La Nouvelle Censure ou l’anti-rationalité en acte

Par Lucien Samir Oulahbib

Même quand il y a « consensus », le débat non seulement doit, mais a le droit de continuer ; et vouloir l’éteindre, y compris dans l’espace public, signifie bien que ses promoteurs sont en réalité ceux d’une nouvelle mise à l’Index.

Ils sont alors non seulement incohérents logiquement (car la Connaissance évolue constamment, du moins en principe), mais sont également incohérents rationnellement au sens où ils refusent d’admettre que toute décision « logique » a nécessairement des conséquences psychosociales et politiques dont on doit (au sens du droit également) débattre, du moins en régime démocratique. Et, dans ce cas, il est totalement faux de penser que tout débat non seulement « académique », mais plus généralement » public », ne serait que propagation de mensonges s’il était comme « livré à lui-même », s’il n’était pas au préalable filtré par des Censeurs patentés (comme autrefois à vrai dire).

Ce qui fait que nous sommes en pleine régression civilisationnelle, et par là morale et politique, de retour vers le côté obscur de l’expérience historique propre à l’aventure humaine et citoyenne, et ceux-là mêmes qui la fomentent la caractérisent de « progrès », ce qui est un complet non-sens.

Le fait par exemple d’en appeler à des blocages algorithmiques (déjà là), d’accentuer la pression idéologique dans les écoles, les universités et les médias (déjà en action), le tout au nom d’un « esprit critique » dont on scie paradoxalement les bases en amont en insistant sur ce que l’on peut ou pas discuter, montre bien, au contraire et en réalité, le degré d’anti-modernité qui gouverne aujourd’hui nos sociétés de plus en plus post-démocratiques, entachées de régressions de plus en plus sectaires.

Au lieu d’inciter au débat, au sens noble de la notion de Dialogue, de promouvoir toutes les thérapies qui marchent dans le cadre d’une pensée dite « intégrative » (telle la médecine intégrative) et donc de participer à l’émergence permanente d’un réel esprit critique, à savoir l’esprit « laïc » justement, capable d’articuler plusieurs approches afin de pouvoir être ensemble et non pas cohabiter, il s’avère que la nouvelle Censure au pouvoir promeut plutôt une vision rigide et asséchée de la Connaissance (qui est infiniment cumulative) et une vision verticale du Discours (Polemos/Logos) alors que nous sommes censés être en Démocratie au sens moderne du terme.

Pourquoi par exemple empêcher que d’éminents chercheurs — contestant qu’il y aurait un « consensus » sur le fait que les traitements précoces ne marcheraient pas — puissent d’autant plus développer leurs arguments que ces derniers se trouvent basés sur une réalité empirique hic et nunc et également sur le fait que l » injection expérimentale taxée arbitrairement de « vaccin » ne marche visiblement pas (ou alors si peu qu’elle s’avère être plutôt la proposition très coûteuse d’un traitement de surcroît plutôt guère efficace et aux effets positifs très peu durables alors que ses effets négatifs dits secondaires apparaissent au contraire plus durables, comme la fatigue la perte de potentiel physique, une fragilité globale, sans parler des formes graves et létales qui mériteraient, elles aussi d’être débattues au lieu d’être écartées, ce qui est encore là la preuve d’une régression intellectuelle morale politique juridique majeure).

Ainsi, alors que, comme nous l’a montré Durkheim, la société moderne était censée par la spécialisation du travail « social » (1893) nous permettre de nous appuyer sur la compétence des uns et des autres afin de nous concentrer sur notre propre activité — et en ce sens nous appuyer sur des personnes compétentes et aussi, comme nous l’a appris l’esprit laïc, dignes de confiance, et donc sans conflit d’intérêts (y compris dans les revues à comité de lecture), a contrario les partisans actuels de ce qui s’apparente bien à une nouvelle censure empêchent (au sens blanchotien) cette circulation libre des compétences, et le débat au sens large qui les affine.

Voilà, semble-t-il, où nous en sommes : soit nous allons vers cette régression civilisationnelle de plus en plus « savante » (telle que l’était Byzance pourtant assiégée), soit nous œuvrons, ensemble, pour affermir une élévation du Soi humain et citoyen progressant de mieux en mieux dans sa Connaissance qu’il possède, affine, de plus en plus, sans en être possédé pour autant…

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