La réalité tressaille comme dans un vieux film s’effilochant

La réalité tressaille comme dans un vieux film s’effilochant

17/10/2021 (2021-10-17)

Par Lucien Samir Oulahbib

Drôle de situation à voir cette réalité officielle tissée par les médias mondiaux. Rouge à lèvres, habillée en silhouettes sveltes et souriantes, poches débordantes de liasses innocentes, elle se désembobine, s’effiloche comme un mauvais bas noir de propagande bas de gamme découvrant dans sa déchirure au creux du matin froid sur la banquette arrière du taxi postmoderne une autre réalité bien moins grivoise, comme un levé de rideau précipité au temps du cinéma muet : cela craquelle en accéléré ou la décomposition en temps réel de visages poupins s’effondrant sous nos yeux-écrans (et caméras) en tas de poussières même plus nucléaires, mais d’éoliennes sans vent. « C’est comment qu’on freine ? » Chantait feu Bashung ; encore faudrait-il déjà avoir des freins…

Mais comme nous sommes maintenant enfouis vivants, à l’instar de déchets médiatiques sans conséquences (car guère radioactifs, tant le Pouvoir en a neutralisé les noyaux actifs), même cette fenêtre d’opportunité de ce craquèlement historique à la sismique de plus en plus généralisée nous échappe, glisse entre nos mains cybernétiques, à l’instar de ces enfants qui voient bien qui attaque Guignol dans son dos, mais celui-ci n’entend pas, ou alors ces paralytiques qui sont tombés de leur fauteuil appellent à l’aide, mais personne ne vient…

Le film de la réalité ainsi tressaille jusqu’à faire apparaître la cassure de la bobine, puis le « noir » sur fond « blanc », non parce que ce serait « fini », mais plutôt parce que le projectionniste s’est enfui.

Fini le temps où le capitaine coulait avec son bateau. Aujourd’hui il est parti avec la caisse et l’ouvreuse (les médias). Et sur la scène, des figurants tentent de mimer le film (des poètes) disparu.

Mais peu importe, peut-être. Après tout, ce n’était qu’une fiction. Pourquoi s’accrocher à des lambeaux de rêves éveillés alors que cette histoire d’un monde « postmoderne » s’est effondrée?  Ce monde gentil permettant que tout cohabite, puisque l’étalon-vérité aurait été effacé : des images sans scénario pouvaient ainsi émerger, nous promettait-on, puis disparaître sans dommage malgré les mondes des Big Brother, Big Pharma, Big Gafam qui pointaient à l’horizon.

Il s’avère pourtant que sous nos yeux, dans les profondeurs des vitalités cruciales, un sursaut surgit, venu de nulle part, et submerge tout sans coup férir, comme si les cisaillements et coupures de ce film de la réalité officielle s’avèrent être des césures et fissures inédites d’une tectonique des plaques symbolique qui aujourd’hui se rassemblent et se fracassent en tremblements de Terre de plus en plus sourds (ceux qu’Henri Heine avait décrits dans De l’Allemagne annonçant les totalitarismes du 20e siècle), eux-mêmes préludes aux tsunamis immenses qui émergent déjà et dont l’énergie tellurique ainsi charriée s’avère si énorme qu’il n’est pas rare de retrouver des fossiles de poissons au plus haut des montagnes éternelles : toutes ces théories se prétendant scientifiques, ces arts et lettres, tout cela s’effiloche à vitesse grand V. Comment pouvoir les lire, même les entendre ? Ou la sentence d’Adorno réorientée : Auschwitz, mais aussi le Goulag n’ont certes toujours pas été pensés, et ce surtout comme issu(e)s du scientisme hygiéniste (élimination radicale de ce qui est nommé « virus ») qui n’a cependant rien à voir avec Descartes et sa volonté de mieux maîtriser le monde (afin de mieux nous connaître et non pas dominer en général). Or il s’avère que leur suite présente reste toujours en friche, et ceux qui veulent apporter quelques remèdes efficaces restent évincés ou étiquetés complices objectifs des « virus » ainsi désignés…

Qu’en conclure ? Peut-être ceci : la complexité vitale de la réalité humaine semble se gausser de ces prétentions statistiques visant à la réduire en courbes alors que celles-ci ne sont que des illustrations, de l’art figuratif qui prétend être cette réalité humaine, au même titre que la Carte énonçant qu’elle Est le Territoire et que donc celui-ci, ainsi remplacé (en « grand »…) peut disparaître sans coup férir. Ceci se révèle cependant toujours faux : le Territoire en effet peut se venger (sauf génocide) jusqu’à échapper à la Carte qui ne représente plus alors qu’elle-même ; ou le temps de la révolution néomoderne au sens d’affiner la notion de Nation vers plus de citoyenneté horizontale (referendums) et verticale (participations).

Encore faut-il voir ce processus : la Carte donc ne représente plus qu’elle-même (exemple BHL, Macron, Biden…). Le Territoire s’échappe (dans l’abstention, l’aspiration à voter pour des candidats « disruptifs »…), mais la Carte des trois B (Big Brother, Big Pharma, Big Gafam) tente de le retenir par diverses interdictions « légales » et également mentales, comme ces diverses impositions dites sanitaires visant à nous isoler comme des « particules élémentaires » incapables ainsi de se couler dans la non-séparabilité de fonctions d’ondes à même, elles, de soulever des montagnes… Sans cependant se transformer en foules de rhinocéros (ce que n’a pas vu Sartre ni son lecteur July : le groupe en fusion a toujours besoin d’un poisson-pilote, mais qui ne doit pas s’y substituer comme le croyait Lénine… César et Dieu, « l’État c’est moi » de Louis XIV restant encore impensé, sauf à bien comprendre Bodin…), car sans direction et respect scrupuleux de la liberté d’être, l’énergie dégagée risque de « dévorer ses propres enfants » selon l’adage… Du moins dans des limites à définir (afin de ne pas substituer aux factions des fractions).

En tout cas, le bombardement incessant provenant de la Carte, avec cette chimio-politique relativiste transplantée médiatiquement dans la chair citoyenne du Territoire humain veut rendre ce dernier si malléable que se fabriquent désormais industriellement des créatures façon Frankenstein, gardes-chiourmes féroces afin d’empêcher que le Territoire, celui de la Nation, se rebelle puis se libère.

D’ailleurs, dans la devise Liberté, égalité, fraternité, la première de ces trois notions ne suit pas l’ordre alphabétique, gageons que la Carte voudra aussi rectifier ce Territoire… À nous de l’en empêcher. Qui « nous » ? Tous ceux épris de ce Territoire  de ce Sol là, d’où l’impossibilité de le remettre en cause… C’est un acquis civilisationnel… Mais qui peut être amendé si des factions émergent pour le fractionner…

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