Aux origines du « néo-libéralisme » : Sartre (Partre)

10/06/2022 (2022-06-10)

Par Lucien SA Oulahbib

Enfin trouvé pourquoi une officine lancée (et financée) à ses débuts par Sartre (Partre) comme Hibernation est devenue la Nouvelle Pravda propagandiste au service de la Secte néonazie SHA (Scientiste Hygiéniste Affairiste) aujourd’hui au pouvoir : ainsi dans ce petit recueil relatant une fameuse conférence (que j’avais sous le nez depuis des lustres pourtant) intitulé « L’existentialisme est un humanisme » (éditions Nagel, –1946 (conférence ayant inspiré le jean -Sol Partre de Boris Vian dans L’écume des jours) impression Genève 1960) Pierre Naville (qui n’était pas un illustre inconnu à l’époque) considère, après l’exposé fait par Sartre sur le sujet, et dans la partie « Questions », que cette version de l’existentialisme relève plutôt du… « néo-libéralisme » (pp. 106-107) :

« (…) si l’on cherche un point de convergence actuel (…) de ces aspects des idées existentialistes, j’ai l’impression qu’on le retrouvera dans une sorte de résurrection du libéralisme ; votre philosophie cherche à ressusciter dans des conditions tout à fait particulières, qui sont les conditions historiques actuelles, ce qui fait l’essentiel du radical-socialisme, du libéralisme humaniste. Ce qui lui donne son caractère propre, c’est que la crise sociale mondiale ne permet plus l’ancien libéralisme ; elle exige un libéralisme torturé, angoissé. (…). Il ressort de l’exposé actuel que l’existentialisme se présente sous forme d’un humanisme et d’une philosophie de la liberté qui est au fond un pré-engagement, qui est un projet qui ne se définit pas (…) ».

Et pourquoi ne se « définit-il pas » ? Résumons tout d’abord le propos de Sartre qui a fait ainsi saillir Naville lors de cette conférence (qui a inspiré Vian, mais peut-être fait pleurer le nénuphar de Chloé) : cela réitère succinctement la pensée du « Castor » (Simone De Beauvoir) : « on ne naît pas Homme/Femme on le devient » : ainsi, du fait d’être (né, jeté, dans le monde) et pour échapper à ce « néant » il s’agit d’« exister » tout de même sur cet océan déchaîné de la « condition humaine » (1927, empruntée à Malraux ?).

Comment ? Par cette planche de salut si l’on peut dire que serait la « liberté », mais seulement conçue comme « engagement libre » (p.89) c’est-à-dire dans ce sens vague d’un peu importe les conséquences « morales » exposées (arbitrairement) comme « équivalentes » (p.88) du fait de cette « liberté » passe-partout :

ainsi clame Partre (p.86) prenons cette femme passionnée (Maggie Tulliver dans Le moulin sur la Floss), mais qui renonce à son amour envers un jeune homme, « fiancé à une jeune fille, insignifiante » (Sartre réitère autrement cette qualification disgracieuse plus loin : « jeune oie », p.87) opposons maintenant à une telle conduite qui « renonce », celle de « la Sanseverina, dans la Chartreuse de Parme » qui, elle, « déclarerait qu’un grand amour mérite des sacrifices ; qu’il faut le préférer à la banalité d’un amour conjugal qui unirait Stephen et la jeune oie qu’il devait épouser ; elle choisirait de sacrifier celle-ci et de réaliser son bonheur » (…) or, énonce fièrement le dialecticien Partre, si nous « sommes ici en face de deux morales strictement opposées, je prétends qu’elles sont équivalentes : dans les deux cas, ce qui a été posé comme but, c’est la liberté (…) » (p.88).

Aussi lorsque Naville souligne plus haut le côté « torturé, angoissé » de ce « nouveau libéralisme », il serait loisible d’ajouter que ce dernier se déculpabilise tout autant par un tel relativisme absolu (ou libertinage) qui rend équivalent « amour conjugal » et son « sacrifice » au nom de la passion amoureuse ; ce qui fait que l’on va « en même temps » légitimer d’agir cyniquement (sacrifice de la « jeune oie ») tout en le faisant en même temps avec un beau sourire d’ange (renoncer à le faire, pourquoi pas ?).

À cela s’ajoutera dans les années 60 une injection de cynisme frais (mais sans le dire) à la fois aiguillée par Jean-Sol Partre (tel Bourdieu chantre du « tout est construit socialement » versus actualisé du « devenir » sartrien) et également issue du biotope léniniste stalinien (Bataille) vivifié après guerre par le maoïsme (Sollers, Althusser, Derrida) ayant fait aussi en amont la jonction avec le trans-monarchisme façon Blanchot (issu de la Jeune Droite) afin de détruire la notion de centre, référent, identité, la République « sans » tête : aboutissant à la mort de l’Homme, du sens, au profit de la diff-errance….

