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Appel aux parlementaires et hommes politiques de bonne volonté

Par Karen Brandin

Chère Madame, cher Monsieur,

Vous avez été nombreux en avril dernier à nous exhorter à aller voter et nous nous sommes rendus aux urnes, même si ce n’est pas aussi massivement qu’attendu.

Vous nous avez ensuite encouragés à écouter attentivement les débats à l’Assemblée Nationale et comme vous, avec vous, nous avons veillé parfois jusque tard dans la nuit, tant nous étions désireux de rester au chevet d’une démocratie que l’on savait depuis des mois déjà, agonisante.

Comme vous nous y aviez encouragés aussi, nous avons joint, écrit à nos députés et nos sénateurs respectifs pour les mobiliser, les assurer de notre vigilance, de notre clairvoyance et les rappeler à leur rôle, leur devoir de porte-voix comme à celui de porte-parole.

En vain trop souvent.

Enfin, lorsque nous avons appris qu’en Italie les soignants non vaccinés allaient être réintégrés puisque c’est le mot consacré, nous avons naïvement cru que la France aurait la décence de ne pas s’entêter dans sa décision inique en plus d’être dégradante de bêtise, de priver un personnel simplement vaccino-prudent, de toute existence sociale. Nous avons naïvement espéré que la France aurait la décence de ne pas s’entêter dans sa décision absurde de SE priver d’un personnel dévoué et ô combien indispensable.

Nous avons eu la faiblesse de penser un instant que la liberté, l’égalité et la fraternité, à force d’être portées, d’être nourries par des voix discordantes exceptionnelles de courage, d’intelligence aussi, celles de médecins magnifiques dont certains ont abattu pour nous servir un travail d’exégèse titanesque de la littérature scientifique, auraient finalement raison de l’idéologie de l’injection génique, devenue injection magique.

Malheureusement, un an et deux mois plus tard, c’est-à-dire une éternité, la situation semble figée et le temps, comme ces soignants, ces pompiers, bel et bien suspendus. À croire que Carl Gustav Jung avait eu une prémonition et évoquait le gouvernement actuel lorsqu’il déclarait :

« Les gens pourraient apprendre de leurs erreurs s’ils n’étaient pas si occupés à les nier. »

Pire, nous apprenions hier via une communication de l’avocat David Guyon que certains praticiens ont été convoqués dans les commissariats, car suspectés de travail dissimulé. C’est-à-dire que l’on reproche finalement à ces citoyens d’oser survivre quand on souhaiterait de toute évidence les voir agoniser, expiant leur faute dans un dernier râle, suppliant qu’on les pardonne d’avoir osé défendre leur intégrité physique.

Faut-il rappeler qu’un soignant est avant tout un citoyen et qu’en tant que tel, il doit pouvoir, avant de se soumettre à un acte médical intrusif et définitif, donner son consentement « libre et éclairé » ?

Faut-il rappeler que ces soignants n’ont commis aucune faute professionnelle en faisant simplement montre d’une prudence et d’un esprit critique qui les honorent au contraire ? or :

« Si j’exécute ce serment et ne l’enfreins pas, qu’il me soit donné de jouir de ma vie et de mon art, honoré de tous les hommes pour l’éternité. »

(Hippocrate)

« Suspendus ; » le mot est terrible mais tellement réaliste dans un monde désormais de marionnettistes car la vie de ces femmes, de ces hommes de conviction continue bel et bien d’être « suspendue » à un fil : celui du bon vouloir d’un ministre de la santé sous influence de la HAS dont on peut d’ailleurs légitimement douter de l’indépendance. L’argumentaire avéré et désormais trans-partisan selon lequel la vaccination ne protège ni de l’infection, ni de la transmission est pourtant largement admis, mais rien n’y fait : pas davantage les tribunes, les témoignages que les manifestations organisées dans la capitale, rassemblements que le gouvernement semble percevoir comme une curiosité sans importance, un débordement marginal, voire tout au plus un simple gravillon dans sa chaussure. Rien de suffisamment gênant en somme, de suffisamment « collectif » non plus sans doute, pour entraver sa marche funeste.

Il faut bien avoir à l’esprit que parmi ces personnes empêchées de travailler, il y a des personnels de haute technicité engagés dans des domaines pointus (urgences, chirurgie, anesthésie) qui, en plus d’être indispensables puisque coutumiers des gestes qui sauvent, doivent impérativement avoir la possibilité d’exercer pour assurer leurs pratiques, affermir leur art et les techniques de prise en charge.

En plus d’une expropriation de biens puisque ces personnes ont été amputées de la totalité de leur salaire, il y a donc une expropriation des savoirs, des savoir-faire et des compétences. C’est inadmissible. C’est inadmissible depuis un an et deux mois.

Bien sûr, des vagues d’indignation naissent aux quatre coins d’une mer déjà tourmentée par un quotidien devenu difficile pour la plupart d’entre-nous, mais malheureusement, elles viennent toutes se briser sur le rivage de nos lâchetés, de notre individualisme.

La France des Lumières devenue France des Ténèbres est donc désormais plongée dans une insondable obscurité qui ne nous honore pas. Alors non, « ce n’est plus Versailles ici ». Ici désormais, c’est la France du mensonge avec sa litanie : « Tous vaccinés, tous protégés, » et celle des rituels, avec : « Je baisse, j’éteins, je décale. »

Il est donc urgent d’agir. Une poignée d’employés de l’entreprise Total a bien réussi le pari de bloquer tout un pays sur des revendications salariales. Comment imaginer, alors que nous sommes des millions, qu’il ne soit pas possible de décider d’une journée France morte où nous porterions collectivement le deuil de notre humanité ; une France figée, silencieuse, recueillie, jusqu’à l’obtention de la réintégration de l’ensemble de ces personnels ? Je compte sur vous et la nécessité de nous rassembler pour que cette action solidaire, loin de toute considération de parti, ne reste pas un vœu pieux.

J’ai conclu ma précédente tribune (https://nouveau-monde.ca/la-parole-en-danger/) par un extrait du célèbre film : « Le cercle des poètes disparus » ; c’est une autre réplique qui me vient aujourd’hui, oh capitaine, mon capitaine :

« Sommes-nous homme ou amibe ? »

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur l’expression de mes sentiments, les plus respectueux.

Karen Brandin

Citoyenne — Enseignante – Docteure en mathématiques




La parole en danger

Par Karen Brandin

Ils sont médecins, parlementaires, avocats ou bien encore enseignants, et s’ils ne meurent pas tous, tous sont frappés, visés depuis quelques mois au sein d’un régime malheureusement plus vraiment d’exception, un régime pudiquement qualifié de démocratie dégradée, par des procédures-bâillons et autres mesures vexatoires destinées à sanctionner à grand renfort de blâmes iniques, leurs voix simplement engagées et courageuses, mais décrétées dans le « monde d’après », indésirables, car discordantes. Des voix douces ou fortes, que l’on tente tour à tour de nous les présenter comme irresponsables puis comme carrément « menaçantes » pour notre sécurité, car fleurant bon la dérive sectaire. Bref, voici quelques mois que ces femmes et ces hommes, du simple fait d’une parole libre, se retrouvent marqués du sceau de la lettre écarlate de l’indignité. Et pendant que la libre expression brûle, on regarde ailleurs. 

C’est parce que l’on a attiré mon attention sur la toute récente procédure disciplinaire visant un prof agrégé de philosophie, R. Chiche et certaines réactions de satisfaction qu’ont manifesté sur les réseaux sociaux de courageux… anonymes, que j’ai décidé d’écrire ce simple billet de (mauvaise) humeur. Puissent ces quelques lignes faire office de modeste tremplin et inspirer dans un élan de solidarité nécessaire des collègues aguerris, prompts à produire une tribune de soutien bien plus aboutie à destination de l’ensemble de ces professionnels, héros ordinaires et de ce fait, extraordinaires. 

Ainsi, à toutes ces personnes, souvent parents, j’imagine, qui semblent se réjouir la bave aux lèvres qu’un enseignant, certes non-médecin (c’est ce qui semble être une source d’indignation), mais non moins citoyen éclairé, soit inquiété, car il a fait preuve d’un esprit critique, d’un esprit d’analyse concernant la gestion de la crise sanitaire, j’encourage la lecture du Meilleur des Mondes. En effet, cette société aussi uniforme qu’inhumaine dont vous semblez rêver, Huxley l’a décrite. Une chance pour vous que votre fantasme ait été à l’origine d’un livre ; ce n’est pas toujours le cas après tout ! Pour rappel et vous permettre de ronronner de plaisir, voici un extrait :

« En outre, nous prédestinons et conditionnons. Nous décantons nos bébés sous forme d’êtres vivants socialisés, sous forme d’Alphas ou d’Epsilons, de futurs vendangeurs ou de futurs Directeurs de l’incubation… »

(p37)

Bref, deviens ce que tu es… ; et seulement cela. Il est sans doute utile de rappeler que dans ce roman presque d’anticipation finalement, les êtres non soumis au conditionnement sont qualifiés de « Sauvages. » 

Parce que si l’on comprend bien, ce qui vous semble indécent et qu’il vous paraîtrait tout à fait légitime de sanctionner, c’est qu’un citoyen (un acteur de la cité donc ; Liberté, égalité, fraternité : vous vous souvenez ? Ou vous vous rappelez uniquement de : « Je baisse, j’éteins, je décale » après le : « Tous vaccinés, tous protégés » ?), qui plus est professeur, c’est-à-dire quelqu’un dont le métier est d’instruire, de continuer à s’instruire aussi bien sûr et de participer à la construction des esprits en les stimulant, ait osé rappeler les difficultés immenses qu’avait généré le port du masque en classe et l’obstruction majeure que cela a pu représenter quant à la dispense d’un enseignement de qualité ainsi que la perte de concentration qui en a résulté alors que dans le même temps, aucune étude scientifique n’a pu à ce jour démontrer un quelconque bénéfice sanitaire de cette mesure d’enfermement des visages.

Il vous a aussi semblé indécent qu’il se soit ensuite insurgé comme d’autres, même nous avons été trop peu nombreux, lorsqu’il a été question notamment à la fin de l’été 2021 de discriminer, d’évincer, les élèves non vaccinés alors même que le statut vaccinal relève du secret médical et ne saurait être dévoilé aux chefs d’établissement. Oserais-je ajouter qu’en outre cette injection, parce qu’elle est non immunisant, ne répond pas à la définition d’un vaccin. Sans compter bien sûr qu’en ne faisant pas partie des « vaccinations » obligatoires (Dieu nous en garde), elle ne saurait être exigée et encore moins conditionner à la participation d’une quelconque activité dans le milieu scolaire en particulier. 

Quant à légitimement s’arrêter sur le récit de la multiplication des effets secondaires suite à cette injection au mieux inutile (la population jeune n’étant pas à risque de formes graves sauf cas exceptionnels), effets secondaires notamment d’origine cardiaque, pour le coup largement documentés et décrits par des médecins dont l’expérience et l’expertise scientifiques forcent le respect, c’est une réaction saine en tant qu’homme.

Heureusement que « même un enseignant » a le droit de s’alarmer tout haut et de dire qu’il craint que cette « surmédication » hypothèque lourdement le capital santé de ces jeunes gens et qu’il convient par conséquent de redoubler de prudence. 

Cette propension à se documenter, à interroger le réel comme les spécialistes, devrait pourtant vous rassurer, vous réconforter au contraire, vous parents. Mais Jean-Claude Michéa, dans « L’enseignement de l’ignorance, » nous avait prévenus que ce ne serait plus cette vigilance que l’on attendrait du corps enseignant à l’avenir, mais une soumission résignée, faute d’une soumission heureuse :

« L’enseignement de l’ignorance impliquera donc nécessairement qu’on rééduque les enseignants, c’est-à-dire qu’on les oblige à travailler autrement, sous le despotisme éclairé d’une armée puissante et bien organisée d’experts en sciences de l’éducation. La tâche fondamentale de ces experts sera, bien entendu, de définir et d’imposer les conditions pédagogiques et matérielles de ce que Debord appelait la dissolution de la logique. »

(p 47)

Après 16 années d’enseignement, je suis la première à exhorter les parents à m’inquiéter, croyez bien, mais pour de toutes autres raisons et dieu sait qu’elles sont nombreuses.

Inquiétez-vous que vos enfants en terminale ne puissent plus rédiger un texte de 20 lignes sans une dizaine de fautes de grammaire et qu’il en résulte pour eux de terribles complexes.

Inquiétez-vous que le milieu scolaire soit en passe de devenir un terreau idéologique où le concept de « genre » est évoqué dès le plus jeune âge, cet âge de l’innocence que l’on qualifie pourtant de « tendre. »

Inquiétez-vous de la réforme Blanquer, entérinée par Mr Pap Ndiaye, qui a détruit le lycée et a convaincu les élèves que ces trois années n’avaient finalement plus aucune valeur éducative sinon celle de se soumettre au diktat de ParcourSup.

