a prédit nos portefeuilles bourrés de diverses cartes, mais surtout quelque chose d’encore plus nouveau à l’époque. Au Village, rares sont les angles que les caméras de surveillance ne contrôlent pas. Aujourd’hui, ces mêmes caméras sont devenues banales. Plus ou moins consciemment, on décide de ne pas y prêter attention, optant pour la sécurité plutôt que la liberté, acceptant que tous nos faits et gestes puissent être connus des autres en échange de l’espoir qu’un attentat terroriste puisse être déjoué… »

[1]

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Benjamin Franklin.

Avec les confinements et les couvre-feux Covidistes, la réalité vient rejoindre la fiction du Prisonnier. Les annonces anxiogènes et liberticides sur le masque obligatoire dès l’âge de 11 ans, les gestes-barrière et l’interdiction d’attroupement débitées toutes les demi-heures au haut-parleur aux quatre coins de la ville de Nice ou dans le métro parisien n’ont rien à envier aux annonces incessantes de la radio qu’on ne peut pas éteindre du Prisonnier.

L’uniformisation a un prix

« La sécurité se vend bien, c’est un bon argument pour faire accepter la diminution des libertés individuelles. Dans le Prisonnier, l’individualité est quasi criminelle, on peut être mis au ban de la société si on est différent. Tout comme il faut porter certains habits achetés par des gamins du monde entier pour se faire accepter à l’école. Ainsi, les captifs éclatent de rire quand le N°6 affirme être un individu.»[4] Les mêmes qui sont habitués à rire et applaudir sur demande. La démocratie et la liberté ne sont plus, tout comme aujourd’hui en Occident, que des fantoches au Village du N°6.

Tout comme les habitants du Village acceptent d’être fichés, la plupart d’entre nous acceptent le port de la muselière pour pouvoir continuer à vivre la même existence que les autres. Au-delà de la crainte d’écoper d’une amende de 135 euros, c’est cette peur de se singulariser, ce besoin de se fondre dans la masse qui fait que le commun des mortels finit par accepter l’inacceptable : on ne se sent plus muselé comme un chien quand on voit que tous les autres sont logés à la même enseigne. On est trop occupé par son quotidien pour consacrer encore du temps à remettre en question la perte de sa liberté.

Comment peut-il en être autrement aujourd’hui avec cette tyrannie du politiquement correct, où tout débat est devenu interdit depuis la dictature sanitaire ? Dès qu’un opposant remet en cause la pertinence de la doxa covidiste, il se fait immédiatement rabrouer et traiter de complotiste. Il en va de même pour tous ceux qui osent remettre en question le bonheur européiste dont les arguments se voient balayés par la reductio ad Hitlerum habituelle.

« Le Village ramollit ses habitants à coups d’alcool, de jeux et de sport qui ne sert qu’à tuer le temps. Malheureusement, nous en sommes parfois, nous aussi, réduits à occuper nos vies, à nous remplir de vide. C’est une prison dorée, pour nous autres Occidentaux qui jouissons de loisirs et de biens de consommation créés sur la misère du monde. Mettez un individu devant un écran, et il abdique sa vie pour contempler un spectacle.»

[3]

La parodie de vie des personnages de la télé-réalité a remplacé avantageusement l’existence réelle.

Et Jean-Michel Philibert d’asséner : « Au Village, c’est la société du spectacle. Chacun joue un rôle dans la comédie ou la tragédie écrite par les dirigeants. Nous, nous contemplons le spectacle de la société sur nos écrans. Le journal télévisé nous dit quoi penser, l’émission de télé-réalité nous dit quoi ressentir. »[4]

Parfois la fiction de la télé-réalité et la réalité finissent par se confondre. Tout comme le Village dystopique du N°6 se confond dorénavant avec le village de fous du monde covidiste d’aujourd’hui. Patrick Mac Goohan, lui-même, ne disait-il pas avant son décès en 2009 que le monde allait devenir « le Village » ?

Maintenant, quant à savoir qui est le N°1, il suffit de regarder la série pour le découvrir.

Beaucoup d’entre nous ne s’en sont jamais remis.

Le Prisonnier est un hymne à la liberté. C’est quand on la perd comme aujourd’hui qu’on réalise comme elle nous est précieuse. Raison de plus de redécouvrir aujourd’hui cette allégorie philosophique par excellence.


  1. [1] slate.fr/story/171105/serie-tele-prisonnier-annees-1960-village-paralleles-monde-moderne-dystopie[][][]
  2. [2] fantrippers.com/fr/magazine/article/407-le-prisonnier-une-serie-de-confinement-mcgoohan-prisoner[]
  3. [3] Jean-Michel Philibert : facebook.com/LePrisonnierunemythologiemoderne/[][][]
  4. [4] Klaus Schwab, Covid 19 : La Grande Réinitialisation, Forum Publishing[][][][]
  5. [5] Rick davy, The Prisoner, the Essential Guide[]
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