L’homme qui rendait inutiles les transfusions de sang !

01/01/2024 (2024-01-01)

[Source : naturopathie & traditions JUILLET 2015 N° 106]

L’homme qui rendait inutiles les transfusions de sang ! (dernière partie)

René Quinton est face à son plus grand défi : prouver que la simple eau de mer est substituable sans dommage à la partie essentielle de notre liquide interne : le sang…

[Voir aussi :
René Quinton, savant oublié, inventeur du plasma isotonique à partir d’eau de mer]

Par Pierre Lance

Voici retranscrit par les soins d’André Mahé le compte-rendu détaillé de l’expérience à laquelle Quinton se livre sur un animal :

Un chien vidé de son sang est rétabli à l’eau de mer !

« Chien de dix kilos. Saigné à blanc, sans précaution d’asepsie, de 425 grammes par l’artère fémorale, en quatre minutes, soit un vingtième du poids du corps. Le réflexe cornéen est aboli. Devant l’impossibilité d’exprimer plus de sang, l’injection d’eau de mer commence. Injection en onze minutes de 532 cc d’eau de mer à 23°. Le réflexe de la cornée reparaît. L’animal, détaché, montre un abattement considérable. Il s’affaisse et parvient tout au plus à se relever. La peau du cou garde les plis qu’on lui imprime. La marche est impossible, la respiration haletante, très courte. Placée sur une couverture, la bête y reste étendue sans mouvement. Deuxième jour. — Le lendemain, 21 heures après la saignée, l’animal trotte. Mais les globules rouges sont tombés de 6 800 000 avant l’expérience à 2 900 000. L’hémoglobine est passée de 19 à 12. Ces chiffres témoignent de l’énorme saignée pratiquée. Troisième jour. — L’état change, la plaie suppure, la fièvre prend : 40°. La tristesse et l’abattement deviennent extrêmes ; l’état apparaît comme grave. L’intérêt expérimental s’accroît, le problème devenant celui-ci : pour lutter contre l’infection, l’organisme, appauvri par la saignée, pourra-t-il, en présence de l’eau de mer injectée, accomplir sa leucocytose ? Quatrième jour — L’état se prolonge avec la même gravité. Mais l’examen du sang donne : globules rouges : 3 020 000 ; globules blancs : 24 000 ; hémoglobine : 16. La leucocytose est donc accomplie. Dans la soirée même, l’animal mange quatre cents grammes de viande. Ensuite, le rétablissement est rapide. (…) »

    Il utilise du sang de lézard

    Cinq ans plus tard, le chien vivait encore. Hélas, il mourut dans un accident, de sorte que l’on ne put savoir si cette transfusion totale d’eau de mer aurait pu avoir un effet sur la prolongation de son existence naturelle. En tout cas, la grande vivacité présentée par l’animal après cette épreuve se retrouva dans toutes les expériences similaires, comme si l’organisme trouvait dans l’eau de mer une source de vitalité supérieure à celle de son propre sang. Comme mon lecteur l’aura aussitôt deviné, le « plasma de Quinton » (ou eau de mer isotonique comportant deux parties d’eau de mer recueillie au grand large pour cinq parties d’eau de source filtrée) permettrait de remplacer la plupart des transfusions sanguines, ce qui nous aurait évité le scandale du sang contaminé, et alors que nos journaux télévisés nous répètent sans cesse que nous sommes à deux doigts de manquer de sang à transfuser. Quinton effectuera d’autres expériences, dont une absolument cruciale, portant sur tout un éventail d’échantillons de sang d’animaux divers (grenouille, lézard, lapin, chien, poule) et d’homme, afin d’observer si les globules blancs survivent lorsque le sang qui les contient est dilué dans l’eau de mer. Le succès est total ! Dès lors, Quinton juge son hypothèse de départ pleinement validée et il énonce la loi de constance marine :

    « La vie animale, apparue à l’état de cellule dans les mers, tend à maintenir, pour son haut fonctionnement cellulaire, à travers la série zoologique, les cellules constitutives des organismes dans le milieu marin des origines. »

    Le véritable inventeur des « oligo-éléments »

    Après quoi Quinton pousse, aussi loin que possible pour les moyens de l’époque, l’analyse chimique de l’eau de mer. C’est à lui que reviendra le mérite d’y déceler la présence de dix-sept corps rares que l’on n’y soupçonnait pas. Et le mérite aussi de souligner avant quiconque l’importance biologique de ces corps rares, ce qui fait de lui le véritable inventeur du concept aujourd’hui devenu banal des « oligo-éléments ». Il écrit à ce propos :