Inquiétez-vous que les maths aient été reléguées au rang d’option et que nous soyons à la traîne dans l’ensemble des classements internationaux.

Inquiétez-vous que vos enfants abordent la notion de primitives avant celle de continuité d’une fonction parce que le temps manque et qu’il faut parer au plus pressé ; aller à l’essentiel. Inquiétez-vous que le chapitre sur le logarithme népérien soit traité en seulement 6 h quand les mathématiques sont une discipline du temps long.

Inquiétez-vous que les épreuves de spécialité aient été décrétées en mars ce qui laisse craindre une désaffection et un désengagement majeur des lycéens à compter du mois d’avril.

Inquiétez-vous de l’imposture du Grand Oral et que l’on vous vende comme « maths expertes », le chapitre des nombres complexes enseigné pourtant en obligatoire jusqu’en 2020.

Inquiétez-vous si vous envisagez pour vos jeunes une prépa intégrée alors que les chapitres naturellement associés aux maths appliquées — calcul intégral, équations différentielles et fonctions trigonométriques — ne seront évalués qu’en contrôle continu puisque ne faisant pas partie de l’épreuve finale.

Inquiétez-vous si l’on évalue vos enfants via des exercices préenregistrés sur Kwyk où seule compte la réponse numérique et où les élèves passent seulement quelques secondes à raisonner, mais en revanche de longues minutes à repérer les touches sur le clavier pour entrer, dans la syntaxe attendue par le logiciel, les réponses qu’on leur a presque toujours soufflées.

Inquiétez-vous de ces notes automatiques, désincarnées, ces notes à moindre coût simplement destinées à étoffer les dossiers scolaires.

Inquiétez-vous de toutes ces notions apprises tellement rapidement qu’elles sont de fait, condamnées à une obsolescence programmée. Inquiétez-vous pour ces citoyens démunis, hagards que nous sommes en train de former. 

Inquiétez-vous de cette maltraitance intellectuelle, de cette « sobriété et de cette précarité subies » en matière de connaissances, mais désormais trop souvent consentie par des élèves rendus intolérants à l’exigence, à la rigueur, et allergiques à la frustration.  

Inquiétez-vous lorsqu’un président d’université à Strasbourg envisage de rallonger les vacances de Noël et de priver les étudiants de cours en présence pendant toute une semaine en février pour des raisons de restriction énergétique et va même jusqu’à déclarer que la recherche est « énergivore ».

Inquiétez-vous aussi d’une société qui a été capable de soumettre ses adolescents au pass sanitaire.

Inquiétez-vous enfin d’une société qui laisse depuis un an et deux mois des personnes « suspendues » sans salaire après avoir été désintégrées sans aucune justification médicale avérée. 

Bref, inquiétez-vous devant la multiplication des dérives autoritaires et une administration toujours plus tyrannique. 

Vous voyez qu’il y a de quoi être inquiet en effet.

L’historien Christophe Pébarthe et la philosophe Barbara Stiegler sont les créateurs d’une toute jeune pièce de théâtre d’un nouveau genre intitulée :

« Démocratie ! Un spectacle dont vous pourriez être le héros. » 

Alors, inquiétons-nous suffisamment de ce hold-up de notre humanité pour qu’ils n’aient pas à changer le titre d’ici peu en :

« Démocratie ! Un spectacle dont vous auriez pu être le héros. »

Karen Brandin

« Derrière la fausse humanité des modernes se dissimule une barbarie ignorée de leurs prédécesseurs. » 

Engels.

Pour rappel, ce garde-fou extrait d’un film mythique des années 90 : « Le cercle des poètes disparus » pour que les poètes ne disparaissent pas justement…




Appel aux Sénateurs

Par Karen Brandin

Mesdames, Messieurs les Sénateurs,

Le jeudi 14 juillet 2022, les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui sont le terreau de la démocratie ont de nouveau été bafouées, vidées de leur substance suite aux déclarations d’un président au ton invariablement autoritaire, chef d’État au regard d’acier et au sourire carnassier qui n’a que légèrement voilé l’avertissement qu’il entendait bien donner aux parlementaires, vous rappelant à votre esprit de responsabilité et laissant par là même deviner qu’il s’agissait de vous encourager fortement, non pas tant à statuer ou voter en conscience, mais bien plutôt en cohérence avec les exigences d’un gouvernement désormais affaibli.

L’an passé, le Sénat a eu l’occasion de nous prouver son indépendance et sa vigilance. Il y a de cela quelques jours, ce fut au tour de l’Assemblée Nationale, depuis trop longtemps réduite à une simple chambre d’enregistrement, de nous offrir enfin un débat éclairé ponctué d’interventions documentées qui se sont soldées par un rejet légitime de l’article 2 de cette nouvelle proposition de loi dite « sanitaire. » 

Ce retour tant attendu de la vie parlementaire a été balayé d’un revers de main par E. Macron qui a souhaité n’y voir qu’un « coup de chaud » nocturne, une contre-réaction bien légitime sans doute aux sueurs froides qui l’attendent décidément. 

Nous, simples citoyens, électeurs en puissance devons pouvoir compter sur vous Mesdames, Messieurs les sénateurs pour porter haut dans les jours à venir, pas tant nos convictions que la simple réalité.

À cet effet, deux points sur lesquels aucune négociation, aucun compromis ne sauraient être envisagés nous tiennent particulièrement à cœur. Nous serons, lors de la séance publique programmée, très attentifs à leur défense systématique.

Le cas des mineurs tout d’abord qui doivent désormais, et ce en toutes circonstances (variant centaure compris), être dispensés de toutes mesures liberticides. Ces jeunes, innocents du covid doivent être assurés de la liberté de paraître (avec l’arrêt définitif du port du masque) et de celle de circuler avec la garantie de la fin pour cette population en construction d’un pass, qu’il soit présenté comme « sanitaire » ou « frontière ». Bref, la fin du… pass partout.

On rappelle que les enfants, en plus de contribuer de manière anecdotique à la propagation du virus, ne font pas — sauf très rares exceptions du fait d’un terrain défavorable (lourdes comorbidités) — de formes graves, immunités croisées obligent, et constituent au contraire un rempart précieux en participant activement à l’immunité collective.

L’idée éthiquement inacceptable et scientifiquement aberrante d’une vaccination altruiste à partir d’une injection génique non immunisante dont le processus accéléré de mise sur le marché n’offre aucune garantie de sécurité doit être abandonnée au plus vite.

On déplore d’ores et déjà de très nombreux, et parfois de très graves, effets secondaires qui vont jusqu’à engager lourdement et durablement la qualité de vie de ces jeunes gens. En dehors de toute déontologie puisque la balance bénéfice/risque est largement en défaveur de la vaccination, on est venu corrompre une immunité naturelle et ce faisant, un parfait état initial de santé.

Cette hypothèque mise sur l’état de santé de vos enfants est inacceptable. Elle doit cesser.

Est-il utile de rappeler qu’en l’état, alors que la pratique d’un tatouage est interdite sur un mineur sans le consentement écrit d’une personne chargée de l’autorité parentale (parent ou tuteur), il est en revanche possible pour un adolescent à partir de 16 ans, d’accéder sans l’accord de ses parents, donc sans que l’on puisse s’assurer d’un quelconque consentement libre et éclairé, à un acte médical majeur tel qu’une vaccination.

De nombreux médecins de renom et d’expérience, dont la pédiatre/oncologue Nicole Delépine, nous alertent sur l’émergence de cancers fulgurants, agressifs et atypiques à de nombreux égards tant ils frappent une population jusqu’alors épargnée (éventuellement jeune) et réagissent mal aux thérapeutiques classiques.

Refusons la poursuite des injections anticovid qui favorisent l’augmentation des cancers | Mondialisation — Centre de Recherche sur la Mondialisation

Il est urgent d’invoquer le principe de précaution en stoppant cette vaccination de masse digne d’une médecine vétérinaire et d’exiger une étude objective, rigoureuse et indépendante des effets iatrogènes consécutifs à ces injections répétées.

Deuxième point sur lequel il est impératif d’avancer en obtenant des assurances datées : la réintégration des soignants (notamment, mais cela vaut pour l’ensemble des personnels injustement mis à pied).

Ces soignants « suspendus », car le mot n’a jamais été plus lucide en même temps que plus terrifiant.

La vie de ces femmes, de ces hommes de conviction a en effet été « suspendue » à un fil, à une décision butée, idéologique. L’argumentaire avéré et désormais trans-partisan selon lequel la vaccination ne protège ni de l’infection ni de la transmission a été largement diffusé. Il est donc désormais impossible de trouver une justification scientifique, objective à cette situation inhumaine qui dure depuis plus de 10 mois.

Nous avons accepté par lâchetés successives de plonger nos semblables, des familles entières dans une précarité sociale comme morale ; cette honte, nous la portons donc collectivement. Il est urgent de rendre à ce personnel sa vie simplement. Ce n’est pas à nous de « passer l’éponge » comme on l’entend ces derniers jours, mais bien à eux d’essayer de nous excuser d’avoir tenté de porter atteinte à leur intégrité et de les avoir soumis à un chantage indigne d’une société éclairée. Nous ne leur serons jamais assez reconnaissants d’avoir su bien souvent conserver intacte leur vocation, leur goût de l’Autre et celui du soin. De manière plus prosaïque, il y a parmi ces personnes empêchées de travailler, des personnels de haute technicité engagés dans des domaines pointus (chirurgie, anesthésie) qui, en plus d’être indispensables puisque coutumiers des gestes qui sauvent, doivent avoir la possibilité de pratiquer pour assurer leur art et affirmer leurs techniques de prise en charge. 

Souvenons-nous ; c’était hier seulement :

« France, c’est le F révolté de la Fraternité ; c’est le R, espérance de toutes les Résistances. C’est le A pour sceller les plus fortes Amitiés ; c’est le N, infini, d’une Nation unie. C’est le C qui présage de la force du Courage, c’est le E engagé de notre Égalité. »

Nous avons tous été émus d’entendre résonner la voix pour clore le défilé du 14 Juillet de Candice Parise dans son interprétation de la chanson originale F.R.A.N.C.E. Il ne tient qu’à vous que ces mots deviennent des actes.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

K. Brandin
Enseignante/Docteure en Théorie algébrique des nombres

Quelques outils (non exhaustifs) pour aider à bâtir un argumentaire de qualité :

L’injection expérimentale doit être stoppée dans le monde entier selon le conseil mondial de la santé — Docteur Nicole Delépine (nicoledelepine.fr)

Complications des pseudovaccins anticovid au 31 mai 2022 selon base de données officielles — Docteur Nicole Delépine (nicoledelepine.fr)

Il faut interdire la vaccination anticovid des enfants à la suite des révélations Pfizer : inefficacité et millions de complications | Mondialisation — Centre de Recherche sur la Mondialisation




Profs, médecins : deux métiers sous influence. Mise à jour

Par Karen Brandin

[Mise à jour : ajouts dans le texte.]

On se souvient tous en octobre 2021 des propos polémiques d’Emmanuelle Wargon, alors ministre du Logement, qui avait déclaré sans ambages que « les maisons individuelles étaient un non-sens écologique, économique et social » ; bref, une prétention absurde, d’un autre âge en quelque sorte. Depuis, nous sommes chaque jour encouragés à devenir des « locataires universels », qu’il s’agisse de voitures, d’électroménager ou de vêtements, comme un retour en grâce du collectivisme.

En plus de cette invitation pressante aux relents de culpabilité d’une expropriation matérielle, ne nous pousse-t-on pas en plus à une expropriation intellectuelle ? Avons-nous encore le droit d’avoir des idées, des convictions, de revendiquer des compétences ? La vocation, qu’il s’agisse de la médecine ou de l’enseignement, est-elle devenue une passion honteuse, marginale ? Ces professions sont-elles condamnées à être sous l’influence d’une hiérarchie toujours plus envahissante, toujours plus castratrice ?

Comme les médecins sont désormais sans cesse contrariés, entravés dans leur liberté de prescrire quand bien même leurs ordonnances sont consécutives à un examen clinique qu’eux seuls sont à même de pratiquer et d’interpréter, on voit ces dernières années se multiplier dans l’enseignement secondaire notamment, des plateformes d’assistance pédagogique destinées elles-aussi à encadrer la pratique d’un métier pourtant fait de compétences durement acquises. La plus célèbre d’entre elles (en maths puisque c’est mon domaine d’intervention) s’appelle Kwyk. Elle est bien connue des enseignants. Je ne fais pas là le procès d’intention de ce type d’outils, car il est possible d’en faire un usage modéré et équilibré, mais il est légitime de s’interroger sur les promesses qui sont mises en avant pour susciter l’adhésion ou l’intérêt. Je cite ce message « promotionnel » adressé au personnel de l’éducation (en réalité, de l’instruction) :

  • 1— Je crée un devoir en 1 min (« Quick » donc)… Un gain de temps incontestable pour le prof, sans doute, mais que fait-on de ce temps libéré ? Profite-t-il à terme aux élèves ?)
     
