Sur la stupidité

27/02/2023 (2023-02-27)

[Source : numidia-liberum]

La théorie de Dietrich Bonhoeffer explique une grande partie de la politique et de la culture contemporaines.

Peter A. McCullough

Par John Leake

En 1943, le pasteur luthérien et membre de la résistance allemande, Dietrich Bonhoeffer, est arrêté et incarcéré à la prison de Tegel. Là, il a médité sur la question de savoir pourquoi le peuple allemand — malgré sa vaste éducation, sa culture et ses réalisations intellectuelles — était tombé si loin de la raison et de la moralité. Il a conclu qu’en tant que peuple, ils avaient été affligés de stupidité collective (allemand : Dummheit).

Il n’était pas désinvolte ou sarcastique, et il a précisé que la stupidité n’est pas le contraire de l’intellect natif. Au contraire, les événements d’Allemagne entre 1933 et 1943 lui avaient montré que des personnes parfaitement intelligentes étaient, sous la pression du pouvoir politique et de la propagande, rendues stupides, c’est-à-dire incapables de raisonnement critique. Comme il l’a dit :

La stupidité est un ennemi du bien plus dangereux que la méchanceté. On peut protester contre le mal, le dénoncer et, si nécessaire, l’empêcher par la force. Le mal recèle toujours le germe de l’autodestruction en induisant au moins un certain malaise chez les gens. Nous sommes sans défense contre la bêtise. Rien ne peut être fait pour s’y opposer, ni par des protestations ni par la violence. Les raisons ne peuvent prévaloir. Les faits qui contredisent ses préjugés n’ont tout simplement pas besoin d’être crus, et lorsqu’ils sont inévitables, ils peuvent simplement être écartés comme des cas isolés sans signification.

Contrairement au mal, la personne stupide est complètement satisfaite d’elle-même. Lorsqu’elle est irritée, elle devient dangereuse et peut même passer à l’attaque. Il faut donc plus de prudence lorsqu’on est en face des stupides qu’en face des méchants. N’essayez jamais de convaincre le stupide avec des raisons ; c’est inutile et dangereux.

Pour comprendre comment faire face à la stupidité, nous devons essayer de comprendre sa nature. Ceci est certain : ce n’est pas essentiellement un défaut intellectuel, mais un défaut humain. Il y a des gens intellectuellement vifs qui sont stupides, alors que des gens intellectuellement incompétents peuvent être tout sauf stupides. Nous le découvrons à notre grande surprise dans certaines situations.

On a l’impression que la stupidité n’est souvent pas un défaut inné, mais un défaut qui apparaît dans certaines circonstances où les gens sont rendus stupides ou se laissent devenir stupides. Nous observons également que les personnes isolées et solitaires présentent moins fréquemment ce défaut que les groupes de personnes socialisantes. Ainsi, peut-être que la bêtise est moins un problème psychologique que sociologique. C’est une manifestation spéciale de l’influence des circonstances historiques sur l’homme, un effet secondaire psychologique de certaines conditions extérieures.

À y regarder de plus près, on s’aperçoit que le fort effort du pouvoir extérieur, qu’il soit politique ou religieux, frappe de stupidité une grande partie du peuple. Oui, il semble que ce soit une loi sociologique et psychologique. Le pouvoir des uns exige la bêtise des autres. Sous cette influence, les capacités humaines se flétrissent ou échouent soudainement, privant les gens de leur indépendance intérieure, à laquelle ils renoncent — plus ou moins inconsciemment — pour adapter leur comportement à la situation qui prévaut.

Le fait que les imbéciles soient souvent têtus ne doit pas cacher le fait qu’ils ne sont pas indépendants. Quand on lui parle, on sent qu’on n’a pas affaire à lui personnellement, mais à des accroches, slogans, etc. qui se sont emparés de lui. Il est sous un charme ; il est aveuglé ; il est maltraité dans son être.

Devenu un instrument sans volonté indépendante, le sot sera aussi capable de tout mal, et en même temps, incapable de le reconnaître comme mal. C’est là que réside le danger d’abus diaboliques. Par cela, un peuple peut être ruiné à jamais.

Mais il est aussi bien clair ici qu’il ne s’agit pas d’un acte d’instruction, mais seulement d’un acte de libération qui peut vaincre la bêtise. Ce faisant, il faudra accepter le fait que, dans la plupart des cas, la véritable libération intérieure n’est possible qu’après que la libération extérieure a eu lieu. D’ici là, il faudra s’abstenir de toute tentative de convaincre les imbéciles. Dans cet état de choses, on essaie en vain de savoir ce que « le peuple » pense réellement ».

La Bible déclare que la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse. Ainsi, la libération intérieure de l’homme commence par une vie responsable devant Dieu. Ce n’est qu’alors que la bêtise peut être vaincue.

Par JOHN LEAKE
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