1

Le néo-obscurantisme

Par Lucien SA Oulahbib

Récapitulons : de soi-disant « éveillés » viennent à nouveau faire la leçon sur tout et son contraire alors que le courant dont ils sont issus a charrié, derrière la devanture alléchante mais inutile de « l’instruction pour tous », plutôt morts abrutis et vampires qui, voyant leur source asséchée (« le bonheur pour tous ») en vinrent à polluer puis assécher les autres sources de vie comme l’amour, la santé, l’art, la frontière (entre Soi et non Soi par exemple).

La Société dite « ouverte » (mais jusqu’où ?) doit ainsi subir ce recyclage à marche forcée qui vise en réalité à enrégimenter, comme auparavant, au temps de l’absolutisme, et non à « libérer » les forces vives comme il a été prétendu, déjà avec lesdites « Lumières »….

Et nos néo-obscurantistes (si les étiquettes de néo-léninistes et néonazies employées également ici apparaissent trop étroites alors qu’elles en sont les variants…), ces néo-sorciers — nouveaux jeteurs de sorts paralysants (« réac, facho, complotiste, antivax, négationniste ») — sont aidés (après l’avoir combattu dans leur jeunesse) par notre vieil obscurantiste de grand-papa celui de la Logique triomphante : vous savez, tout ce scientisme forcené, belliqueux, égocentrique, narcissique même, et à la fin parasitaire à force de ne rien trouver, mais parsemant pourtant les Corps constitués…

C’est que le bon peuple est précisément bon enfant (à la recherche incessante du Père) et il les a installés ainsi bien confortablement, les confondant, hélas, avec ces vrais scientifiques que sont les techniciens, ces créateurs de choses concrètes et non de toutes ces chimères (théories diverses) appelées aujourd’hui « modèles » et qui prétendent avoir terrassé par leur Logique toute Raison (toute signification nécessairement complexe) en particulier la Raison Dernière (Dieu : « Sire je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse », disait De Laplace à Napoléon) au profit d’une seule :  le fait de (se) poser (en) un Axiome, une Convention, d’observer tout de même si cela correspond un peu avec quelques exemples ad hoc (sophistique) et ensuite faire en sorte d’en prédire tous les effets possibles, ce qui est impossible (théorème de Gödel), car le Réel est toujours ce « quelque chose en plus » disait le vieux Kant, non pas X+1 mais X+N…

Alors que la vraie Science, la Science réelle, la Technique, associe Logique et Raison (mais non pas Logique et Être subsumés par l’État comme le pense Heidegger lisant Hegel sur le tard, car l’Être n’est pas un étant fini…) : observations du « comment ça marche ? » (logique) et « pourquoi faire ? » (raison). Ou encore : utiliser toutes les hypothèses, matériaux, théories pour forger quelque chose qui marche, le prototype donc, et puis si l’on veut dépasser le stade du concours Lépine, et si l’on n’est pas empêché par certaines forces qui verraient leur statut fragilisé, l’utiliser pour édifier un objet précis et ensuite le vendre (les Allemands et les Anglo-saxons ont toujours su mieux [se] vendre que les Français…).

Cette vraie science échappe bien sûr à ces néo-obscurantistes ayant reproduit les tares de l’ancien (qu’ils combattaient pourtant autrefois) ou la supériorité sans équivoque de la Technique sur le Modèle (voir Gilbert Simondon sur cette question de plus en plus cruciale). la première — la Technique — doute, invente, recommence sans cesse sur l’établi. Le second — le Modèle — absorbe, incorpore, « éradique » le dernier Epsilon (ou variable, aujourd’hui variant) en espérant posséder et ainsi « être » enfin tout le réel, en vue de le remplacer, en même temps que Dieu, sans s’apercevoir que ce faisant l’on devient ce que l’on d’— énonce, l’absolutisme même, cette maladie adulte du logicisme qui se sert de la Raison uniquement comme légitimation et non comme interrogation sur le sens de son action : a peut logiquement s’injecter en b mais le doit-il ?… A ayant eu ses menstruations est en âge d’être marié, mais le doit-elle ?… Ou le bon universel que l’on peut adopter… ou pas…

Nos néo-obscurantistes, happés par le tournis du Pouvoir et de ses subsides sonnants et trébuchants (il a besoin d’eux pour créer du Réel Potemkine et lyssenkiste) n’ont n’en cure, haro sur tous ces questionnements sentant trop le doute cartésien (s’époumone un François Cluzet) et christique (pourquoi m’as-tu abandonné?).

Ils ont pourtant forgé leur jeunesse du temps où une certaine philosophie critique européenne existait encore, avant d’être balayée par l’alliance entre le logicisme (ce scientisme de la modélisation affairiste) et une espèce hybride de néo-rousseauisme ayant, paraît-il, trouvé dans ladite “propriété” la source du “vol” (Proudhon) que Marx systématisa en les synthétisant tous deux (scientisme et rousseauisme) dans son “socialisme scientifique” repris par Lénine, revigoré ensuite en France par Althusser et ses disciples dont BHL, posant alors leur conception de “la” Science comme Unique ou alors (faussement) Consensuelle comme en Allemagne avec Habermas.

Aujourd’hui, leur néo-obscurantisme veut agir au nom du “Progrès” alors qu’il s’agit d’une Régression à tous les points de vue (et jeteuse donc de sorts en guise d’arguments : complotisme, extrême droite, “collabo” même dernièrement, ce qui est un comble, mais c’est à “cela qu’on les reconnaît”, etc.) ou la destruction, obsessionnelle, des acquis civilisationnels et l’infantilisation malsaine érigée en néo-pédophilie d’État.

Tout ce travail de sape (effectué par cette sorte de cinquième colonne, à vrai dire) visible seulement encore dans les interstices (les « faits divers ») suscite un effondrement social, moral, psychique, puis physique (la fatigue mentale et le rétrécissement de la conscience chez Pierre Janet) et enfin politique de plus en plus grave : au sens de rendre de plus en plus pesante la possibilité de constituer un rapport de forces solide.

Tant que le peuple (dêmos) acceptera de se voir rongé par ces résidus hagards issus de courants multiformes dépassés (car le logicisme aujourd’hui hyperhygiéniste et absolutiste avec son néo-paganisme “trans” a “bouffé” tout son pain blanc…) et n’ayant comme seule force que celle d’être du “bon” côté du manche étatiste, tant que les meilleurs (aristos) partisans de la vie et de sa liberté sculptée au mieux et de concert (dêmos kratos) n’ont pas réussi à émerger dans une sorte de nouvelle alliance s’attachant à ce qui unifie plutôt qu’à ce qui divise, il est clair que ce côté “obscur de la Force” restera au Pouvoir et ce pour longtemps encore…