La science infuse

26/07/2022 (2022-07-26)

[Source : FranceSoir]

Par Xavier Azalbert, directeur de la publication de FranceSoir

[Illustration : Les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans trois semaines, faudrait qu’ils achètent du sable ailleurs.
 Pixabay]

ÉDITO — Serait-ce devenu certain ? Politiciens, hauts fonctionnaires, et autres experts qui nous dirigent, décident de tout pour nous, tant à l’échelle de la vie publique du pays qu’au sein des foyers et des entreprises. Pour eux, c’est certain : le doute ne subsiste pas. Ces messieurs et dames de Science Po, l’ENA, Normal Sup, Polytechnique et Cie — que Coluche regroupait sous l’appellation unique commune de « technocrates » — nos « élites », ont la science infuse.

Pourtant, alors que le moins qualifié des citoyens lambda (les « sans-dents », pour l’ex-président socialiste François Hollande), n’aurait probablement jamais l’idée complètement saugrenue de s’endetter personnellement sur quatre générations, nos élites, elles, ont réussi cet exploit. Et ceci à hauteur de 3 000 milliards d’euros. Une dette publique gigantesque à propos de laquelle personne ne semble s’être dit à un moment : « Là, ça commence à faire un peu beaucoup, non ? Trop, même. » Non. À aucun moment. Ni à compter de cent milliards. Ni à compter de cinq cents milliards. Ni à compter de mille milliards, de deux mille… Jamais.

« Faisant » cela, ces « bons à tout et surtout mauvais à rien » ont donné pleine et entière substantialité à la plus célèbre des formules du Papa des Restos du Cœur les concernant :

« Les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans trois semaines, faudrait qu’ils achètent du sable ailleurs. »[1]

Et malheureusement pour nous, citoyens de base incapables de nous gérer par nous-mêmes (c’est ainsi ça que les technocrates nous perçoivent), ce n’est pas uniquement dans la gestion des deniers publics que nos « élites » savent se montrer totalement ridicules. Non. Il est de plus en plus apparent qu’elles s’emploient dans tous les domaines sans exception à marcher à l’opposé de la logique et du bon sens. Et ceci « avec une sérénité dans l’incompétence qui force le respect », pour citer cette fois Pierre Desproges.

Par exemple, vous autres chauffeurs de taxi, sages-femmes, instituteurs, infirmières, artisans, pères ou mères au foyer et autres, quels types de commerces auriez-vous décidé de fermer pour limiter la propagation du virus ? Auriez-vous fermé les petits commerces, ces lieux où très peu de personnes se côtoient ? Ou auriez-vous fermé les grandes surfaces, ces hauts lieux de promiscuité immédiate inévitables pour des milliers de personnes, des endroits clos encore plus bondés de monde dès lors qu’on y ajoute les clients habituels des petits commerces ?

Auriez-vous fermé les écoles, lieux où se trouvent pour l’essentiel des enfants, citoyens non ciblés par le virus ? Ou auriez-vous fermé les transports en commun, lieux où les adultes sont collés les uns aux autres deux fois par jour pendant des heures ?

Et d’après vous, pour lutter contre la propagation d’un virus, est-ce logique, normal, cartésien et davantage approprié, d’un côté, de fermer les boîtes de nuit (dancing), et de l’autre, de laisser ouvert les clubs libertins (spa) ?

Bon, évidemment, certaines mauvaises langues ne manqueront pas d’arguer à ce sujet que le virus en question n’est pas sexuellement transmissible, et que le slogan « tous vaccinés tous protégés », comme le dit la publicité émanant du ministère de la Santé, est forcément une vérité vraie. Cependant, la promiscuité paraît être bien plus à son maximum lors d’un coït que durant une simple danse, fût-ce la plus torride des lambadas.

Autre exemple : vous viendrait-il à l’idée de retirer de la vente un traitement (hydroxychloroquine) utilisé avec succès dans de nombreux pays (Inde, Chine, Sénégal), traitement ayant fait l’objet de nombreuses études scientifiques qui ont démontré son efficacité face au virus contre lequel, officiellement, vous êtes « en guerre » ?

Pareillement, vous serait-il apparu opportun d’autoriser un médicament toxique (Remdesivir), ainsi qu’un traitement comme le Rivotril, qui conduit immanquablement à la dégradation de la santé du patient ?

