Après le Nouvel Ordre Mondial : Synarchie ou autre chose ?

Après le Nouvel Ordre Mondial : Synarchie ou autre chose ?

10/03/2021 (2021-01-14)

Par Joseph Stroberg

Certaines personnes pensent qu’après le Nouvel Ordre Mondial le monde connaîtra de nouveau une forme de gouvernement synarchique avec quatre castes : la noblesse, le clergé, la caste des artisans et des marchands, et celle des serviteurs. Est-ce que l’Humanité devra expérimenter de nouveau un système qui a déjà montré ses faiblesses et limites ? Ou bien vivra-t-elle quelque chose d’au moins partiellement nouveau et véritablement révolutionnaire ? Dans le premier cas, elle serait dans la situation d’un redoublant de classe qui doit se retaper toutes les leçons, même celles qu’il avait déjà comprises. Dans le second, elle aurait accès à une réelle nouvelle classe, à une nouvelle phase de son évolution.

L’Histoire tend à démontrer que les civilisations synarchiques se désagrègent plus ou moins rapidement, du fait de la corruption, de l’affaiblissement ou encore de l’abus de pouvoir d’au moins une des castes. La cause peut aussi être l’affaiblissement de l’autorité chargée d’équilibrer, de chapeauter et/ou de surveiller le bon fonctionnement des quatre castes (par exemple un roi issu généralement de la noblesse, ou encore un grand prêtre ou un sage issu de la caste religieuse). Si la noblesse prend trop de pouvoir par rapport aux autres castes, elle peut conduire à une dictature d’ordre militaire ou à des conquêtes et des guerres aux conséquences plus ou moins dévastatrices. Si elle tombe dans la luxure ou l’oisiveté, faute par exemple de défis, elle perd son rôle protecteur et ouvre la porte à des invasions extérieures ou à des agressions capables de la détruire.

Si la caste religieuse prend l’ascendant et domine abusivement les trois autres, cela peut conduire à une théocratie. Si au contraire, elle s’affaiblit excessivement, perdant son rôle moral ou d’éclaireur spirituel, elle ouvre la porte à la corruption des âmes et à toutes les perversions et les abus comportementaux qui peuvent en résulter. Si la caste productive devient trop puissante, elle tend par exemple à imposer une dictature économique ou marchande dans laquelle l’argent règne en maître. Si elle s’affaiblit excessivement au détriment des trois autres, elle amène la misère matérielle, puis les maladies. Enfin, si la caste des serviteurs prend le dessus sur les autres, elle amène une dictature prolétarienne telle que le marxisme soviétique. Si au contraire elle ne remplit plus son rôle, elle engendre la famine, la misère matérielle et les maladies. D’autres conséquences sont possibles et ont pu être expérimentées à un moment ou un autre de l’Histoire humaine. Les tendances présentées ici sont bien sûr schématiques, voire caricaturales.

Si une structure quaternaire semble a priori très stable, par analogie à une table reposant sur quatre pieds, elle a pourtant maintes fois démontré sa relativement faible pérennité dès qu’elle était appliquée à une civilisation humaine. Le quatre (généralement symbole de la matière elle-même) n’est sans doute alors pas suffisant. Une société durable devrait donc reposer sur plus que quatre castes, groupes ou éléments structurels. L’Homme n’est pas seulement matériel. Il n’est pas réduit ou limité à son corps de chair et de sang. Il comporte aussi une dimension plus subtile. Il expérimente et vit des émotions, des pensées et une conscience. Sans toutes ces dernières, il périclite ou se comporte comme un légume.

Si l’Humanité ne veut pas seulement redoubler, répéter une nouvelle fois ce qu’elle a déjà expérimenté de nombreuses fois au travers de diverses civilisations, elle devra donc intégrer de nouveaux éléments à ses futurs systèmes gouvernementaux et inventer une nouvelle structure qui les fera fonctionner le plus fluidement possible. L’Histoire n’est pas obligée d’être une répétition sans fin des mêmes expériences et des mêmes erreurs. Les quatre classes historiques devront être refondues et transformées en un système reposant sur de nouvelles bases. Il reste alors à déterminer le nombre optimal d’éléments à considérer.