  • 2— Je l’envoie et reçois le bilan par mail (le système s’invite et en fait « s’intercale » dans la relation prof-élève qui s’en trouve corrompue. Il faut en outre préciser que ce système fait la part belle aux réponses ; l’argumentation n’est quant à elle pas évaluée, pas plus que la rédaction d’ailleurs, deux piliers pourtant fondamentaux de la démarche mathématique.)
     
  • 3— J’active les révisions personnalisées (??? alors qu’il s’agit d’une banque de données dans laquelle on vient se servir, sorte de « buffet » d’exercices ; on est donc très loin d’un quelconque enseignement « sur-mesure ». On retrouve là le mythe de la médecine numérique présentée comme ultra-personnalisée à grand renfort d’espace santé.)

Un effet pervers de ce type de système est qu’il conduit à un désengagement des acteurs de la profession concernée, ruine leur créativité ainsi que tout espoir de satisfaction durable et donc, à terme, d’épanouissement. En les plébiscitant, on devient rapidement, insidieusement, l’artisan de la perte de sens de nos métiers. Cette assistance présentée comme « pratique, » voire sécurisante, est en réalité « débilitante ».

Le mécanisme est désormais bien rodé et la logique toujours la même. Sous un prétexte fallacieux d’efficacité, de simplification des tâches assimilée de fait à « un progrès », à une innovation (on confond trop souvent ces deux notions malheureusement), on crée une dépendance avec comme corollaire naturel, l’acceptation d’une surveillance. De cette dépendance naît une fébrilité, une faille dans laquelle il est alors facile de s’engouffrer.

Annuler doucement, mais sûrement toute autonomie, semer non plus un doute « raisonnable », une prudence légitime, mais bien plus sûrement une incertitude délétère qui, à terme, paralyse. C’est ce qui guette ces corps de métiers soumis à de trop fortes contentions.

Apparemment, il faut cacher ces esprits libres que nous ne saurions voir.

Comme chaque année, en cette période de correction des épreuves du bac (ou plutôt de ce qu’il en reste après la tornade de la réforme Blanquer), les témoignages d’enseignants légitimement consternés se multiplient. Ceux-ci constatent que les notes qu’ils ont attribuées aux copies (dûment numérisées !) dont ils avaient la charge, ont été allègrement modifiées suite à une obscure commission dite d’harmonisation, et ce bien entendu à l’avantage des élèves, car il s’agit de battre les records d’admission à cet examen désormais fantoche. Ce processus, profondément humiliant, dégradant en plus d’être déstabilisant, vient anéantir et remettre en question sans pudeur aucune, la légitimité de prof ainsi que son autorité.

Il est donc urgent de redoubler de vigilance et de garder bien présent à l’esprit que c’est en le pratiquant en conditions réelles que le geste d’enseignement, que le geste médical s’affirme, se perfectionne. Il ne faut jamais perdre de vue que lorsque l’on délègue à ces assistants virtuels censés nous soulager, on se dépouille et l’on finit par régresser, car ce sont autant de compétences que l’on ne retrouvera jamais dans leur intégrité et leur densité premières.

Si l’homme n’est pas infaillible dans sa mission de transmettre ou encore dans son diagnostic, la machine (notamment administrative) ne l’est pas davantage, fût-elle équipée d’une IA. Elle doit rester un outil et ne jamais devenir une excroissance, encore moins une donneuse d’ordres. Il faut retrouver une autonomie de réflexion qui permette de gérer la peur de l’erreur et refuser que l’on vienne s’immiscer dans ces professions à visée humaine avec en ligne de mire, le célèbre adage : « diviser pour mieux régner. »

Car en réalité ce qui semble inquiéter au plus point la hiérarchie d’où qu’elle vienne (hôpital, école, et même université) et que j’avais nettement perçu lors de mes vacations en lycées, c’est la complicité qui peut se créer entre l’enseignant et sa classe, le médecin et son patient (on parle alors de « colloque singulier »). Un contrat de confiance réciproque. On pourrait naïvement imaginer que c’est pourtant là le saint Graal, le but ultime. Or c’est très mal vécu par les autorités qui ne souhaitent perdre ni leur possibilité de contrôle ni leur emprise. Cet état de fait, cet état de grâce, est presque toujours perçu comme une provocation, une menace absurde d’une mutinerie à venir. La complicité que l’on perçoit spontanément comme « facilitante », comme un facteur d’adhésion (qu’il s’agisse d’un cours ou d’un soin), est finalement présentée comme un vecteur d’un désordre et provoque la suspicion. Et si par malheur vos élèves venaient à progresser et vos patients à guérir, vous vous exposeriez à un procès pour sorcellerie ou charlatanisme.

Toute initiative, qu’elle soit pédagogique ou médicale, est de fait présumée coupable. Nous en avons eu un dramatique exemple à l’occasion de la crise du covid avec des praticiens, les médecins de ville comme l’on dit parfois, lourdement et impitoyablement sanctionnés pour avoir revendiqué une prise en charge de leurs malades alors que c’est là justement le cœur de leur métier et de leur engagement. S’appuyer en première intention sur des traitements sûrs, car largement éprouvés, encourager le repositionnement de molécules anciennes est assimilé à rien de moins que de l’obscurantisme.

L’éducation n’est pas davantage épargnée par ce diktat, cette obsession du modernisme. Ainsi les méthodes dites anciennes d’apprentissage de la lecture (la méthode syllabique : le b-a-ba), comme celles des opérations de base ont beau avoir fait leurs preuves, elles sont plus que jamais caricaturées et leurs défenseurs avec elles, balayées par le vent de la nouveauté, le blizzard des neurosciences. Pourtant la méthode globale, en n’offrant aucune structure, aucun repère, a largement contribué à l’effondrement du niveau des élèves en français, mais aussi en mathématiques.

Ce qui peut, ce qui doit retenir les Ulysses des temps modernes (que nous sommes tous en puissance) de succomber aux appels répétés des sirènes des protocoles et de développer une addiction à une liberté surveillée qui nous déresponsabilise au profit d’une tribu protectrice fantasmée, c’est peut-être la prise de conscience que nous ne sommes plus jamais que le dernier maillon d’une chaîne de décisions trop longue pour nous donner le courage de la briser et trop courte pour nous garantir la liberté de penser, d’instruire ou encore de soigner.

Ce sursaut est nécessaire pour les générations à venir déjà terriblement embrigadées, dépendantes de toutes sortes d’assistants qu’ils soient orthographiques, vocaux ou encore mathématiques (je pense à la redoutable application « photomath »), mais aussi victimes si l’on pense à l’insondable ParcourSup…

Je donne souvent cet exemple parmi tant d’autres. En donnant dès le plus jeune âge accès à une calculatrice aux élèves, on compromet leur indépendance dans leur rapport aux nombres, au calcul, aux ordres de grandeur. Et cet outil, clairement indispensable dans des cas difficiles, devient une béquille sur laquelle ils s’appuieront par la suite pour tout et n’importe quoi. Quand j’emprunte par hasard ce matériel à l’un de mes terminales et que par curiosité je parcours l’historique, je suis à chaque fois effarée de ne voir figurer que des calculs décourageants de facilité : 2×3, 12-7, etc. qu’ils savent parfaitement réaliser bien sûr, mais qu’ils « préfèrent vérifier » comme ils disent. Et si, suite à une manipulation défectueuse, la « machine répond 2×3=5 », il y a un moment de flottement. L’élève n’a plus son libre arbitre, il l’a délégué à la machine toute puissante. Il est définitivement en demande (et donc souvent en manque) d’un GPS de la pensée dont il est prêt à suivre les instructions, les directives comme un somnambule.

À l’opposé, nous avons tous la chance, le privilège d’avoir dans notre entourage comme autant de phares dans ce crépuscule de l’intelligence et des idées, des médecins, des profs entrés en fonction dans les années 70/80 et devant lesquels on est invariablement admiratifs tant ils font preuve d’une vivacité d’esprit (critique notamment), d’une dextérité, d’une curiosité et surtout d’une capacité d’adaptation dont nous nous sentons, nous pourtant plus jeunes, désormais incapables. Ce n’est pas seulement la conséquence légitime de l’expérience, mais aussi le fruit d’une formation initiale de qualité, exigeante, où l’on apprenait à comprendre, où l’on apprenait à évaluer le bénéfice comme le risque, à l’assumer aussi alors qu’aujourd’hui, nous sommes tout au plus conditionnés pour mémoriser des schémas préétablis, découpés en séquences, systématiquement dictés par d’autres plus haut dans la pyramide et dont nous sommes les exécutants maladroits et inquiets, car sans cesse inquiétés. Diviser pour mieux régner donc, mais aussi « insécuriser » pour mieux régner.

Il est plus que temps de se réveiller et de se réconcilier avec notre condition d’être humain. C’est à ce prix que l’on pourra espérer lutter efficacement contre cette hémorragie du sens qui menace nos professions respectives et retrouver la satisfaction et la fierté d’un travail original, soigné et motivé. À l’instar des gilets jaunes, défendons chèrement nos valeurs, notre indépendance et donnons-nous rendez-vous au rond-point d’une éthique revendiquée.

Karen Brandin

« Mais dis-moi tout
Marionnettiste
J’ai des ficelles à mon destin
Tu me fais faire un tour de piste
Mais où je vais je n’en sais rien
Mais dis-moi tout
Marionnettiste
Mon cœur de bois soudain s’arrête
Que feras-tu de tes artistes
Après la fête ? »

(P. Bachelet — extrait)

NB : Je remercie chaleureusement la pédiatre-oncologue Nicole Delépine de m’avoir suggéré la possibilité de ce début de réflexion que d’autres poursuivront j’espère.

Quelques pistes de lecture :

  • 1— Oraison funèbre de la classe de philosophie (Harold Bernat — éditions Atlantiques déchaînés)
  • 2— http://images.math.cnrs.fr/Lycee-les-maths-en-soins-palliatifs.html
  • 3— Souffrir d’enseigner. Faut-il rester ou partir ? (Rémi Boyer — J.M. Horenstein — éditions de la Mémoire)
  • 4— J’avais honte d’être prof (Paul Dandelot — éditions Fabert)
  • 5— Ma liberté de soigner (Nicole Delépine — éditions Michalon)
  • 6— Soigner ou Obéir ? (Nicole et Gérard Delépine — éditions Fauves)
  • 7— https://la-verite-vous-rendra-libres.org/seule-la-liberte-des-medecins-et-soignants-peut-sauver-la-medecine-pour-les-malades/
  • 8— Je ne pouvais pas les laisser mourir ! (J.J. Erbstein -éditions JDH)
  • 9— Délires et tendances dans l’éducation nationale (Dany-Jack Mercier — éditions EPU)
  • 10— L’enseignement de l’ignorance (J.C Michéa — éditions climats)
  • 11— L’école fantôme (Robert Redeker — éditions Desclée de Brouwer)
  • 12 — Santé publique, Année zéro (Barbara Stiegler-François Alla — éditions Gallimard)



Mathématiques au lycée  : un sauvetage en trompe-l’œil

Par Karen Brandin

L’objectif de cette tribune est triple. Il s’agit tout d’abord d’une bouteille à la mer comme un encouragement solidaire à l’attention, puisqu’ils existent même s’ils semblent en voie d’extinction, de la poignée d’enseignants de l’éducation nationale que l’on pourrait qualifier de « résistants ». Ces profs exigeants, rigoureux et sincères qui aspirent simplement à pouvoir dispenser un enseignement digne, de qualité, celui dont ils ont parfois eu la chance de bénéficier ou tout simplement, celui dont ils rêvaient. Que mon statut d’indépendante, sa précarité sans doute, mais aussi la liberté de parole qu’il autorise comme celle de transmettre suivant mes convictions, permette de traduire tout haut ces souffrances qui s’expriment tout bas, trop bas.

Je veux parler « de » et « à » ces profs ordinaires, jeunes ou vieux, mais devenus extraordinaires par la force des choses, car ils ont su conserver chevillés au corps, le devoir, la passion et le désir de transmettre « à leur tour » ou » en retour ».

Ces mêmes profs qui, ces dernières années (décennies), ont été consciencieusement empêchés dans leur mission, voire dissuadés tant ils ont été stigmatisés, parfois même accusés d’être élitistes ou bien encore réactionnaires.

