Les profs de maths, ces nouveaux suppôts du suprématisme blanc

Les profs de maths, ces nouveaux suppôts du suprématisme blanc

25/02/2021 (2021-02-25)

[Source : Valeurs actuelles]

Par Benoît Rittaud

Un document diffusé par des associations pédagogiques californiennes affirme que le suprématisme blanc est partout dans l’enseignement des mathématiques. Mathématicien et enseignant à l’université Sorbonne Paris Nord, Benoît Rittaud se demande s’il vaut mieux en rire. Tribune.

Les tables de multiplication se fichant du « mariage pour tous » et le carré de l’hypoténuse n’ayant pas d’avis sur les mérites comparés des différentes religions, les enseignants de mathématiques pouvaient jusque-là s’estimer à l’abri des questions décoloniales, des problématiques de genre et autres luttes intersectionnelles qui envahissent parfois les salles de cours. Las ! Ce temps des mathématiques comme havre de paix, où l’inclusion se rattachait à la théorie des ensembles plutôt qu’au racisme systémique, touche à sa fin.

C’est qu’il y a de quoi faire. Qu’on se le dise : les enseignants de mathématiques forment une horde sournoise de suprémacistes blancs. Cette révélation des plus préoccupantes nous est faite par un document concocté par une impressionnante brochette d’associations pédagogiques californiennes. On y apprend que « la culture de la suprématie blanche s’immisce dans les classes de mathématiques au travers des actes quotidiens des enseignants. Joints aux croyances qui les sous-tendent, ces actes perpétuent les préjudices à l’encontre des élèves noirs, latinos et allophones, en leur refusant un plein accès au monde des mathématiques ».

Je relis fébrilement les fiches d’exercices que je donne à mes étudiants… On tire deux boules d’une urne qui en contient huit blanches et cinq noires, déterminer la probabilité que les deux soient blanches… Devrais-je plutôt mettre des boules rouges et bleues ? Peut-être, mais ça ne suffira pas. Que croyais-je ? Ils sont repérés depuis longtemps, ces enseignants qui croient donner le change par des « modifications superficielles tels que le remplacement des prénoms dans les problèmes pour leur donner une tonalité plus ethnique ». Les spécialistes de la déconstruction du racisme dans l’instruction mathématique ne laisseront pas la bête immonde s’en sortir par de telles pirouettes ! Le suprématisme blanc se doit d’être traqué dans chacune de ses cachettes.

Du point de vue de l’Histoire universelle, les mathématiques sont l’un des domaines les mieux partagés par toutes les civilisations et toutes les cultures.

Vous enseignez les mathématiques de la même manière que vous les avez apprises ? Suprémactisme blanc. Vous demandez à vos élèves de vous montrer ce qu’ils ont fait ? Suprématisme blanc. Vous centrez vos objectifs sur l’obtention de la bonne réponse ? Suprématisme blanc. Vous corrigez les erreurs ? Suprématcisme blanc.

Pour écraser l’infâme, le document préconise force méthodes pédagogiques tout droit sorties de l’imaginaire d’Épinal auquel souscrivent volontiers ceux qui ne sont pas trop souvent face à des élèves. Mais pour cette fois, leur naïveté gentillette n’est pas ce qui frappe le plus. Ce qui étonne vraiment, c’est cet improbable lien avec la question raciale, nulle part démontré. Et pour cause… Il faut vraiment n’avoir jamais voyagé au-delà de Los Angeles pour croire l’enseignement dans les pays non-occidentaux conforme à cet irénisme post-soixante-huitard qui s’oppose à ce que les enseignants enseignent et que les élèves apprennent (c’est pourtant « suprémaciste blanc », ça aussi).

En formant de futurs ingénieurs de toutes les couleurs de peau et de toutes les origines dans mon université au cœur de la Seine-Saint-Denis, je mesure chaque année combien les mathématiques sont un moyen puissant d’ascenseur social. Du point de vue de l’Histoire universelle, elles sont aussi l’un des domaines les mieux partagés par toutes les civilisations et toutes les cultures, aux antipodes de toute considération raciale ou même culturelle. C’est pourquoi, lorsque le document californien m’affirme que « considérer un ‘bon’ enseignement des maths comme un antidote aux inégalités mathématiques pour les Noirs, les Latinos et les allophones » est, là encore, de la suprématie blanche, j’en conclus deux choses. La première : je ne suis pas près d’aller enseigner en Californie. La seconde : la faiblesse avérée des digues françaises face à ce genre d’idées, qui déferlent d’outre-Atlantique, doit nous mettre sans attendre sur le qui-vive.

[NdNM : de telles préoccupations et mesures prétendument antiracistes ne peuvent au contraire qu’augmenter le racisme, ceci en focalisant l’attention des individus sur les notions de race ou de couleur de peau qui autrement sont le plus souvent en dehors des préoccupations quotidiennes, sauf peut-être dans certains lieux particuliers ou lorsque d’autres facteurs (comme la surpopulation et le manque d’assimilation culturelle) entrent en jeu.]

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