Traditionnellement, si le quatre représente plutôt la matière et la stabilité, le sept symbolise plutôt les idées de complétude et de perfection, à l’image des sept couleurs de l’arc-en-ciel. Un système plus complet que les synarchies passées sera plus probablement septénaire que quaternaire. La vision d’une telle possibilité est présentée dans le Manifeste pour un nouveau monde. Elle repose sur l’existence de sept groupes humains, selon la manière dont les individus appréhendent le monde de la « Forme » et interagissent avec lui. Ce dernier n’est pas limité à la matière (solide, liquide, gazeuse ou même plasmique), mais comprend aussi les formes émotionnelles, les idéologies, les images mentales et les pensées « concrètes » (qui se rapportent à des formes matérielles ou émotionnelles, par exemple, par opposition aux concepts abstraits tels que l’idée de liberté).

Les sept différentes manières fondamentales dont les êtres humains vivent la Forme sont schématiquement les suivantes :

  • tendance à choisir les formes à incarner (à concrétiser, à matérialiser, à rendre vivantes…), à préserver ou à détruire ;
  • tendance à organiser les différentes formes de manière cohérente et inclusive ;
  • tendance à l’inspiration et à la stimulation pour adapter les nouvelles formes aux formes existantes ou pour fonctionner efficacement avec les formes établies ;
  • tendance à l’harmonisation des anciennes et des nouvelles formes ainsi que des individus fonctionnant par ou dans des formes sociales ou collectives et des lois éventuelles qui les régissent ;
  • tendance à la découverte de nouvelles formes et des lois qui les régissent ;
  • tendance à la préservation des formes existantes de la manière la plus idéale ou efficace possible ;
  • tendance à l’incarnation des nouvelles formes dans le respect des cycles de vie naturels des diverses formes existantes et de l’ordre des choses.

Ces sept tendances peuvent se retrouver à des degrés divers chez un même individu, bien que le plus souvent l’une d’elles domine assez nettement sur les autres et colore de manière prépondérante sa vie, sa profession et même sa personnalité ou son tempérament. La première sera ainsi plus caractéristique des décideurs et des individus aimant diriger des projets ou des groupes. La seconde se retrouvera plus importante chez les organisateurs, les administrateurs et les assistants. La troisième marquera plutôt les enseignants, les philosophes et les motivateurs. La quatrième sera plus typique des artistes et des conciliateurs. La cinquième des scientifiques et des explorateurs. La sixième des agents de service, des personnels soignants, des conservateurs de musée, etc. Et la septième, des artisans, des constructeurs, des travailleurs manuels, des agronomes, des éleveurs sélectionneurs d’espèces, des agriculteurs…, mais aussi d’inventeurs dans divers domaines (qui concrétisent des idées amenées le plus souvent par des scientifiques, par des philosophes, par des penseurs…). Les archétypes correspondants pourraient être nommés respectivement navigateurs, organisateurs, motivateurs, conciliateurs, découvreurs, veilleurs et constructeurs.

Pour fonctionner durablement, une société ou une civilisation doit s’appuyer sur la reconnaissance et l’équilibre de ces sept groupes. Les synarchies historiques ne l’ont pas fait. La caste des nobles correspondait généralement aux premier et quatrième groupes (et parfois du cinquième). Celle du clergé couvrait les second, troisième, cinquième et même sixième. Les artisans et producteurs correspondaient plutôt au septième groupe et éventuellement au cinquième. Et les serviteurs au sixième. En d’autres termes, la noblesse et le clergé y obtenaient chaque fois un rôle et une part disproportionnés par rapport aux deux autres castes qui tendaient ainsi à être déconsidérées alors que leur rôle est tout aussi essentiel. C’est ainsi que l’Histoire a connu bien plus souvent des tyrannies de nature militaire ou religieuse plutôt que marchande ou prolétarienne. Une dictature marchande ne peut généralement s’imposer que par la ruse, grâce à l’argent qu’elle finit par accumuler. Et une dictature prolétarienne pourrait s’établir par le nombre, mais a le plus souvent besoin de l’appui de membres influents d’au moins une des autres castes pour pouvoir s’installer.

Un Nouveau Monde véritablement novateur ne pourra être durable et fiable que s’il reconnaît et respecte les sept groupes humains évoqués ici. La synarchie a démontré ses failles et ses limites. Il est temps de franchir une nouvelle étape de l’organisation humaine propre à la conscience. Et cette nouvelle expérimentation, ce nouveau mode de vie collectif sera d’ailleurs probablement guidé, supervisé ou conseillé globalement par quelques sages ayant l’âme organisatrice (sans leur permettre néanmoins le moindre pouvoir décisionnel, afin de ne pas empiéter sur le premier groupe). De plus, dans les anciennes synarchies, les quatre groupes étaient superposés de manière hiérarchique alors que dans un Nouveau Monde, les sept seront plus probablement disposés de manière circulaire, les quelques sages observant ou guidant depuis le centre.

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