Et puis, l’on ne doit pas se poser de questions (trop complotiste disent leurs bambins d’aujourd’hui) puisqu’il s’agit de dissocier, à la façon du damné de Crime et châtiment, logique et raison c’est-à-dire action et morale, d’où le nihilisme exacerbé actuel : l’on ne doit pas avoir besoin de justifier de qualifier tel ou tel acte qui de toute façon appartient à un instant passé et que dans l’instant qui suit « je suis est un autre » (j’essuie ou la liberté comme serpillière et la pensée comme pansement ou panse c’est selon) d’où l’impossibilité de « juger » d’ailleurs puisqu’il y a « équivalence » ; ce qui fait que la réelle victime s’en trouve effacée ou alors n’est qu’un dommage collatéral que l’on peut cependant prendre en compte jusqu’à s’afficher tactiquement avec comme le fit Foucault avec les boat people en rassemblant pour la photo Sartre et Aron puisque rien n’est contradictoire pour eux (voir : I. Comment désigner ?). Alors qu’il a défendu 1793 et se lamentait d’observer que la révolution khomeyniste n’allait pas assez loin…

Affranchi de toute morale traditionnelle (qui, elle, est la clé de sol de l’ancien libéralisme, ainsi chez Locke : la liberté ce n’est pas la licence, Traitement du gouvernement civil, chapitre I, paragraphe III) alors que pour Sartre (par exemple dans ses « Cahiers pour une morale » -1947/1948 publiés en 1983, p.172) « il n’y a d’oppression que d’une liberté par une liberté » ce qui veut dire, si l’on s’appuie sur l’équivalence établie plus haut, que « la » morale n’est au fond chez Sartre tout comme ces « néo-libéraux » (post) sartriens qu’une frontière autour de laquelle butte deux « libertés » : celle de la « jeune oie » et celle de la téméraire amoureuse prête à la sacrifier pour obtenir sa proie.

Ce qui s’apparente aussi dans ce cas à ce frein perçu à la façon du Freud lecteur de Nietzsche qui réprime le « ça » (exigeant par exemple que tout « ce qui peut l’être » soit « vacciné ») ; soit tout le contraire des Anciens (Aristote, Thomas d’Aquin, Machiavel…) pour qui la « morale » ou, plus strictement, « l’éthique » est « mesure » (vertus) entre un excès et un défaut (le courage par exemple avec comme excès la témérité et en défaut la lâcheté).

Ce qui fait que lorsque cette vision sartrienne de la liberté posée comme « engagement libre » (ou relativisme absolu et par là opportunisme) s’amplifie aujourd’hui par le néo-léninisme de la nouvelle trinité déconstruite (Derrida Foucault Deleuze) s’opère ainsi une remarquable prise en tenailles façon jeu de go ou double voire triple prise façon fourchette aux échecs : d’un côté l’on multipliera les génuflexions envers les « damnés de la Terre » (les porteurs de valise du FLN) et au sens littéral aujourd’hui envers tout « ce » qui milite désormais pour l’abolition, de fait, des frontières physiques métaphysiques corporelles sexuelles, etc. ; tout en classant systématiquement et sans se poser de questions (interdit) « d’extrême droite » et de « complotiste » le moindre doute sur ce « projet » ; effaçant par exemple le réel qui gène (jusqu’aux vidéos du Stade de France montrant ces hordes de « supporters anglais » harcelant, pillant « l’oie » blanche — décrite par Sartre dans sa conférence) afin de continuer à exister en « paix » (salam) ou comment ce néolibéralisme est devenu un conformisme des plus plats : splendeurs et misères des courtisanes.

Instruites, construites, sous ce harnais ces « engagées » sartriennes deviennent de plus en plus ces mercenaires voire ces miliciennes transies opposant « liberté contre liberté » s’abandonnant alors à la « morale » de celui qui en aura le plus, mais ce si et seulement si il montre bien sûr un visage d’ange via les Fondations et autres ONG du moment.

Ce qui explique bien la jonction de plus en plus cynique actuelle (mais camouflée par une belle com) entre ces entrepreneurs de morale issus du néolibéralisme sartrien et tous ces affairistes scientistes et hygiénistes actuellement au pouvoir : les premiers servant d’outils maso larmoyants aux besoins sadiques des seconds ; mais comme tout devient « équivalent » l’amendement de la réversibilité sado-maso des « jeux de vérité » façon Foucault et Deleuze peut également s’y épanouir pleinement sans « souci » (liberté versus liberté) puisqu’il n’y a plus de contradiction ni conflit autre que virtuel ou « communicationnel » (pour faire plaisir à Habermas) au moment des élections et de la lutte des places comme le disait si bien Claude Lefort dans La Complication.

Et comme « l’enfer c’est les autres » tout ceci sera hypocritement maquillé sous les vocables supposés être infamants de la nouvelle mise à l’Index : circulez ! il n’y a (que le) rien à voir.

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