Vaccination universelle ? Émile Zola et le conditionnement moderne

Par Nicolas Bonnal

Tout le monde se vaccine même quand Delfraissy explique que cela ne sert pas. Essayons d’expliquer pourquoi, même si notre conception de l’humanité doit en prendre un coup. Il est temps de remettre le troupeau vacciné à sa place. 10 % de rebelles, c’est déjà beaucoup.

À partir de 1780, l’humanité est entrée dans un cycle qui sera le dernier, avant la liquidation ou la transformation des privilégiés de notre espèce (le transhumanisme). La Révolution française marque l’apparition de l’homme métronome, du libre citoyen aveugle et dominé par les forces de l’idée et des constitutions. Comme l’écrit Augustin Cochin, le plus grand observateur de l’histoire du phénomène révolutionnaire :

« Avec le régime nouveau, les hommes disparaissent, et s’ouvre en morale même l’ère des forces inconscientes et de la mécanique humaine. »

Cochin explique aussi pourquoi nous partons toujours perdants face à la masse progressiste et ses imprécations :

« L’anarchie donne des leçons de discipline au parti de l’ordre en déroute. En devenant patriote, la masse des Français semble s’être donné un unique et invisible système nerveux, que le moindre incident fait tressaillir à l’unisson et qui fait d’elle un seul grand corps. »

La destruction du système nerveux, c’est bien la clé. La destruction créatrice… Aux forces de l’idée correspondent les forces du marché renforcées par une autre révolution irrésistible, l’industrielle. Le marché repose sur la vente aux masses. Comment faire pour nous faire acheter ? Un auteur finalement assez peu connu, Émile Zola, décrit dans son roman sur le développement darwinien des grands magasins l’émergence de la nouvelle puissante totalitaire du grand commerce, ce chancre du monde, comme dira Céline à New York.

Zola admire la puissance mécanique du Bonheur des Dames et de la machinerie commerciale :

« Il y avait là le ronflement continu de la machine à l’œuvre, un enfournement de clientes, entassées devant les rayons, étourdies sous les marchandises, puis jetées à la caisse. Et cela réglé, organisé avec une rigueur mécanique, tout un peuple de femmes passant dans la force et la logique des engrenages. »

Le but est d’attirer, de faire vendre, de briser les résistances de l’individu : Zola n’a pas attendu les centres commerciaux du Qatar et de Shanghai, et le cours en bourse d’Apple ou LVMH pour écrire :

« En décuplant la vente, en démocratisant le luxe, ils devenaient un terrible agent de dépense, ravageaient les ménages, travaillaient au coup de folie de la mode, toujours plus chère. »

Zola compare la conquête de la cliente à la séduction sexuelle. Même la modeste héroïne Denise est conquise par la luisante toute-puissance du magasin et de ses marchandises : « le Bonheur des Dames achevait de la prendre tout entière. » Elle en tombe amoureuse du patron !

Bouret, le maître de céans, est d’ailleurs comparé à un cavaleur.

« Et, quand il lui avait vidé la poche et détraqué les nerfs, il était plein du secret mépris de l’homme auquel une maîtresse vient de faire la bêtise de se donner… On la connaissait pour sa rage de dépense, sans force devant la tentation, d’une honnêteté stricte, incapable de céder à un amant, mais tout de suite lâche et la chair vaincue, devant le moindre bout de chiffon. »

Cinquante ans plus tard, le théoricien de la propagande soviétique Tchakhotine parla dans un livre surévalué de sexuel viol des foules. À la même époque, le neveu de Freud, Bernays, encourage les femmes à fumer en public avec le succès que l’on sait (au nom bien sûr de leur libération : aujourd’hui pourtant on les somme de ne plus fumer au bureau ou ailleurs…). Mais Zola, excellent observateur de son temps, décrit les bonnes et simples recettes pour le conditionnement de la clientèle. C’est que cette masse (fuge turbam [fuir la foule], disait Sénèque) ne rêve que d’être étourdie, hypnotisée et manipulée :

« La grande puissance était surtout la publicité. Mouret en arrivait à dépenser par an trois cent mille francs de catalogues, d’annonces et d’affiches… Il professait que la femme est sans force contre la réclame, qu’elle finit fatalement par aller au bruit. »

[Voir aussi :
Une brève histoire de la propagande
Comment on manipule pour avoir le consentement
De l’eugénisme à l’hygiène sociale ou le contrôle mental comme moyen de gérer les masses
Confinement, propagande COVID et points de presse gouvernementaux : la recette parfaite du lavage de cerveau calquée sur les sectes
Théories de contrôle de l’esprit et techniques utilisées par les médias de masse]

On sait bien maintenant que l’abrutissement du troupeau vient par la musique de fond, par le bruit, par la noise, comme on disait en vieux français. Donc Bouret veut du bruit en bon expérimentateur de la psychologie des foules chère à Le Bon.

« Partout, il exigeait du bruit, de la foule, de la vie ; car la vie, disait-il, attire la vie, enfante et pullule. De cette loi, il tirait toutes sortes d’applications. D’abord, on devait s’écraser pour entrer, il fallait que, de la rue, on crût à une émeute. »

Zola joue encore sur une autre métaphore, celle de la religion, que l’on file à propos du sport omniprésent dans nos médias achetés et nos cerveaux conditionnés, mais il l’applique plus subtilement au commerce — comme on le fera plus tard à la politique, qui est une autre forme du commerce. Zemmour ? Macron ? Pécresse ? Faites votre choix, gentilles brebis !

« Sous la grâce même de sa galanterie, Mouret vendait de la femme à la livre : il lui élevait un temple, la faisait encenser par une légion de commis, créait le rite d’un culte nouveau ; il ne pensait qu’à elle, cherchait sans relâche à imaginer des séductions plus grande… »

Zola en écrivant cela ne pense même pas au serpent de la Bible. Dans sa cervelle médiocre de laïque, le conditionnement du cerveau est le même pour la religion ou pour l’achat de chiffons — ce n’est d’ailleurs pas faux quand on pense au succès planétaire des évangélistes. La « cathédrale du commerce » a simplement pris la place de l’ancienne ! Il va, parlant toujours de Mouret, jusqu’à conclure dans cette envolée presque épique :

« Sa création apportait une religion nouvelle, les églises que désertait peu à peu la foi chancelante étaient remplacées par son bazar, dans les âmes inoccupées désormais. La femme venait passer chez lui les heures vides, les heures frissonnantes et inquiètes qu’elle vivait jadis au fond des chapelles : dépense nécessaire de passion nerveuse, lutte renaissante d’un dieu contre le mari, culte sans cesse renouvelé du corps, avec l’au-delà divin de la beauté. »

Lutte d’un nouveau dieu contre le mari ? Avec son style vulgaire, l’auteur de J’accuse voit que le divorce viendra avec le commerce. La famille détruite ou recomposée est plus rentable, tout simplement. Car la femme libérée, disait un homme d’affaires américain, paiera enfin des impôts.

https://beq.ebooksgratuits.com/vents/zola-11.pdf

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