Des profs bien conscients que leur métier ne consiste pas à élever des enfants entre les murs d’une école, mais seulement à les instruire, c.-à-d. à leur donner le goût de l’étude, du doute. Le goût des mots aussi et avec lui, la possibilité de la contradiction, de l’argumentation en même temps qu’une forme d’audace, une indépendance, une impertinence conjuguées à une autonomie de réflexion salvatrice. Autant de garanties pour l’avenir de décisions libres et éclairées. Sans compter, bien sûr, une certaine culture de la résistance à l’effort, fût-il ingrat.

Bref, affûter les curiosités, armer les esprits pour mieux, à terme, désarmer les corps.

À ce personnel dévoué, on a envie de dire : « peu importe l’effet moisson du pédagogisme, gardez la tête haute, au risque qu’elle dépasse et continuez de porter haut vos valeurs. »

Ce texte est ensuite un relais offert aux parents impliqués et lucides qui nous sollicitent de plus en plus fréquemment, car découragés, inquiets face à l’effondrement de la qualité de l’enseignement dans le cadre du lycée notamment (le lycée au sens le plus large, car privés comme publics, désormais tous les établissements sont gangrenés. À ce titre, on tend donc bien vers cette égalité fantasmée : l’égalité des… malchances ou bien encore celle face à une médiocrité rampante.).

Lorsque les familles sont nombreuses, le gouffre d’exigence qui sépare l’aîné des plus jeunes interpelle à juste titre des parents démunis si bien que même la clémence du climat du Sud-Ouest n’est plus de taille à les dissuader de tenter de rejoindre la capitale et ses établissements d’excellence.

Le fait est que la période est propice aux bilans et c’est là le troisième objectif de cette tribune, puisque nous disposons à titre « confidentiel » (mais la tendance semble se confirmer), des toutes premières remontées concernant les notes de l’épreuve de la spécialité Maths pour la session 2022.

Je ne peux légitimement me prononcer que sur la destruction méthodique de cette discipline contre laquelle je lutte, tente de mobiliser, d’interpeller en vain depuis des années, et ceci, en dépit de tous les effets d’annonce relayés en boucle ces dernières heures par des médias décidément trop prompts à l’enthousiasme.

Je pense notamment à ces idées parachutées sans l’ombre d’une concertation, qui sont la marque de fabrique d’Emmanuel Macron, le sceau de son amateurisme. Il faut clairement méconnaître l’ambition du programme de maths complémentaires pour imaginer que 1 h 30 de saupoudrage de maths dites « citoyennes » en première serait la solution au délitement de cette discipline par trop souvent écartelée (un concept bien étrange à définir d’ailleurs et qui nécessiterait que l’on précise par voie de conséquence ce que l’on entend par maths non citoyennes, dissidentes. On nous a bien rapporté d’outre-Atlantique que les maths étaient racistes, que c’était une discipline « suprémaciste. » Rien ne nous sera décidément épargné. On pourra se reporter par exemple à :
https://lesobservateurs.ch/2021/02/21/delire-anti-blancs-les-mathematiques-sont-racistes-et-doivent-devenir-equitables/ ou bien encore,
https://www.lesoleil.com/2022/05/15/quand-des-livres-de-maths-sont-juges-trop-politiques-916571aced8131de55dad6088b223171).

Je crains fort en réalité un effet pervers de cette vraie mauvaise idée, à savoir que des élèves initialement prêts à s’engager en spécialité maths risquent d’être tentés de reculer en se contentant de l’option qui sera jugée « moins risquée », car on en est bien là malheureusement, dans une gestion du risque au regard du juge de l’absolu, de l’arbitre suprême des compétences, un arbitre redouté, redoutable : l’insondable ParcourSup.

Si le discours du président peut parfois sembler profond, ne nous y trompons pas ; c’est toujours au sens de « creux. »

Parce que c’est un prédateur avant tout, il joue avec les mots comme avec autant de proies avant de se lasser, de les laisser pourrir dans un coin en oubliant qu’ils avaient un sens, une portée. Heureusement tous les vernis finissent fatalement par s’écailler.

« Ne touchez pas aux idoles, la dorure en reste aux mains », nous avait avertis Flaubert.

Les moyennes concernant l’épreuve de spécialité maths au bac (ou plutôt ce qu’il en reste) semblent pour le moment stratosphériques quand, dans le même temps, les élèves n’ont jamais été plus faibles parvenant tout juste en terminale à définir la notion de médiatrice. Elles sembleraient avoisiner les 14, voire les 16/20.

Il paraît donc urgent de revenir sur les conditions et les modalités de cette épreuve bâclée avant que le gouvernement ne se saisisse, s’ils devaient se confirmer, de ces résultats exceptionnels et n’en détourne la pertinence pour y voir la démonstration fallacieuse de l’intérêt de la funeste réforme Blanquer, le bien nommé fossoyeur de l’enseignement secondaire, qu’il s’agisse d’ailleurs des connaissances brutes comme du rapport prof-élève lourdement dégradé, pour ne pas dire corrompu, car désormais plus proche du « client satisfait ou remboursé. »

On sent d’ailleurs la tentation à peine voilée dans l’enseignement, de la tarification à l’acte. L’enseignement, lui aussi, doit devenir rentable. Je ne cache pas ma tristesse devant l’adhésion trop facilement acquise de ces jeunes gens face à cette destruction méthodique des savoirs. Ils comprennent mal à quoi conduisent parfois ces lâchetés, ces renoncements d’apparence ordinaires, de confort.

Description de l’épreuve :

Comme tant d’autres, je m’astreins chaque année depuis 16 ans à résoudre l’ensemble des problèmes du bac (S jusqu’en 2019, l’année 2020 ayant un statut à part) proposés dans les lycées français à travers le monde. Les sujets du Liban ont toujours eu ma préférence, parce que plus exigeants, mais moralement je consacrais en moyenne 1 h 30 à résoudre, dans les conditions de l’examen, les 4 exercices imposés au candidat.

Je précise qu’à cette époque pourtant pas si lointaine, pour les élèves inscrits en spé maths (l’actuelle option « maths expertes » ou présentée comme telle), un des exercices portait invariablement sur cette partie spécifique du programme ce qui supposait un investissement réel et sincère tout au long de l’année. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, les maths expertes étant évaluées seulement dans le cadre du contrôle continu (coeff 2, contre un coeff 5 pour l’EPS par exemple).

En 2022, des ajustements ont été consentis du fait de la prédominance du variant Omicron courant janvier sur notre sol et des absences à répétition qui ont été constatées. Il y a eu des ajustements temporels tout d’abord puisque les épreuves ont été décalées de deux mois et des ajustements de forme ensuite puisqu’en maths, l’élève avait cette année la possibilité de choisir 3 exercices sur 7 points chacun parmi les 4 proposés (c’est inédit, car en physique par exemple, l’un des exercices était imposé comme en SVT). En dépit du nombre restreint de chapitres impliqués, nous avons quand même été témoins d’impasses revendiquées par les élèves !

À la résolution et à la rédaction complète des 4 énoncés (et donc pas seulement les 3 exigés), j’ai consacré en tout et pour tout 47 min.

Le candidat disposait quant à lui de 4 h (une éternité donc) sachant que l’un des exercices au choix (jour 1 comme jour 2 puisqu’il faut aussi compter avec cette absurdité supplémentaire des épreuves décalées) était un QCM pour lequel aucune justification n’était demandée (QCM que j’ai justifié de mon côté lors de la correction).

Il faut bien comprendre que c’est dans une épreuve de mathématiques, c.-à-d. une discipline dont la raison d’être est la preuve, la démonstration (en plus de la consistance, de la non-contradiction des arguments) que l’on vous demande clairement de ne pas argumenter. C’est donc une autorisation implicite, pour ne pas dire un encouragement, à résoudre (mot impropre puisque c’est plutôt dans l’expérimentation) les questions qui s’y prêtent à l’aide de la calculatrice, un réflexe désormais bien rodé chez cette jeunesse avide de réponses immédiates et visuelles.

Le QCM du jour 1 se prêtait parfaitement à ce type de manipulation. Plus grave, un élève pouvait ne pas identifier une forme indéterminée dans une limite par exemple (je pense à l’épreuve de Polynésie jour 2), appliquer une règle opératoire fausse, mais avoir une conclusion correcte sans rien soupçonner. Le correcteur ne sera pas davantage, de fait, témoin de la faute de raisonnement.

Quant au jour 2, on pouvait compter sur la chance ou le hasard. Certains élèves d’une de mes collègues avaient cru remarquer que lorsque les questions étaient un peu plus délicates, c’était souvent la réponse b qu’il fallait sélectionner. Qu’à cela ne tienne …. Bien leur en a pris pour les 3 dernières questions de l’épreuve du jeudi 12 mai, car il fallait en effet répondre « b » ! Gagné.

Je me souviens dans le même ordre d’idée, que l’année précédente, des élèves soucieux de gérer efficacement les « vrai ou faux » m’avaient présentée : la gomme de la vérité. Il s’agissait de lancer la gomme dûment tatouée « V » ou « F » et elle « répondait » apparemment sans erreur ou presque. Forcément, cela prête à sourire sauf que…

Moralement, lorsque vous répondiez au QCM et que vous traitiez l’exercice de probabilités qui était vraiment très classique, vous aviez 14/20 !!!! Il vous restait alors toute latitude pour gagner quelques points pour la gloire sur le dernier exercice choisi. C’est inimaginable. Mes très bons élèves de première auraient facilement eu 10 à cette épreuve. À l’époque de la terminale S, c’était inconcevable de la leur soumettre.

Ce qu’il faut intégrer, c’est qu’un lycéen (et ils seront très nombreux) qui va avoir 20 et qui se sentira en confiance (comment le lui reprocher ?) n’aura absolument aucune certitude de pouvoir affronter, résister, à la rentrée 2022 à un enseignement supérieur de qualité.

Le lycée ne peut décemment plus prétendre jouer en mathématiques un quelconque rôle de tremplin quand c’est pourtant là l’une de ses principales missions ; c’est extrêmement grave au point qu’il faudrait envisager une année 0 de remise à niveau avant de débuter un cursus universitaire.

C’est donc une colère légitime qui prend la relève du simple constat lorsque l’on a entendu il y a quelques mois les témoignages de messieurs Torossian ou Villani évoquant la terminale C comme une forme de torture élitiste dont on nous aurait heureusement libérés. N’est-ce pas cette même terminale exigeante, cet apprentissage de la rigueur équilibré et progressif sur les 3 années du lycée, qui leur a pourtant permis de surmonter l’épreuve des classes prépas et d’intégrer une ENS ?

Oseraient-ils prétendre qu’il est possible avec le bagage fourni désormais en terminale d’accéder à ce type de formation d’exception sans suer sang et eau ? À ce compte, où est la maltraitance ? Quant à l’égalité des chances, laissez-moi rire. Relisons plutôt : « L’enseignement de l’ignorance » de J. C. Michéa. 

Et s’il n’y avait encore que cette épreuve aux allures de formalité, mais le bouleversement du calendrier que suppose cette terrible réforme a conduit à une fin d’année sacrifiée, des chapitres fondamentaux trop souvent bâclés avec des élèves démobilisés, démotivés (je pense au calcul intégral notamment ou encore aux équations différentielles), pris en otage entre l’imminence des résultats de ParcourSup et cette imposture du Grand Oral, la soi-disant épreuve d’éloquence.

Il est plus urgent que jamais de s’opposer fermement et définitivement au maintien de cette réforme, urgent de s’opposer à cette école du futur au sein de laquelle trôneront des copies stupidement numérisées qui finiront à court terme par être corrigées sans plus aucune intervention humaine. Car il y a fort à parier que quelques années seulement nous séparent d’une épreuve de maths entièrement rédigée sous forme de QCM.

Cela sonnera alors définitivement le glas de cette discipline sous les « hourra » sans doute d’une majorité d’élèves, ne soyons pas naïfs. Les mathématiques, si foisonnantes, si vivantes, seront devenues une langue morte, perçue comme austère. Elles qui ne l’ont pourtant jamais été ne nécessitant qu’un papier, un crayon et beaucoup de détermination, vont devenir si l’on n’y prend pas garde, l’apanage d’une élite (dans un sens à définir) comme la philosophie sans doute.

Je vous engage à prendre connaissance du funeste destin de l’épreuve de maths en section STI 2d, une section technologique ; d’initialement une épreuve indépendante et souvent ambitieuse notée sur 20, elle a été convertie suite à la réforme, en une épreuve mixte maths/physique où les maths, sous forme de questions indépendantes, sont artificiellement évaluées sur seulement 4 points sur les 20 alloués.

Mais alors, peut-on réellement compter sur le nouveau ministre de l’Éducation nationale pour mettre fin à cette entreprise de destruction massive ? Je l’ignore, mais cela semble mal engagé.