    « Le fait que la plupart de ces corps ne s’y trouvent qu’à l’état impondérable ou à peine pondérable n’importe aucunement, au point de vue qui nous occupe. On n’est nullement en droit de dire qu’un élément, si faible que soit sa proportion, ne joue qu’un rôle de second ordre dans une dissolution. Les zéros et les virgules qui chiffrent nos dosages ne chiffrent aucunement, au point de vue physiologique, l’importance des éléments les uns par rapport aux autres. Dans l’eau de mer aussi bien que dans l’organisme, un sel de cæsium, par exemple, que révèle seule l’analyse spectrale, doit être considéré jusqu’à preuve absolue du contraire comme présentant une importance biologique égale à celle du chlore et du sodium, qui constituent à eux seuls les 84 ou 90 centièmes des sels dissous. Rien ne prouve, en effet, que le cæsium, ou tout autre sel infinitésimal, ne joue pas dans la vie physiologique des mers ou de l’organisme un rôle indispensable à la manifestation de cette vie. Il y a toute une microchimie physiologiqueà

    peine commencée, qui montre, à n’en pas douter, le rôle capital que jouent certains corps dans la vie, à des doses extraordinairement réduites, et à ces doses seules. »

    Un livre, un mort, et une chute dans l’obscurité

    Formidable vision de précurseur, dont les recherches effectuées après lui allaient démontrer la justesse, et dont tous les biologistes sont aujourd’hui férus, y compris ceux qui ignorent Quinton ou qui ironisent sur les vertus de son « plasma ». Mais ce qui me semble le plus remarquable, d’un point de vue philosophique, dans la démarche quintonienne, c’est la compréhension parfaite de ce que je nomme pour ma part le « génie cellulaire ». Quinton a compris mieux que personne à quel point l’infime cellule vivante était la véritable créatrice de la myriade de formes de vie qui peuplent la surface de la Terre. De ce point de vue, Quinton complète idéalement Lamarck et Darwin en ce qu’il identifie le véritable moteur spirituel de l’évolution. Lamarck avait déjà mis en lumière le rôle essentiel de la volonté individuelle dans le gigantesque mouvement du progrès biologique, rôle minimisé chez Darwin au profit de la sélection naturelle. Mais il revient à Quinton d’avoir montré que c’est la volonté cellulaire autonome qui organise tout le monde vivant. En mars 1904, l’ouvrage capital de René Quinton L’Eau de mer, milieu organique est présenté en séance à l’Académie des sciences. Le livre, bien légitimement dédié par l’auteur à celui qui l’a tant aidé, Etienne-Jules Marey, paraît quelques semaines avant le décès de ce dernier. Âgé de 74 ans et malade, Marey a dû laisser à Edmond Perrier la joie de présenter ce livre du génial autodidacte aux membres de l’Académie.

    Et bientôt l’œuvre de Quinton aura un tel retentissement planétaire, qu’il rend aujourd’hui incompréhensible l’obscurité dans laquelle allait retomber son auteur. J’emprunte à André Mahé la description du succès médiatique remporté alors par Quinton :

    « J’ai mis plus d’une semaine à compulser — car il n’était pas question de lire à proprement parler — la collection des articles qui ont été publiés sur les travaux de Quinton dans les quotidiens, hebdomadaires, mensuels, revues scientifiques. Dès 1904, c’est dans le monde entier qu’ils sont diffusés et presque toujours par des textes importants et étendus qui annoncent la révélation d’un “Darwin français”. Pour les États-Unis, par exemple, j’ai dénombré vingt-deux grands papiers (et je doute que Quinton ait pu avoir tout ce qui se publiait), dans des journaux de New York, Chicago, Los Angeles, Boston, San Francisco, Pittsburgh, etc. Et des grands États jusqu’au Paraguay, au Siam et à l’Islande, il n’est pas de pays ou presque qui soit absent de cette anthologie mondiale. »

    En octobre 1906, c’est la consécration reçue du monde scientifique. Le résumé des théories de Quinton est présenté à l’Institut de France, au cours d’une séance solennelle réunissant les cinq Académies. L’introducteur est Albert Dastre, qui fut l’un des disciples préférés de Claude Bernard et qui est secrétaire de l’Académie des sciences. Et Dastre saura concentrer en une formule saisissante ce qui associe et différencie en même temps Darwin et Quinton. Il déclare :

    « Darwin nous apprend que l’obéissance à la loi d’adaptation régitles formes animales. Quinton nous apprend que la résistance à l’adaptation régitla vie animale ».

