Lola, martyr de la « schizophrénie de l’islam » et de notre modernité à l’agonie

25/10/2022 (2022-10-25)

Par Lucien SA Oulahbib

Selon un intervenant sur radio Notre Dame (à 2:04), l’assassine de Lola aurait été en quelque sorte submergée par ses tergiversations scandant sa dite « sortie » de l’islam telles que l’évangélisme protestant, la franc-maçonnerie, jusqu’au satanisme, le tout sur fond de traumatisme infantile (viol) purgé par le sacrifice d’un autrui, Lola, incarnant au plus près ce que l’on aurait aimé être, mais que l’on ne pourra jamais devenir…

Un paradoxe tragique donc, maelström du Mal transfiguré par le martyr d’une Lola qui, cependant, c’est ici l’hypothèse, incarnerait aussi et sans doute surtout (mais cela n’a pas été évoqué dans cette émission) une « schizophrénie de l’islam » — d’où vient l’assassine — et théorisée par la regrettée Anne-Marie Delcambre ; en ce sens où l’interdit de quitter cette emprise, singulière (la soumission, totale, à la Loi) est si fort qu’il plonge en quelque sorte l’esprit, déjà traumatisé dans ce cas présent par un viol, en une souffrance telle qu’il n’y a pas d’autre issue, du moins sans prise en charge par autrui, que de l’évacuer, la refouler, par un dédoublement, une « dissociation » de personnalité, bien analysés par Pierre Janet (et qu’a repris Hitchcock dans Psychose et Vertigo).

Ainsi, en tentant, traumatisée par un viol, de survivre tout de même par une errance spirituelle, tentant toujours d’échapper, mais en vain à la contradiction intrinsèque à l’islam qui exige de l’individu qu’il se soumette, intégralement, à la Loi (incarnée en plus par les parents sources de son viol) cela exacerberait toute nature humaine ainsi en émoi et faite surtout de passions et de leurs conflits en vue de leur harmonisation avec, dans, contre le monde et aussi contre Dieu (le défi d’Ève soutenue par Adam, le refus de Moïse de sacrifier son peuple au moment du veau d’or). Mais de là à passer au dédoublement total, il y a là un pas qu’il n’est pas aisé d’éluder, surtout en faisant absolution de son passé cultu(e)(r)el.

Et c’est bien là le nœud du problème, qu’exacerbe l’islam (il ne le crée pas, le singularise seulement) du fait de sa demande singulière de soumission intégrale plongée et martelée dans un univers de liberté en expansion. Or, on ne peut compenser, pour certains, cette métallurgie mentale moderne que par un excès de mystique, d’adoration, permanente (bien étudié dans De l’angoisse à l’extase par Pierre Janet dans le cas de Madeleine), ce qui implique le retrait du monde comme le font certains de nos moines et sœurs ; ou alors, comme on le voit dans nos sociétés sécularisées, par l’abandon de soi dans la charité intégrale, mais aussi dans le désir, pétri de prestige et de puissance excitante qui vise à faire partager sa vision y compris délirante (aujourd’hui l’alarmisme catastrophiste, hygiéniste et eugéniste) et ce, mais c’est là où le bât blesse, jusqu’à obliger autrui à y adhérer sous peine de mort sociale…

Seulement ce besoin de « partage » devient si isotrope, est en effet si exigeant qu’il impose alors de voir son incarnation partout. D’où cette volonté de modeler le réel et en particulier le corps des femmes, mais aussi de tous, puisque cela ne concerne ici pas seulement l’islam (qui l’exacerbe plutôt), mais toute une modernité soumise au joug d’une technostructure globale qui va jusqu’à effacer numériquement les corps tout en les masquant s’ils ont le malheur encore de bouger hors programme de fixation, car depuis la psychose Covid-19 ce qui compte dans les salles de commandement couvrant la planète entière c’est ce que l’on voit et contrôle dans un zapping permanent, tout mouvement autre devant être suspecté (complotiste ou pas) puis dé (cons) truit.