Ce qui est certain et qui est de nature à inquiéter, c’est que Mr Pap N’Diaye n’a pas l’expérience du secondaire et ce qui nous a été donné à voir (plutôt qu’à entendre) à Marseille n’est pas pour rassurer.

Ce mutisme laisse perplexe, avec bien peu d’espoir concernant une éventuelle autonomie de décision. On était mal à l’aise pour lui en réalité, exhibé devant les journalistes comme un trophée. On avait presque le sentiment d’un Macron père de famille qui venait vanter au proviseur les mérites du petit dernier ; on était vraiment « au-delà » ou « à côté » de la hiérarchie, dans quelque chose de plus proche de l’ascendant parental et qui dérange forcément dans ce contexte tant cette attitude semble déplacée. Il ne manquait plus que la petite tape « amicale » sur la nuque dont le président est coutumier pour que le tableau infantilisant soit complet. Décidément, ce président philosophe, Mozart de la finance, se voit en bon petit père des peuples. Dieu nous en garde.

Comme on a conduit, poussé à l’agonie le corps médical, comme on s’est accoutumé à son râle sans être capable de faire « société » en bloquant le pays (était-ce si difficile ?) pour exiger sans délai la réintégration des soignants suspendus (suspendus ou plutôt « désintégrés »), on semble avoir convaincu d’immobilisme le corps enseignant qui tarde décidément à se révolter. Dans le même temps et suivant la même implacable logique puisque l’on ne change pas une équipe qui perd, on vient de faire exploser le corps diplomatique.

« Au suivant », comme disait Jacques Brel dans cette prostitution organisée de toutes nos valeurs.

Mais il faut être honnêtes, ils nous avaient prévenus : « on va vous emmerder jusqu’au bout ; c’est ça la stratégie, parce que c’est notre projet. »

Ils nous avaient prévenus et nous les avons reconduits.

Et un et deux, et cinq ans de plus.

Karen Brandin

Enseignante en structure indépendante

Docteur en théorie algébrique des nombres

N. B : illustration extraite de « Super pédago, la ruine de l’école a son héros. » (éditions : SOS éducation)

PS : Pour les nostalgiques et se convaincre que rien ne change jamais vraiment…




Lettre ouverte aux Enseignants

Par Karen Brandin

Parce que j’enseigne depuis 16 ans, que j’ai connu l’enseignement conventionnel en lycée en tant que vacataire avant de me tourner vers un enseignement de proximité, je m’autorise un coup de gueule depuis longtemps contenu et une exhortation destinée au si mal nommé « corps » enseignant (les matheux de formation comprendront que nous sommes en réalité aussi instables qu’un semi-groupe, pour ne pas dire : « un magma » ; bien loin de la stabilité des corps donc).

« Mal nommé », car nous avons consciencieusement failli là où il s’agissait bien de faire corps pourtant, de faire « front » aussi, pour libérer l’École de l’ensemble de ces mesures iniques qui la convertisse doucement, mais sûrement en un lieu non pas de liberté, pas davantage d’expression, encore mois d’instruction quand telles sont pourtant ses vocations premières, mais en un lieu de contraintes, de seuils arbitraires et d’interdits quand ce n’est pas de propagande.

J’avais cru comprendre et osé me réjouir qu’il y aurait dès le lundi 14 mars 2022 une levée complète et sans condition des mesures dites sanitaires, lycées compris, sauf que France — Info a eu tôt fait ce matin de doucher cet espoir un peu naïf sans doute en rappelant qu’un nouveau protocole sanitaire sera présenté par Jean-Michel Blanquer dans l’après-midi.

Sous pression de qui ? Non pas du virus, maître pourtant incontesté des horloges comme on le sait désormais, mais des enseignants ou plutôt de leurs syndicats dits majoritaires. La précision est importante. Nous avons entendu ce matin ces représentants dûment interrogés s’inquiéter comme un seul homme, de la rapidité (quelle rapidité ? On pense à une plaisanterie deux ans plus tard) de la levée des restrictions dans le cadre des établissements scolaires qu’ils estiment insuffisamment sécurisés.

Les requêtes présentées sont que les enseignants qui le souhaitent puissent rester masqués indépendamment de l’enseignement dégradé que cela engendre, que des masques FFP2 pourtant terriblement occlusifs, soient fournis aux professeurs qui le désirent, avant de rappeler que ces derniers sont d’ores et déjà inquiets de la future gestion des cas contacts, ce qui n’est pourtant pas dans les attributions d’un enseignant.

Est exigée en outre à la rentrée 2022 la généralisation des capteurs de CO2 dans toutes les classes…

Lorsque le parcours est classique et qu’il ne s’agit pas d’une reconversion, un enseignant est titulaire d’un bac +5. Nous sommes donc, à tort ou à raison, considérés comme un public instruit, éclairé, rationnel ; sincère aussi. Comment dès lors peut-on revendiquer une dépendance à une lumière rouge pour savoir si l’on doit ou non aérer une salle de cours ?

Finalement, on demande à être dépouillés de cet instinct de l’homme qui est pourtant l’un des garants de sa survie, car le meilleur capteur, biologique celui-là, c’est nous ; ce sont les élèves aussi.

Bien sûr que l’on sent quand l’atmosphère est saturée et que l’on aère entre deux cours. On l’a toujours fait comme on avait toujours jusqu’alors, pris en charge à un stade précoce, les personnes malades.

Il ne s’agit pas d’équiper toutes les classes de capteurs, mais de rénover les lycées pour que chaque salle dispose de fenêtres qui permettent un renouvellement de l’air. Une précision tellement évidente qu’elle semble absurde.

Cette indépendance, cette capacité de jugement, il faut la revendiquer, la préserver et refuser cette contention qui envahit jusqu’à nos décisions les plus anodines. Après l’intelligence artificielle, tente-t-on de nous vendre la survie artificielle et le bon sens qui va avec ?

Comme d’autres, Roland Gori nous met en garde dans son dernier essai contre la fabrique volontaire de nos servitudes (LLL 2022. http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-La_fabrique_de_nos_servitudes-676-1-1-0-1.html)

Il en va désormais selon moi de notre légitimité à enseigner puisque nous sommes a priori les garants ou les dépositaires d’une forme d’esprit critique ; nous avons pour mission d’être des passeurs de curiosité, pas des relais moutonniers de la parole gouvernementale et à cet égard, nous nous devons et nous devons à nos élèves, une honnêteté intellectuelle incorruptible.

Je rappelle à cette occasion l’étymologie du mot « lycée » : « Lieu où s’assemblent les gens de lettres » ; donc capables de comprendre, de se documenter aussi.

Ce que l’on va finir par déduire, c’est que les enseignants ne savent pas lire finalement. Car on ne compte plus les alertes de médecins, de pédiatres, de psychologues, d’orthophonistes décrivant les conséquences de cette vie masquée, de cette existence protocolisée au rythme de consentements extorqués, de cette vie standardisée en liberté contrôlée dans laquelle toute notion de spontanéité a déserté.

Est-ce qu’il est encore raisonnable de nous confier l’éducation de cette nouvelle génération « si » (ou « quand ») nous ne sommes plus capables de rationalité ; si nous n’avons plus suffisamment d’autonomie pour estimer la balance bénéfices-risques de nos décisions. Si nous ne sommes plus en mesure de gérer nos inquiétudes, nos appréhensions, de les hiérarchiser ? Encore moins de les tempérer en les confrontant simplement aux faits, aux données actuelles de la science.

La question se pose réellement.

Sans doute, on peut être rebutés par la lecture d’articles médicaux, mais des médecins de renom, rompus à cet exercice, comme les docteurs Nicole et Gérard Delépine, ont fait ce travail pour nous ; un travail titanesque destiné à rassurer le corps professoral, à l’informer et à rappeler qu’il a en réalité fait partie du personnel le moins exposé durant cette crise du covid.

Je ne peux qu’encourager la lecture notamment de leur dernier ouvrage : « Les Enfants Sacrifiés du covid » (paru chez Fauves — 2022 https://www.fauves-editions.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=72231) sachant que dans l’absolu, se documenter est un devoir.

D’autant que les sources comme les supports sont multiples ; on pourra aussi consulter cette lettre d’une maman médecin relayée par le site Instruire :

Avant de s’inquiéter des capteurs de CO2, occupons-nous déjà modestement d’enseigner convenablement nos disciplines respectives et luttons contre cet enseignement plus proche du gavage pour ne pas faire de ces enfants, qui sont l’avenir, de simples professionnels du plagiat et des artistes du surligneur.

Notre responsabilité, notre mission, puisqu’elle existe et qu’elle est même immense, n’est pas de masquer ces esprits bouillonnants, mais de leur donner au contraire les armes pour rester libres en toutes circonstances et devenir des citoyens accomplis et éveillés.

Est-ce qu’il est facile sur le terrain de lutter contre cette léthargie et retrouver une indépendance de pensée, comme de penser ? Probablement pas, car le mimétisme est un outil puissant et ravageur. C’est d’autant plus difficile que l’on n’est pas toujours soutenus ni par les familles qui nous considèrent parfois comme autant d’irresponsables lorsque l’on revendique des positions estimées à tort transverses (voire transgressives), ni même par les élèves qui ont souvent fini par intégrer cette absurde routine sans plus penser à s’en indigner.

Que ce corps de métier ait été comme tant d’autres, manipulé, conditionné ; sans doute. Mais il faut aussi compter avec une paresse intellectuelle qui est inexcusable, pour ne pas dire paradoxale, dans le monde de l’éducation. La sidération a bon dos, car c’est une émotion ponctuelle. On ne reste pas sidérés pendant deux années.

Il est temps de retirer définitivement les masques à ces jeunes (pour les plus petits, l’urgence est absolue et la maltraitance avérée), et ce indépendamment de la petite musique qui retentit depuis quelques jours et laisse entrevoir une recrudescence des cas.

En plus des conséquences si souvent évoquées d’un enseignement très dégradé avec des élèves que l’on ne reconnaît même pas sur le parking des établissements, tant on a imaginé à force de frustration, les visages, les mimiques, les fossettes dont on est privés, on est face à une angoisse émergente qui doit alerter : la peur, la honte d’être vu.

Retirer le masque devient, chez certains élèves, mais aussi chez certains enseignants, une inquiétude insurmontable comme le sont devenus les complexes que l’on entretient tous, un dévoilement dont on ne se sent tout simplement plus capables. Exposer ses traits devient indécent, impudique devant cet Autre si prompt à juger, cet Autre que l’on nous a présenté comme une menace. Le masque était l’exception, il est aujourd’hui devenu la règle.

Une étude britannique (https://cognitiveresearchjournal.springeropen.com/articles/10.1186/s41235-021-00351-9#Sec4) a même été relatée sur les ondes comme quoi elle suggérait que « nous étions plus beaux avec un masque chirurgical », notamment parce que le cerveau reconstitue un bas de visage aux proportions idéales.

« Idéal, lisse » sans doute ; sauf que ce visage avec ses imperfections, ses cicatrices, ses rides pour nous les plus âgés, ce visage marqué parfois, fatigué ou espiègle, bref ce miroir d’émotions, c’est le nôtre.

Et en cours, comme ailleurs, tout commence là. Il ne faudrait pas l’oublier et laisser définitivement derrière nous la tentation vertigineuse du : « Vivons heureux, vivons cachés. »

Karen Brandin

Enseignante
Docteure en Théorie Algébrique des Nombres

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas, qu’elles sont difficiles. »

Sénèque

En complément :




Jean-Michel Blanquer : une nouvelle vision de la remontada.

Par Karen Brandin

« Il faut probablement plus de mathématiques dans le tronc commun (…), mais je ne laisserai pas dire qu’il y a un déclin sur le sujet. »

Voici ce que déclarait en substance il y a quelques jours à peine le futur ex-ministre de l’Éducation nationale (« ex-ministre » ; quelques grammes d’espoir dans une tribune bien sombre) avant de renchérir, sans rosir :

« On est en train de renforcer les mathématiques. »

Emballement alors d’une majorité de médias dont l’indulgence étonne ou navre, qui ont cru percevoir dans ces propos une forme de mea-culpa, et ce quand bien même le gouvernement en place ne nous a guère accoutumés au cours de ces cinq dernières années à une forme, même atténuée, d’introspection.

Malheureusement, Mr Blanquer va devoir souffrir que le petit peuple remette en cause ses déclarations, car force est de constater (et de défendre) que nous sommes encore en démocratie, fût-elle vacillante selon l’expression désormais consacrée.

Ce que propose donc JMB, c’est tout au plus un pansement sur une jambe de bois. Certainement pas une refonte d’une réforme qui a non seulement détruit la qualité et la cohérence des enseignements scientifiques, mais qui est en outre venue corrompre durablement, en la dénaturant (nous y reviendrons), la relation entre l’élève et l’enseignant.

