France : complaisance généralisée avec la fraude… les étrangers sont inquiets

05/04/2023 (2023-04-02)

[Source : redactionmedicale.fr]

Indépendamment du cas du CNRS ci-dessous, c’est un système français qui tolère et ne condamne pas les fraudeurs… Pire les lanceurs d’alerte peuvent être mis en cause… Pire encore, des référents intégrité pourraient protéger les institutions !!! Je cite les faits avant de référencer l’initiative de collègues étrangers qui s’étonnent de la tolérance française des cas de méconduites.

Il faut que les médias s’en mêlent, car les institutions dorment

C’est le 5 décembre 2022 dans Le Monde, David Larousserie évoque Une affaire d’inconduite scientifique agite un laboratoire de recherche en chimie avec le sous-titre « Publications trafiquées ou simples erreurs ? Une directrice de recherche d’une unité mixte CNRS-Sorbonne Paris Nord attend le verdict de la procédure disciplinaire. “Le Monde” a enquêté sur cette affaire, qui met aussi à l’épreuve les instances scientifiques. » Le sous-titre sous-entend clairement la passivité du CNRS. J’ai regardé les images incriminées, et effectivement ce sont bien plus que des méconduites… Cette histoire a commencé en 2021 et il faut absolument féliciter et soutenir le lanceur d’alerte, plutôt que le blâmer. L’article du Monde est factuel et je ne le résume pas. Il établit clairement les méconduites, et je copie l’avant-dernier paragraphe :

Au-delà du cas particulier, l’affaire pose de nouveau la question des conséquences négatives que peuvent avoir sur les personnes et la science la course aux publications qui privilégie la quantité à la qualité, le peu de diligence ou de rigueur des éditeurs à corriger ou retirer des articles incriminés, mais aussi le manque de transparence des procédures d’enquête. Elle montre aussi la difficulté à concilier la nécessaire protection des personnes et la confiance dans la qualité de ce qui est publié.

Explicitement : les conséquences négatives existent par la non-correction des méconduites, les revues scientifiques sont passives (ont-elles eu le rapport fait par le CNRS ?), les procédures d’enquête ne sont pas claires. La question de fond est, comme dans d’autres pays, la transparence et la publicité des rapports d’enquête. Tout est caché, ce qui me fait supposer que l’image des institutions est protégée, plutôt que de lutter contre la fraude.

Est-ce que le système français protège les fraudeurs ? OUI

La décision contre la responsable des méconduites est risible : « Mme X (matricule SIRHUS n°[…]), directrice de recherche de deuxième classe du CNRS, affectée au sein du laboratoire […], est exclue de ses fonctions pour une durée d’un mois à compter de la notification de la présente décision. » Allez voir ce qui se passe dans les pays qui considèrent les méconduites comme répréhensibles !

Le 22 février 2023, une lettre ouverte au CNRS a été signée par 17 experts de l’intégrité scientifique. J’en connais la moitié et j’atteste de leur rigueur. Ils viennent des pays suivants : Australie, France, Hollande, Irlande, Norvège, Royaume-Uni, Suède, Suisse, USA. Je signe cette lettre ouverte qui commente ce cas de méconduites et suppose les complicités de nos hauts dirigeants.

La lettre s’adresse au président du CNRS et deux personnes sont en copie : le référent intégrité du CNRS, la directrice de l’Ofis. Une traduction française existe et je ne reprends qu’un paragraphe :

« Que doit-il donc se passer lorsque l’on soupçonne une fraude ? Nous proposons qu’une enquête soit menée rapidement et que tous les résultats soient communiqués de manière transparente. En cas d’erreurs graves dans les publications, les articles devraient être immédiatement rétractés, tout financement de la recherche utilisé pour des recherches frauduleuses devrait être restitué aux agences de financement et la personne responsable de la fraude ne devrait pas être autorisée à diriger un laboratoire de recherche ou à encadrer des étudiants. Le lanceur d’alerte doit être protégé contre toutes représailles. »

En France, c’est simple : les rapports d’enquête sont secrets, les revues n’ont pas le rapport ni la recommandation des institutions pour prendre des décisions, jamais le financement n’est restitué aux financeurs, et on fait promettre aux fraudeurs de ne pas recommencer !! De plus, on fait signer aux jeunes chercheurs un serment d’intégrité, et on décide de les former : ils n’ont rien fait ! Ils observent les séniors impunis… et les institutions qui se protègent. Rien ne changera, car il n’y a pas de volonté de changer… allez vous renseigner sur d’autres cas…

Dans le PDF de la lettre ouverte (Open letter to CNRS_22 Feb 23 version française en page 11), je retiens : Il y a une forte tendance à minimiser la gravité des fautes professionnelles et à recommander que les travaux publiés soient « corrigés » plutôt que retirés. Et une autre réalité : Les scientifiques honnêtes en début de carrière travaillant dans le laboratoire où des inconduites se produisent ont généralement le choix entre nuire à leurs perspectives de carrière en signalant la fraude ou quitter la recherche scientifique

Personne ne veut s’attaquer à la fraude en France et l’agitation autour de l’intégrité est stérile.

Félicitons Sylvestre Huet qui, sur son blog hébergé par Le Monde, a publié la version française de cette lettre qu’il qualifie d’acide. Il dit :

« Et si cette lettre existe, c’est que les signataires ont l’expérience de la trop grande réticence des institutions scientifiques à traiter avec la vigueur indispensable ces méconduites. Le CNRS n’est donc pas original. »

PS Merci au collègue qui m’a transmis l’information. L’image mise en avant a été empruntée au CEDIF (https://comitecedif.wordpress.com/2017/01/22/halte-a-limpunite/). CEDIF pour Comité Élargi de Défense de l’Individu et des Familles

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