Et auriez-vous « questionné » les mérites de la vitamine D ?

Évidemment, non !

Eh bien nos « élites », elles, si !

Et c’est pareil dans les autres domaines.

Les médias, quant à eux, ne sont pas en reste. À défaut de questionner ces prises de position, ils les endossent, les cautionnent, et proposent un cadre pour les justifier.

Oui. C’est tout autant regrettable que triste, mais il en est ainsi.

Au lieu d’œuvrer pour un monde fonctionnel articulé autour du bon sens et de la raison, les technocrates nous imposent-ils un monde dysfonctionnel et antinomique du b.a.-ba de la logique la plus évidente ?

Sont-ils irresponsables ?

Si j’étais complotiste, je dirais qu’un tel degré de manque de bon sens (pour ne pas dire de bêtises) s’apparente à une volonté de nuire. Mais laissons à la justice la mission déterminer si cette volonté est délibérée ou pas.

Toutefois, ce constat apparaît manifeste.

Exactement comme si, bien qu’ayant vu au moins dix fois le film avant de prendre le commandement du navire, le capitaine du Titanic faisait tout son possible pour foncer droit sur l’iceberg [2], les technocrates semblent s’employer à scier avec toujours plus de frénésie la branche sur laquelle nous sommes tous assis. C’est là ce que certains psychologues/psychiatres n’hésitent pas à qualifier, parfois à bas bruit, de « folie pathologique », « de folie collective. » Avant qu’ils ne se fassent eux-mêmes qualifier de complotistes.

Dès lors, le véritable problème ne serait-il pas l’irresponsabilité juridique des technocrates qui nous dirigent ?

La science ne s’occupe pas de la morale. La science, qui se fonde sur le doute et la recherche de la preuve, se régit elle-même, en corrigeant en temps utile ses erreurs. C’est pourquoi la morale doit s’occuper de la science. Le Petit Robert définit la Morale comme suit : « La science du bien et du mal, des principes de l’action humaine en tant qu’elle est soumise au devoir et a pour but le bien. » Pour nos « élites », se pose donc la question du relativisme moral, idée selon laquelle les valeurs morales seraient dépendantes du contexte historique et culturel. Pourquoi ? Parce que certains politiques n’hésitent pas à clamer « leur croyance dans la science ». Indépendamment du fait que science et croyance soient incompatibles puisque la méthodologie scientifique va de pair avec la remise en question, faire état de croyance dans la science dans une République qui prône la laïcité comme base de notre contrat social ne démontre-t-il pas un relativisme exacerbé ?

Pourtant, Voltaire, père des Lumières, le soulignait dans son Dictionnaire Philosophique : « Il n’y a qu’une morale comme il n’y a qu’une géométrie ». Une notion qui trouve son fondement dans le droit naturel. Dans son Traité sur la tolérance, le philosophe explique : « Le droit humain ne peut être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature ; et le grand principe, le principe universel de l’un et de l’autre, est, dans toute la terre : “Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît.” Or on ne voit pas comment, suivant ce principe, un homme pourrait dire à un autre : “Crois ce que je crois, et ce que tu ne peux croire, ou tu périras”. » C’est pourtant ce que font nos technocrates : ils imposent leur croyance et règlent le droit qui régit la société civile sur la base de leur dogme subjectif. Un dogme qui, ne leur en déplaise, n’est pas une science, mais une science infuse, le propre de la personne qui croit détenir la science… sans avoir étudié. En bref, une science qui n’est que croyance. Une croyance affirmée sans juste démonstration n’est que superstition. Or, écrit Voltaire, « la morale n’est point dans la superstition ».

En conséquence, si le droit ne doit pas être l’expression de la volonté superstitieuse de ceux qui détiennent le pouvoir, mais doit, au contraire, se fonder sur le droit naturel, c’est-à-dire la recherche du juste, alors les technocrates sont irresponsables juridiquement.


  1. [1] comme depuis lors (la tirade est de 1977), ils ont passé la surmultipliée, je me suis donc permis de remplacer « cinq ans » par « trois semaines ».[]
  2. [2] ceci en nous expliquant qu’après avis pris auprès d’un comité d’experts en cocktails, il s’agit en fait d’une commande spéciale dont il doit absolument prendre livraison : le glaçon géant qui a été commandé par le barman en chef du navire, pour le carré V.I.P.[]
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