Difficile en réalité de comprendre en quoi consiste cet enseignement scientifique sinon, au travers de thèmes imposés, aux intitulés souvent ambitieux d’ailleurs, de proposer une sorte vernis aux allures de sciences qui de l’aveu même des enseignants et des élèves pour le coup très lucides, s’écaillera à la première occasion tant il est jugé « inutile. »

En première, comme en terminale, il s’agit d’un enseignement de 2 h hebdomadaires évalué dans le cadre du contrôle continu et affecté d’un coefficient 5 malgré tout (6 en 2023). Dans l’état actuel des choses, les mathématiques ne sont, en classe de première, pas du tout représentées et nombreux sont les cas où en terminale, les maths sont à ce jour (en février 2022 donc) les grandes absentes de cette « formation » au moins aussi artificielle donc que l’est l’imposture du tristement célèbre Grand Oral au cours duquel il s’agit de présenter en cinq minutes, à grand renfort de gesticulations et de regards pénétrés, un sujet que l’on ne maîtrise naturellement pas. Une épreuve d’éloquence à laquelle se soumettent si volontiers nos dirigeants avec le succès et le vocabulaire fleuri que l’on connaît.

L’idée lumineuse du ministre, une idée à peu de frais, serait donc d’imposer dès la classe de première dans ce fourre-tout scientifique, quelques notions de maths distribuées au gré du vent, histoire de faire illusion (R. Gori présente J.M. Blanquer présente d’ailleurs comme un marionnettiste). Sauf que personne n’est dupe.

Quant au député de l’Essonne, Cédric Villani, dont le silence devenait assourdissant, il a suggéré de faire passer cet enseignement à 3 voire 4 h par semaine, estimant que le pire de tout serait :

« de revenir aux anciennes sections, ces dernières ayant montré leur limite. »

En marche ou pas, je pense que l’on ne doit pas regarder dans la même direction…

Le plus cocasse, c’est que lorsque l’on s’est empressés de sonder les lycéens suite à ces annonces ou plutôt à « cette vraie/fausse prise de conscience », ces derniers ont rejeté en bloc cette proposition. La plupart d’entre eux ne souhaitant pas, et il fallait s’y attendre, le retour des maths sous quelque forme que ce soit, dans l’enseignement obligatoire.

Blanquer a pratiqué une incision sur un patient dont il ne soupçonnait pas qu’il était hémophile. Il a provoqué une hémorragie mathématique qu’il risque désormais d’être bien en peine de maîtriser. Il va pourtant falloir trouver rapidement le moyen de « stabiliser les constantes » du lycée.

Densifier les créneaux horaires d’enseignement scientifique pourrait en revanche avoir un avantage pratique ; celui de permettre de reclasser des profs de maths (on pense aussi au NSI — numérique et sciences informatiques — pour un prof de maths « couteau suisse »), dont l’auditoire naturel ne cesse de se clairsemer.

Que penser de la seconde affirmation, à savoir des maths qui auraient été renforcées par cette terrible réforme ?

Blanquer en veut pour preuve une constatation très simple, chiffrée : dans l’ancien bac S (scientifique donc), il y avait 6 h de maths obligatoires (coef. : 7) auxquelles on pouvait ajouter un enseignement de spécialité de 2 h (ce qui faisait passer les maths à un coef. 9 contre 6 pour la physique et 6 pour la SVT, en ce temps béni où l’on pouvait prétendre à une culture scientifique homogène). Le ministre nous rappelle que désormais, avec la spécialité maths (6 h) et les maths expertes (3 h), nous sommes à 9 h. CQFD. Circulez, il n’y a rien à voir.

Loin de nous l’ultime provocation, proche de la mauvaise foi reconnaissons-le, qui viserait à prétendre que 8>9 ; sauf que ce n’est pas si simple et que tout n’est pas affaire de comptabilité. Ce qu’oublie de dire le ministre c’est tout d’abord que si les maths dites abusivement « expertes » sont associées à un créneau de 3 h, c’est parce qu’elles doivent désormais compter avec un chapitre très lourd, celui des nombres complexes, autrefois enseigné en obligatoire (depuis 2013, l’ex-spé maths ne contenait que 2 thèmes : une initiation à l’arithmétique et une au calcul matriciel. Autrefois, il y avait en outre un complément géométrique sur les nombres complexes).

Pour appréhender au mieux la chute dramatique du niveau, c’est assez facile en réalité. Il suffit de se rendre sur le site de l’APMEP, d’ouvrir par exemple, la session, disons, 2017 et de comparer le degré d’exigence avec celui des épreuves de 2021 (qui ont eu lieu, on le rappelle, pour les élèves scolarisés dans les structures hors contrat). Les grands discours sont inutiles. Monsieur Blanquer, bien que féru de neurosciences, est un marchand de sommeil et nous payons à prix d’or des conditions d’apprentissage fortement dégradées. On rappelle qu’en spé maths, on doit parcourir entre septembre et mars, pas moins de huit thèmes allant des suites aux probas, en passant par le logarithme, les limites de fonctions, la continuité, la géométrie dans l’espace, etc.. On imagine dans quelles conditions de brutalité est dispensé ce gavage.

Ce qui est assez drôle (puisque c’est le règne des QCM dans la nouvelle version de l’épreuve en plus de l’exercice au choix ; on n’est jamais trop prudents quand on vise les 100 % de réussite), c’est que certaines consignes marquent en majuscules :

« AUCUNE JUSTIFICATION N’EST DEMANDÉE ».

Je rappelle que c’est une épreuve de maths et que l’on vous supplie presque de ne pas justifier vos réponses. Bravo, vraiment pour ce grand progrès !

Même au niveau strictement horaire, le compte n’y est clairement pas. Pour s’en convaincre, il faut regarder ce qui se passait du côté de la terminale ES (pour Économique et Sociale) où le nombre d’heures de maths hebdomadaires était de 4 (pour un coef. 5), voire 5 h 30 si le lycéen choisissait l’enseignement dit de spécialité. Si ces élèves se reportent sur les maths complémentaires, ce qui semble le plus naturel, ils n’ont désormais plus que 3 h de cours.

Quant au profil des élèves, dont la plupart sont en très grande difficulté même avec des outils tout à fait élémentaires, il est lui aussi sans comparaison lorsque l’on a, ne serait-ce que dix ans d’expérience et donc de recul.

Lorsqu’un terminale S prenait la décision de suivre la spécialité maths (jusqu’en 2020 donc), c’était une décision mûrement réfléchie et concertée, éventuellement lourde de conséquences, car cet enseignement estimé difficile, comptait pour un quart de la note lors de l’épreuve du bac (1 exercice sur 4). Il s’agissait donc de s’investir. Aujourd’hui, on retrouve en maths expertes des élèves parfois très faibles, souvent désengagés. La raison en est que la spécialité maths est associée à un coefficient 16 (c’est le cas des 2 spé que conserve l’élève en terminale) quand les maths expertes (comme les maths complémentaires d’ailleurs) ne pèsent rien, avec un coefficient de seulement… 2 !

Ce sont les élèves, donc les principaux intéressés, qui en parlent le mieux et ne reconnaissent pas tant un choix motivé par l’intérêt pour la matière, qu’un choix opportuniste pour un dossier plus présentable.

Parce que l’on baigne dans la société du paraître, on a tout intérêt à s’inscrire dans ces modules de maths ; le dossier est étoffé à moindre coût et sans aucun risque ou presque. On retrouve à l’échelle de l’école, la balance « bénéfices/risques. » N’oublions en outre que l’on ne passe plus le bac, mais « ParcourSup » au point que l’année scolaire semble pour certains s’arrêter fin mars.

Il faut interroger les élèves, une fois encore. C’est le discours prédominant, revendiqué même. Ils sont devenus les consommateurs que l’on a faits d’eux, souvent bien conscients que le client est roi. Il y a ceux, sincères, qui trop souvent se découragent devant la masse de travail et renoncent à ce module avant le 15 novembre (date fatidique) et les autres, qui assistent passivement, bon gré, mal gré, à un enseignement dont ils ignorent tout ou presque. Leur seule contribution étant de faire acte de présence, ce qui n’est déjà pas si mal, vous rétorquent-ils.

On nous avait pourtant vendu qu’avec cette réforme qui devait mettre fin à l’hégémonie de la section S, on aurait des élèves certes moins nombreux, mais motivés, impliqués puisqu’enfin acteurs de leur formation. On parlait de « pacte de confiance » où chacun pouvait faire un choix de spécialités en conscience, un choix libre et éclairé, qui lui permettrait de s’épanouir au mieux. Bref, on sortait d’un enseignement de masse pour un enseignement personnalisé. Le rêve.

Et sur le terrain, qu’en est-il ?

J’ai un exemple qui se reproduit depuis quelques semaines avec des élèves de première qui ont fait comme choix de spécialités soit le triplet : « maths+SES+SVT » ou bien « maths+HGGSP (géopolitique moralement)+SVT ». Pourquoi pas après tout ?

On se dit : voici des élèves qui hésitent entre un profil scientifique ou bien plus proche de l’économie, plus littéraire, disons (au sens large). Avec l’ancien système, le doute devait être levé en fin de seconde, donc ce serait plutôt une avancée avec une année de plus pour que les aptitudes ou centres d’intérêt se confirment ou pas.

Malheureusement, lorsque vous demandez à ces jeunes quelle spé ils vont abandonner en fin d’année, ils répondent d’une seule voie : « les maths ». Si bien que le couple retenu est soit : « SVT+ SES », soit « SVT+HGGSP ». Avec quelle motivation ? Une poursuite d’études bien précise ? Pas du tout ; seulement un souci de rentabilité.

On abandonne une spé (coef. 8) que l’on trouve difficile, qui demande trop de travail et on garde deux spé estimées plus rentables coef. 16 indépendamment du profil atypique qui en découle. Voici les choix par défaut auxquels conduit ce système et le diktat ParcourSup bien entendu.

À la manière du gouvernement, trop d’élèves évaluent puis gèrent désormais un risque, simplement d’une autre nature que pénal. Un autre effet pervers du système, corollaire inévitable de l’obsession de l’évaluation, est l’explosion de l’absentéisme pour éviter d’assister aux devoirs qui viendraient compromettre le sacro-saint dossier.

Que le lycée-Blanquer ne puisse plus jouer son rôle de tremplin, encore moins de caution vis-à-vis de l’enseignement supérieur, des structures privées, sorte de nouveau cabinet de conseils, l’ont bien compris (nous, on voulait McKinsey, mais trop cher et pas disponible. Oh, si l’on ne peut plus rire…).

Pour la modique somme de 20 euros (si non boursier), vos chères têtes blondes (ou pas) pourront passer en mars 2022 le TeSciA pour : Test Scientifique Avancé. Un bac privé en somme ; on en rêvait. Ce gouvernement « nounou » anticipe décidément tous nos désirs, réalise tous nos fantasmes, même indirectement. Ne vous laissez pas surprendre, le début de la vidéo fait penser à une convention obsèques, mais il n’en est rien, à moins bien sûr qu’il s’agisse de mettre en bière le lycée comme lieu d’instruction et d’égalité…

C’est intéressant de se pencher sur le champ lexical dans la petite bande-annonce de présentation, puisqu’est évoquée « une évaluation objective face à une épreuve exigeante. » À croire que ce n’est pas ce que garantit ce bac Blanquer… C’est bizarre.

La dernière partie de ce long billet a pour but d’alerter en appelant à une résistance active aussi bien les enseignants que les élèves, car comme il était suggéré en introduction, la réforme Blanquer ne s’est pas arrêtée à une destruction méthodique des savoirs. Elle a aussi, et c’est plus grave encore, perverti, dénaturé la relation prof/élève en la convertissant en une relation VRP/client particulièrement inquiétante en plus d’être dégradante pour les deux partis.

Je renvoie au dernier ouvrage du psychanalyste Roland Gori, « La fabrique de nos servitudes » (paru en janvier 2022 aux Liens qui Libèrent) qui associe J. M. Blanquer à un marionnettiste (pion lui-même d’un pauvre théâtre de Guignol si je puis me permettre…) dont l’obsession serait de transformer les élèves en profils biologiciels, que l’on commande à distance ; bref des élèves sous assistance, tenus, retenus par des fils numériques. Il nous alerte sur cette réduction de l’éducation à un strict apprentissage de compétences via l’irruption dans le cadre du lycée d’une forme de libéralisme autoritaire.

Je relais cet appel à une vigilance redoublée qui a eu un écho d’autant plus important qu’au moment où j’ai eu entre les mains le livre de R. Gori, je venais de finir « Mathematica » de David Bessis (éditions Seuil) qui pour le coup est une ode à la liberté de penser, une liberté décomplexée. Parce que la créativité, c’est aussi le terrain des maths, ne la mettons pas en jachère.