    Contre une armée de mercenaires

    Que la renommée de Quinton se soit effondrée après la Première Guerre mondiale est un fait qui ne résulte pas d’une cause unique. Mais un passage du livre d’André Mahé m’a fait subodorer la principale. Le biographe de Quinton écrit en effet :

    « L’eau de mer, introduite dans l’organisme humain, devait donc pouvoir y jouer un rôle utile dans tous les cas où le milieu intérieur était vicié pour une cause quelconque, empoisonnement chimique ou infection microbienne, insuffisance des organes éliminateurs, défauts de certains apports alimentaires, etc. Somme toute, Quinton prend ici exactement le contrepied de Pasteur. Le fondateur de la microbiologie avait consacré sa vie à la recherche du microbe, de l’agent pathogène. Quinton, à partir d’une conception physiologique générale, qui implique la santé quand nulle perturbation ne l’affecte, proposait une thérapeutique de défense de l’organisme contre cet agent. Avec les sérums pasteuriens, la médecine possédait des moyens de lutte directe contre l’agent pathogène proliférant dans l’organisme. Avec la méthode de Quinton, elle va disposer de moyens permettant à l’organisme de s’opposer à cet élément perturbateur, de donner à la matière vivante la force de vaincre. »

    Quel bougre !

    Et maintenant, cher lecteur, j’en suis sûr, vous avez tout compris. La différence essentielle entre ces deux sortes de moyens n’est pas une différence de stratégie thérapeutique, car après tout elles pourraient être complémentaires. La différence essentielle est de nature économique et c’est cette différence qui assurera le triomphe de la première aussi irrésistiblement que l’effacement de la seconde. Car les sérums de Pasteur allaient permettre l’éclosion d’une puissante industrie employant une armée de mercenaires scientifiques dociles, générant des milliards de profits et joyeusement cotée en Bourse. Mais le plasma de Quinton, générateur de vraie santé, ne pouvait enrichir personne. Aussi était-il prédestiné aux oubliettes. Toutefois, tant que Quinton était de ce monde, il n’était pas facile de l’escamoter, car le bougre faisait preuve d’autant de vigueur que d’intelligence et n’avait pour but que de sauver des vies. Dès qu’il a compris le formidable parti que la médecine peut tirer de ses découvertes, il se lance lui-même à l’assaut de la maladie et multiplie sur des moribonds l’essai de la dernière chance. Et son eau de mer isotonique les arrache à la mort ! Ainsi, dans un hôpital parisien où il vient à passer, on lui signale un malade de la typhoïde en coma terminal qui doit mourir dans la journée. On lui abandonne volontiers l’homme déjà perdu. À onze heures du matin, Quinton lui injecte en intraveineuse 700 cm2 d’eau de mer isotonique. Et il annonce aux infirmières que le typhique va reprendre connaissance, demandera à boire et peut-être à manger. Puis il sort en disant qu’il reviendra vers six heures du soir. Tout le monde le prend pour un illuminé. Lorsqu’il revient, le malade, assis dans son lit, bavarde avec une infirmière.

    Agonisant le matin, il est sauvé le soir ! Ce n’est là qu’un exemple.

    « Les succès spectaculaires encouragent Quinton à réaliser le projet qu’il rumine depuis longtemps : ses dispensaires marins »

    Les succès se multiplient. Au mois de juillet 1906 survient une épidémie de choléra infantile. À Rueil, dans une pouponnière modèle où séjournent dix-huit enfants, quatre d’entre eux s’éteignent en quelques heures. Onze autres tombent malades et perdent en une nuit une livre de poids ou plus. La directrice se précipite vers Quinton et revient avec du plasma. Le médecin présent ordonne de faire des injections d’eau de mer à huit des onze enfants, jugeant qu’il est trop tard pour les trois autres, dont le visage est tout noirci. Mais une infirmière se dit qu’on ne risque rien à en injecter aux trois mourants. Elle a raison : ils seront sauvés eux aussi ! Ces succès spectaculaires encouragent Quinton à réaliser un projet qu’il rumine depuis longtemps déjà : la création de dispensaires marins où l’on traitera les malades à l’eau de mer isotonique sur une grande échelle. Le premier ouvrira à Paris le 26 mars 1907, rue de l’Arrivée, près de la Gare Montparnasse. D’autres suivront. La même année, dans un important ouvrage intitulé Applications thérapeutiques de l’eau de mer, le docteur Robert-Simon écrit : « Après trois années seulement d’expérimentation, nul ne peut prévoir les limites que l’avenir assignera à cette méthode. Les derniers essais (goutte, rhumatisme, sciatique, coqueluche) nous autorisent à penser que le domaine de ses applications ira s’étendant, et que la généralité de son action lui vaudra une place très importante, peut-être prépondérante, parmi les agents de cure dont dispose la médecine. » Mais deux évènements d’une immense portée vont stopper l’élan de René Quinton.