Cette soumission torride à la Loi, dans ses atours à la fois traditionnels et hyper-technicistes, se voit certes aussi chez les fondamentalistes religieux (juifs, évangélistes…) qui semblent en retour s’être islamisés (revenir à la soumission stricte faute de mieux afin d’échapper aux errances de l’autre bord techniciste du transhumanisme délirant) par peur peut-être aussi d’admettre en son fond la double nature conflictuelle de l’Humain : à la fois vie (passions que la raison harmonise) et divin (âme), dualité déjà pourtant là dans la Genèse (Gen, II-19) et s’articulant également politiquement à la troisième nature, celle de l’appartenance politique (politeia) à telle destinée, évolutive et non plus autarcique (Renan versus Aristote…).

Ce qui nécessite un conflit spirituel supplémentaire/supérieur avec cette loi humaine, ici et maintenant, et qui, par exemple, demande que… l’on reparte dans son pays d’origine, surtout si l’on ne fait que seulement projeter jusqu’à la déviance criminelle son mal-être, sa schizophrénie, dans le pays d’accueil…

Mais comme dans ces pays dits « d’origine », y sont souvent comprimés, contraints, voire empêchés (de façon mafieuse en plus) les besoins de liberté et d’affrontement permanent avec le divin – pardonnés par la rémission du péché originel qu’apporte Christ (le fait d’avoir le droit désormais de croquer dans le Fruit de la Connaissance du Bien et du Mal, mais ce en n’oubliant pas de le faire également par le Christ puisque l’on n’arrive au Père que par lui, Jean -14-6…) —, alors nombre d’échappés de l’islam ET ayant goûté en Europe, aux USA (guère ailleurs…), en France à la saveur de la liberté, voulue par le divin, ces échappés contraints viennent y errer (lorsqu’ils ont été en plus traumatisés) en schizophrènes zombis, l’inconscient désormais détaché du subconscient jusqu’à oublier l’instant passé (comme l’ont théorisé Deleuze et Foucault adeptes de cette schizophrénie élevée au rang de philosophie de vie…). Ceci n’empêche cependant pas la responsabilité légale puisque l’assassine était entourée de complices, jusqu’à vouloir se débarrasser « communautairement » du corps au sens de héler ceux qui lui ressemblaient pour l’aider…

Ce sont ainsi des morts-vivants volontaires qui se nourrissent également des contradictions internes de tous ces pays occidentaux habités désormais spirituellement par des ersatz de philosophie spirituelle et sociale tant la destruction de l’enseignement et l’implosion des grandes institutions sont devenues les deux mamelles de l’effondrement, de la décadence au ralenti (tel un taureau touché succombant en tombant lentement dans la poussière), d’autant que les responsables de ce double assassinat mental sont toujours et de plus en plus aux commandes…

Ou, là encore, une autre schizophrénie volontaire et qui s’attache cette fois plutôt aux autochtones qui préfèrent s’y soumettre servilement par syndrome de Stockholm exacerbé, mais en le subsumant, le légitimant par ce sentiment obséquieux de fausse supériorité, une déviation narcissique de plus puisqu’en se voyant dans le miroir de son mobile et d’Internet l’impression se fige dans l’idée que l’imaginaire s’y échappant peut se substituer, seul, au réel politique économique d’un tel effacement désormais à grande vitesse de l’Histoire terrestre, de plus en plus de pays allant voir ailleurs malgré l’horreur que représente d’autres modèles prétendument alternatifs…

Une illusion qui a vu par exemple les doctes byzantins pourtant assiégés discuter du sexe des anges, et, aujourd’hui, les « Occidentaux » discuter de « l’identité de genre » alors que leur identité tout court s’efface sous leurs yeux comme si elle n’avait jamais été mais seulement existé…

Pourtant, si une pierre existe elle n’EST pas, disait le vieux Kant en phrasant peut-être sur l’« Être ou ne pas être » de Shakespeare ; mais ce n’est pas dans la schizophrénie d’une nostalgie que cela se résout, plutôt dans l’action originale et audacieuse… Nous en sommes (peut-être pas) si loin…

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