Le sociologue Michel Maffesoli anticipe une ère des soulèvements. Espérons qu’il ait vu juste et que l’on ne s’achemine pas au contraire vers une ère des consentements.

Dans « Mathématiques : entre état des lieux et état d’urgence », je m’étais inquiétée de cette dépendance constatée à l’immédiateté, ce vertige, cette angoisse du temps long, celui de la réflexion que les élèves ne tolèrent plus quand il est pourtant au cœur de l’enseignement des maths notamment. Cette capacité à errer tout simplement, à explorer des pistes, à revenir sur ses pas, est une nécessité, un passage obligé pour que l’on puisse réellement parler de formation. Or nous avons désormais des élèves qui sont en demande de méthodes prêtes à consommer, de contentions intellectuelles toujours plus fortes, comme autant de corsets qui les rassurent alors qu’ils brident cette imagination qui est pourtant leur principale richesse en plus d’être la garantie d’une indépendance de pensée.

Dans cette frénésie d’une réponse dans l’instant, cette addiction à la vitesse doublée d’une forme de paresse, on les voit se réfugier dans des outils numériques tels que photomaths qui résout vos problèmes plus vite que votre ombre. Ils ont oublié cette phrase attribuée à Confucius : « Mieux vaut enseigner l’art de pêcher que d’offrir un poisson. »

On est en train de faire de ces esprits jeunes qui malheureusement sont des victimes trop largement consentantes, ces esprits vifs par essence, normalement intrépides et audacieux, parfois même arrogants, des vieillards de la pensée, frileux avant l’âge et c’est impardonnable.

Trop souvent en cours alors que l’on est face à des intelligences on ne peut plus naturelles puisque biologiques, profondément humaines, on a le sentiment glaçant de faire du « deep learning » comme on dit ; à savoir de développer une intelligence artificielle (au sens : faîte d’artifices), un apprentissage par reconnaissance d’images ou de consignes, raisonnements en trompe-l’œil plus proches du conditionnement ou du simple réflexe que la compréhension véritable.

Il faut leur redonner (et il nous faut retrouver par la même occasion) le goût de l’esprit critique et avec lui, celui du danger, du risque, sans quoi on va voir émerger et s’installer une société peureuse, moutonnière et donc corvéable à merci. Dans « L’enseignement de l’ignorance », J. C. Michéa, avec le secours de Debord, avait anticipé cette triste évolution.

Loin des masques FFP2, des rendez-vous feutrés dans les cabinets ministériels entre velours et dorure, loin des blessures d’amour-propre, le corps enseignant doit de toute urgence libérer la parole comme les visages et faire bloc, dans la rue ou ailleurs, pour défendre l’essence même de ce métier. Déléguer, c’est renoncer. C’est aussi se dépouiller.

Pour finir, une dédicace à Jean-Michel Blanquer (que je remercie pourtant d’avoir laissé autant que possible les écoles ouvertes) avant de le laisser voguer vers d’autres horizons : « Il y a des gens qui augmentent votre solitude rien que par leur présence. » (Sacha Guitry)

Karen Brandin

PS : L’image en illustration est extraite de « Super pédago ; la ruine de l’école a son super héros ! » (aux éditions SOS Education)

Références et lectures complémentaires :

1— Oraison funèbre de la classe de philosophie — Harold Bernat (aux Atlantiques Déchaînés)

2— Mathematica – David Bessis (Seuil)

3— http://images.math.cnrs.fr/Lycee-les-maths-en-soins-palliatifs.html

4— https://www.instruire.fr/actualites/lettre-ouverte-a-cedric-villani.html

5— https://nouveau-monde.ca/mathematiques-et-enseignement-entre-etat-des-lieux-et-etat-durgence/)

6— https://reaction19.fr/droit-de-pensee/art-denseigner/karen-brandin/210621-profs-parents-eleves-unissez-vous-prof-karen-brandi/

7— La fabrique de nos servitudes – Roland Gori (Les Liens qui Libèrent)

8— L’enseignement de l’ignorance – Jean-Claude Michéa ( Climats)




Démocratie, fin de partie

Par Karen Brandin

Notes de lecture autour de l’ouvrage : « Adieu la liberté » de Mathieu Slama (éditions : La Cité)

On pourrait se dire qu’il s’agit là d’un essai bien ingrat finalement tant il ne semble pas tenir compte du fait notable qu’à partir du 16/02/2022, les citoyens responsables auront de nouveau la possibilité de consommer debout le petit coup de « pression » par exemple, si cher à notre ministre de l’Intérieur (et ce, sans condition de stature, notez bien).

Comment ne pas sentir alors sur notre nuque, la promesse de cette brise de liberté, la brise après « la vague » ou la chronique maritime sans fin d’une balade au bord d’une mer noire de mensonges ?

À l’annonce de mesures d’une telle audace quand le virus est pourtant le maître du temps, on se serait attendu à un « hourra » général et ému de la part d’une population en transe, pétrie de reconnaissance. Finalement, l’accueil, l’enthousiasme ont été timides, pudiques presque. Heureusement, sur les ondes le 24 janvier, France-Info d’un ton guilleret annonçait l’arrivée (je cite) « d’un petit nouveau » : le pass vaccinal comme on annoncerait l’arrivée du Beaujolais (après le pass culture, le pass dégustation et à Bordeaux d’ici quelques jours, le pass Braderie pour 3 euros ; bref, le pass… partout !).

Avec un registre sémantique tout aussi surprenant, nous apprendrons quelques minutes plus tard d’une intervenante que les Français auront jusqu’au 15 février pour « régulariser » leur situation. Fin des soldes vaccinales ensuite, faute de stock. En attendant, tout doit disparaître ; qu’on se le dise. Rappelons-nous de cette phrase du gouvernement :

« Nous voulons protéger les Français, même contre eux-mêmes. »

Frissons garantis face à cette mise sous tutelle qui ne se cache même plus.

Humour mis à part, l’intention annoncée par Mathieu Slama en écrivant ce texte était de nous soulager et c’est une complète réussite. Cet essai, à lire sans modération, est écrit sans concession. Il est lucide, sobre et donc parfois sombre, mais comme l’est la période que nous tentons de traverser. Ni plus ni moins.

Il nous donne à entrevoir le cheminement qui a pu nous conduire à cet état d’acceptation, de passivité parfois ; de résignation, trop souvent. Il nous emmène aux origines du mal, à ce besoin toujours renouvelé de contentions, ce goût pour l’État-nounou, l’État-care [« Care » en anglais = « Soin »]. Nous le peuple revendiqué des « Lumières » ; un peuple si facile à aveugler finalement.

Rousseau disait : « On vit tranquille aussi dans les cachots ; en est-ce assez pour s’y trouver bien ? »

Apparemment oui. C’est l’histoire d’une déshumanisation ordinaire, aussi progressive qu’inéluctable si l’on ne sort pas rapidement de ce coma émotionnel.

Comme l’explique précisément l’auteur, nous étions prédisposés à accepter une politique disciplinaire avec cette nouvelle, mais envahissante obsession du » coaching » ou l’imposture du développement personnel à tout prix, démasquée par Julia de Funès par exemple.

Alors que nous avons à bien des égards failli durant cette période, nous enseignants de tous horizons, aurions dû anticiper ce glissement. Depuis quelques années, on sent chez les lycéens, les étudiants un vertige, une résistance, lorsque l’on souhaite les guider vers une autonomie de penser et d’agir ; bref, lorsque l’on souhaite créer les conditions d’une émancipation

À un âge où tout est possible, nos élèves sont demandeurs de protocoles, de rédaction type et sont saisis de terreur lorsqu’on les encourage à emprunter des chemins de traverse pour construire leur propre cheminement de réflexion. Ils ne souhaitent plus créer, s’aventurer, s’égarer, ni même raisonner, mais seulement reproduire. Par manque de confiance en eux bien sûr ; par paresse aussi ou lassitude. En ce sens, nous avons collectivement manqué de vigilance et de responsabilité souvent par confort ; à moins que ce ne soit par vanité. Reste que c’est collectivement que nous devons refuser d’être le relais d’un quelconque conditionnement. 

Concernant les plus petits, deux ans plus tard, il y a désormais pour les parents et plus que jamais la nécessité d’une désobéissance aussi civile que solidaire, car elle est devenue un devoir pour les préserver.

Les enfants, les jeunes sont finalement les seuls absents de cet ouvrage pourtant très dense ; on aura donc tout intérêt à lire en complément une parution tout aussi récente des docteurs Nicole et Gérard Delépine : « Les enfants sacrifiés du Covid » (paru chez Fauves)

https://www.fauves-editions.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=72231

qui propose une étude exhaustive, très soignée, rigoureuse et profondément humaine de l’impact de cette crise sur la jeunesse ; sur l’avenir donc. Des enfants offerts en sacrifice sur l’autel de nos peurs, pour lesquels on se devait pourtant d’être un havre de sécurité et de protection et qui ont finalement été les dépositaires de nos angoisses en plus d’en être les témoins.

J’ai sans doute un seul point, non pas de divergence, mais d’appréhension, car Mathieu Slama, qui s’appuie volontiers sur les écrits de Deleuze et de Foucault, évoque longuement la biopolitique, l’éloge ou la défense de la vie nue.

On aurait presque de ce fait le sentiment que la crise a été gérée de manière rationnelle et/ou scientifique quand il est rigoureusement impossible de se draper derrière ce paravent. Non, il n’y a pas selon moi de loi mathématique du virus (p141). Si la gestion a été, ne serait-ce qu’une fois scientifique, que la honte s’abatte sur nous, coutumiers des sciences dures.

Ce concept finalement d’une vie dépouillée d’affects, régie par des capteurs, des constantes à surveiller, des seuils à contrôler pouvait se défendre après tout. On peut aussi imaginer une médecine réduite au contrôle strictement numérique d’un équilibre physico-chimique type « acide-base ». Une médecine « objective » par opposition (alors qu’elles sont complémentaires) à une médecine sensible, de terrain ; celle du regard, de l’écoute, bref de l’examen clinique et du patient appréhendé dans sa globalité. Cette médecine, art médical avant tout, qui ne tourne le dos ni à l’empathie ni au serment d’Hippocrate.

Mais à aucun moment durant cette gestion calamiteuse et tâtonnante, il n’a été question de préserver la vie même bassement organique sans quoi comment expliquer le refus autoritaire des traitements précoces, l’oxygénothérapie en ambulatoire, le traitement terrible réservé aux personnes âgées dont la fin de vie a été parfois précipitée (on pense aux injections de Rivotril), le refus buté d’autoriser des vaccins non ARNm ? Même la vie nue, celle dans sa plus simple expression donc, n’aura pas été épargnée.

Ce que l’on a vu en revanche, c’est une vénération quasi mystique des journalistes, des éditorialistes et autres politiques, pour une science [ou plus exactement un « scientisme »] érigée au rang de religion, avec des médecins de plateau télé rien de moins qu’en pâmoison, recevant bien volontiers ces bouffées délirantes d’adoration.

Nous avons croulé sous les formulations absurdes : « je crois en la science ; je suis pour le vaccin. » Ou encore : « vous ne trouvez pas formidable qu’un vaccin ait été conçu en quelques mois. » Une fascination complètement irrationnelle qui confond, assimile, innovation et progrès.

Ce à quoi l’on a assisté, c’est au naufrage de l’esprit critique, mais aussi de la démarche scientifique avec un vaccin non immunisant dont on a changé les conditions de conservation, la durée entre deux doses ; dont on a prétendu une efficacité décuplée si l’on couplait Pfizer/Moderna avant de se raviser. Quant à la détermination de doses pédiatriques, elle n’a jamais été clairement justifiée, tout ceci avec comme point d’orgue cette notion éthiquement inacceptable de « vaccination altruiste ».

Ce que l’on a entendu, ce sont des phrases absurdes dont on n’a d’autres choix que d’en sourire pour ne plus en avoir honte :

« Tous vaccinés, tous (infectés ; non, on blague) protégés ».

« Ce variant est certes beaucoup plus dangereux, mais nettement moins sévère que ses prédécesseurs »

(le message était-il subliminal ? Le Premier ministre évoquait-il le président en exercice ? Nul ne le sait)

« Le virus circule moins vite, mais plus rapidement. »

Alors bien sûr, on connaît le concept de croissance ralentie associée à une fonction concave et croissante, mais cela reste malgré tout difficile de tirer le soldat Véran de ce marais d’approximations.

Les ministres se sont bien sûr quotidiennement ou presque, relayés tous autour d’une même idée devenue mantra et qui semble avoir leur préférence : « on apprend en marchant » croyant ainsi justifier leurs errements. Si tel est le cas, on ne peut que les encourager à se mettre d’urgence à la randonnée et surtout à changer de GPS, un GPS [actuellement] paramétré par les soins des grands laboratoires pharmaceutiques visiblement.