    Fasciné par les avions !

    En 1908, Santos-Dumont et les frères Wright, renouvelant l’expérience de Clément Ader, vont faire voler les premiers avions. Voler est un grand mot ; il s’agit tout au plus de quelques sauts de puce. Mais le visionnaire Quinton imagine aussitôt le futur essor de l’aviation, qui ne rencontre encore que scepticisme, et il va se passionner pour elle. Véritable prophète, il écrit à son ami Corpechot : « Nous allons assister à des choses merveilleuses. L’homme, non seulement parviendra à faire circuler dans le ciel des machines plus lourdes que l’air, mais arrivera à s’y maintenir sans moteur et par le moyen d’une simple voile. » Et il se lance lui-même avec fougue dans l’épopée de l’aviation. Nul n’ignore la place que tint la France au tout premier rang des nations qui participèrent au développement de l’aéronautique, où elle se tient encore si honorablement. Mais qui se souvient de ce qu’elle doit à René Quinton dans ce domaine ? Voici pourtant ce qu’écrivait le célèbre Colonel Renard : « Je garderai toujours un souvenir ému de ces temps héroïques de l’aviation. Il est très difficile, quand on n’y a pas assisté, de se rendre compte du rôle immense qu’a joué alors René Quinton. Aucune démarche ne le rebutait : les pouvoirs publics, le Parlement, les mécènes, il allait chercher tout le monde, il les convainquait et les portait à agir dans le sens qu’il désirait. » Quinton pécha-t-il par excès de volontarisme et par dispersion de son enthousiasme ? Peut-être cependant eût-il pu mener de front les deux odyssées si un second évènement de formidable ampleur n’était alors venu s’abattre sur le monde. En 1914 éclate la Première Guerre mondiale. Bien que rien ne l’y oblige, car il n’est plus mobilisable, Quinton monte au combat. La culture ultra-patriotique et guerrière de l’époque lui a sans doute fait oublier qu’il servirait cent fois mieux son pays en poursuivant ses travaux scientifiques. Lorsqu’il revient en 1918, après avoir été blessé plusieurs fois, il se lance dans la promotion du vol à voile, dans lequel il voit un véritable laboratoire d’aérodynamisme d’où sortiront les lignes affinées des avions du futur. Mais le surmenage et les suites de ses blessures l’ont usé avant l’heure et il meurt d’une crise d’angine de poitrine le 9 juillet 1925, à l’âge de 59 ans. Quelques disciples s’efforceront de pérenniser son œuvre, notamment le docteur Jean Jarricot. Mais l’oubli allait néanmoins recouvrir peu à peu la thérapie marine au profit de l’engouement pour les médicaments chimiques. Et la vogue eut raison de la vague… Quinton est-il oublié pour toujours ? Je ne le crois pas. Car une vaste révolution est en cours. Une inquiétude grandissante étreint aujourd’hui les populations, à la suite des scandales médicaux et alimentaires découlant de la désinvolture et de la vanité des apprentis sorciers de la chimie. Le retour à la nature va se déployer inéluctablement au cours du XXIe siècle. Les Français, je veux le croire, redécouvriront alors le génie de René Quinton et les vertus salvatrices de l’eau de mer, qui surpassent tous les artifices concoctés par les droguistes. La mer et l’homme n’ont guère changé depuis Quinton, ni depuis Platon qui déclarait déjà : « L’eau de mer guérit tous les maux. »

    image_pdfPDF A4image_printImprimer

    ⚠ Les points de vue exprimés dans l’article ne sont pas nécessairement partagés par les (autres) auteurs et contributeurs du site Nouveau Monde.

    S’abonner à la discussion
    Notification pour
    Nom ou pseudonyme
    Adresse courriel (facultatif)
    Votre site Internet (facultatif)
    3 Commentaires
    Le plus ancien
    Le plus récent
    Commentaires en ligne
    Afficher tous les commentaires