Parce qu’il y a beaucoup à dire et à comprendre, on ressort apaisés d’« Adieu la liberté » ; on en sort un peu plus libres aussi ou tout au moins, « libérés » et pour cela, merci infiniment à l’auteur. La mission cathartique de cet ouvrage est largement remplie. Ces pages sont en outre soutenues par une très belle plume, ce qui ne gâche rien. Acérée parfois, mais toujours juste.

En complément, ne pas hésiter à lire « Faire face : le visage de la crise sanitaire » (aux éditions Point de Bascule 2021) de Martin Steffens et Pierre Dulau et, pour les enseignants notamment, à se replonger dans l’écrit visionnaire de Michéa : « L’enseignement de l’ignorance » (aux éditions Climats).

Karen Brandin




Appel à la mobilisation des philosophes et sociologues

Par Karen Brandin

Cette tribune est issue d’un courrier initialement destiné à la philosophe Barbara Stiegler et au sociologue, Laurent Mucchielli. Qu’ils soient très sincèrement remerciés pour leur écoute et leur attention.

En cette période troublée où il s’agit plus que jamais de faire société, je n’ai pas de mots, seulement des maux, pour décrire la déception immense qu’engendre l’inertie d’une majorité du corps enseignant et/ou universitaire et plus particulièrement du sous-corps des mathématiciens, garants pourtant du bon sens, de la rigueur, de la pondération ; de la logique aussi.

En d’autres temps, plus sombres encore, nous avons pourtant connu et admiré des mathématiciens engagés, combatifs (Poincaré, Grothendieck, Audin, Cartier…) qui ont su faire preuve de courage et défendre leurs convictions en dehors d’un cercle strictement confraternel. On pense notamment à l’intervention d’Henri Poincaré dans l’affaire Dreyfus à titre d’exemple.

Lavoisier avait tort finalement : tout se perd, rien ne se crée vraiment, mais tout au plus se transforme. Ou plutôt, se pervertit.

Nous avons décidément fait trop souvent et trop longtemps le choix confortable, mais pleutre, lâche, de briller par notre absence. Un silence qu’il est trop facile d’associer à de la sagesse ou de la prudence. Car c’est bel et bien l’indifférence qui nous guette.

Où étiez-vous Monsieur Villani, député de l’Essonne, médaille Fields 2010, lorsqu’il s’agissait de défendre nos droits fondamentaux en vous positionnant contre ce projet inique de passe vaccinal ? Vos concitoyens ont-ils moins de valeur à vos yeux que le destin, certes tragique, des poules en batterie ou l’avenir de la chasse à courre contre laquelle vous vous êtes fermement engagé ?

En tant qu’intellectuels, en tant que scientifiques, spécialistes des sciences dures et pourtant si humaines, on se devait de jouer un rôle majeur en dénonçant les manipulations honteuses dont nous sommes victimes depuis deux ans.

Celles, grossières, voire grotesques, des chiffres bien entendu, mais pas seulement.

Celles aussi, « rhétoriques » ou « sémantiques », à visée d’abrutissement des masses pour cause de sidération. On pense notamment au mot « pédagogie » alors que le peuple français n’est pas un peuple d’enfants ; à la confusion entre « cas » et « malades » et à la notion de « vaccin » pour qualifier une injection non immunisante (on commence d’ailleurs à amorcer prudemment une conversion : le vaccin ne serait plus un vaccin, mais plutôt un traitement pour essayer de rendre légitime son efficacité si éphémère).

Presque plus grave selon moi, nous entendons chaque jour différents ministres se relayer comme un seul homme, dont Jean-Michel Blanquer pour ne citer que lui, pour se féliciter d’avoir incité les jeunes (ou les moins jeunes) à se faire vacciner au travers de phrases « choc » : « Les élèves non vaccinés seront évincés », ou encore « Si vous aimez la liberté, vous aimez le vaccin ».

Comment ne pas penser à cette citation de Chomsky :

« La propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l’État totalitaire. »

Car il n’a jamais s’agit d’une quelconque incitation, mais bel et bien d’une extorsion de consentement dont il est indécent de se réjouir dans un état de droit.

Autant d’impropriétés qui sèment la confusion et font le lit de l’outrance. En 2022, on fait décidément l’éloge funèbre de la nuance et de la pondération.

Puisque l’indifférence des mathématiciens tout au long de cette crise hystérique, mais qui menace de devenir historique, m’accable, je me tourne bien volontiers vers vous, les philosophes, garants de la Cité, suite notamment à la dernière intervention d’Emmanuel Macron.

Parce que vous formez (je pense à Barbara Stiegler, Harold Bernat, René Chiche, Nathan Devers, François-Xavier Bellamy et certains sociologues comme Laurent Mucchielli), un noyau dur de vigilance, mettez, si vous le pouvez, si vous le souhaitez, votre talent d’écriture, votre notoriété aussi au service d’une population moins armée que vous, notamment pour atteindre les médias conventionnels, officiels.

Démasquez par les mots, une arme à la fois légitime, légale et pourtant redoutable, au travers d’une tribune commune par exemple, ce président prétendu philosophe, adepte du « qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse » cher à Musset. Il est désormais urgent de mettre fin à cette imposture.

Nous, citoyens lambda, sommes soûlés justement, ivres jusqu’à la nausée de ces sorties permanentes d’une violence inouïe, qu’il n’est plus possible de mettre sur le compte de la maladresse, ni même d’une arrogance mal contenue dont on finit par se demander si elle ne relève pas de la psychiatrie. Quant aux soi-disant références historiques (Pompidou), elles ne sauraient tout justifier. Avec cette phrase terrible : « un irresponsable n’est plus un citoyen », E. Macron a franchi une ligne devenue écarlate à force d’être rouge.

Il s’agit de le rappeler au sens de mots qu’il comprend décidément mal.

Pour que ce terrible quinquennat n’ait pas eu lieu en vain et pour donner du sens, de la texture à ce que nous avons dû endurer, ayez cette générosité dont il est incapable et donnez-lui s’il vous plaît, le premier cours de philosophie politique et morale de sa vie. Il en a grand besoin.

J’appelle de mes vœux que ce projet d’écriture commune fasse son chemin. Ce serait une réelle chance pour nous tous que nous soyons « quelque chose » ou « rien » ; citoyens responsables ou pas !

Il faut sauver les « gens » et pas seulement nos élèves et étudiants de cette addiction aux phrases brutales, aux slogans, aux raccourcis, aux interjections et leur donner à lire (et donc à penser) un texte construit et argumenté pour les convaincre que l’esprit critique, menacé d’extinction, est une chance. C’est un droit et un devoir.

Pourtant, cette réaction saine, consubstantielle à la démocratie, est désormais assimilée à du complotisme.

Il faut rappeler, défendre que la démarche de réflexion, fût-elle exigeante, est indispensable pour conserver une autonomie de pensée. Que l’on ne peut pas, que l’on ne doit pas se contenter d’un : « Macron, nous aussi on t’emmerde », car c’est ce qu’il attendait bien sûr. À savoir que les gueux prennent la parole dans le seul registre de langage qu’ils comprennent ou maîtrisent : la vulgarité, la trivialité.

À vous, et nous avec vous, de lui donner une vraie leçon de vie, qui soit tout sauf anonyme, car cet enfant capricieux a son talon d’Achille : un ego démesuré.

Je ne reviens pas sur les propos de Gabriel Attal qui ont suivi ceux du chef de l’État et dont l’ignominie m’a durablement choquée ; ce jeune homme de 33 ans est terrifiant d’indécence, d’arrogance. On dit que la valeur n’attend pas le nombre des années ; la brutalité, non plus.

Enfin, qu’Emmanuel Macron ait utilisé vendredi dernier les soignants comme bouclier, comme caution finalement pour justifier ses propos inqualifiables aurait dû créer une réaction forte dans ce corps de métier agonisant et depuis si longtemps malmené, maltraité « en même temps »😉 que constamment instrumentalisé. Je l’appelle donc lui aussi à réagir d’une seule voix, celle du serment d’Hippocrate.

On retrouve là encore les stigmates un chef d’État immature, qui se cache à l’envi derrière les jupes des commerçants ou les blouses des infirmières. Il répète souvent aux Français : « Je ne peux rien contre vos complexes. »

Et bien, il se trompe. Il peut faire quelque chose : « partir », car c’est bien de lui et de son gouvernement dont nous avons légitimement honte.

« Sachons être suspect. C’est le signe aujourd’hui d’un esprit libre et indépendant, surtout en milieu intellectuel » disait Julien Freund.

Comme des millions de personnes, je compte donc sur vous et sur le poids des idées et des mots… Et si certains sénateurs ou députés devaient croiser la route de cette tribune, j’espère qu’elle les convaincra, au moins en partie, que nous sommes un peu plus qu’une frange capricieuse et illettrée de la population.

D’avance, merci.

Karen Brandin
Enseignante
Docteur en théorie algébrique des nombres

« Le peuple a perdu la confiance du gouvernement. Ne serait-il pas plus simple alors de dissoudre le peuple et d’en élire un autre. »

B. Brecht

ps : Je remercie chaleureusement Benoît Brandin, agrégé de philosophie, pour sa relecture attentive.




Lettre ouverte à Cédric Villani (médaille Fields 2010, député de l’Essonne)

Par Karen Brandin

Cher Cédric Villani,

Lors de la sortie en Novembre 2013 du film d’Olivier Peyon au titre tristement prédestiné : « Comment j’ai détesté les maths », j’avais eu l’occasion comme tant d’autres passeurs anonymes de cette fascinante discipline, d’échanger avec vous par mails.

Vous étiez dans « votre première vie » si l’on peut dire ; celle que je comprenais mieux sans doute, celle loin de la politique en tous cas. Nous avons tous gardé en mémoire quel ambassadeur des mathématiques passionné et passionnant vous étiez alors. Sous votre impulsion, votre égide, les maths allait enfin avoir, en plein cœur de Paris, leur “maison” : la maison Poincaré (http://www.maison-poincare.fr/).

Nous avions naturellement un espoir ravivé, presque enfantin, que cette discipline trouverait grâce à vous notamment, toute sa place dans l’éducation ou plutôt, retrouverait un rayonnement terni, en particulier dans le cadre du lycée puisque tout commence là : la confiance, les vocations bien sûr, le goût du doute, celui de la découverte, des débats enflammés mais toujours constructifs et surtout l’émergence de la pensée critique. Celle qui rend libre et qui nous fait si cruellement défaut aujourd’hui.

Depuis lors, nous avons malheureusement essuyé de bien lourdes désillusions avec la réforme Blanquer, une réforme de déconstruction, de désinstruction massive aussi, qui a littéralement détruit la possibilité d’enseigner dignement cette discipline dans le cadre du secondaire. On pourra toujours nous rétorquer que cette réforme, c’est « pour le pays, c’est pour la magie, » ce sont bien des larmes que l’on a dans les yeux, pas des paillettes.

Ce faisant, parce que le savoir fonctionne par ricochet, c’est la qualité de l’enseignement supérieur que l’on a pris le risque d’hypothéquer et ce, à très court terme. Avec lui, par voie de conséquence, la réputation d’excellence des chercheurs français. Il y a à peine quelques mois, un dirigeant de Thalès impliqué dans des problèmes de cybersécurité, se félicitait sur les ondes de France-Info de la qualité des mathématiciens en cryptographie (une branche de la théorie algébrique des nombres) que lui fournissait l’université française. Il se pourrait que cette source de créativité se tarisse rapidement et que la compétitivité de la France ait à en pâtir. Certains grands groupes d’écoles d’ingénieurs, sans doute conscients que le lycée n’était plus en capacité de jouer son rôle de tremplin, ont décidé de renoncer à organiser des concours assez exigeants de recrutement en privilégiant désormais les “examens” oraux éventuellement en visio (on pense à Advance notamment), quand il ne s’agit pas de simple entretiens de motivation.

Est-il utile de rappeler que cette discipline est désormais optionnelle au sens où de jeunes gens de 16 ans à peine peuvent prendre la décision, certes libre mais probablement peu éclairée, d’interrompre leur formation à l’issue de la classe de seconde ?

Les maths, loin de renouer avec un quelconque rayonnement et auxquelles l’on reproche si injustement d’être élitistes en oubliant que tout ce qui vaut la peine est difficile (les maths sans aucun doute, mais comme le reste), connaissent au contraire et ce, dans un mutisme assourdissant, le destin tragique des langues mortes. Elles pourtant si vivantes, si foisonnantes.

« Théorème vivant »(7), c’est bien le titre de l’un de vos ouvrages ?

On nous a vanté les mérites d’une réforme qui devait permettre de sélectionner les vrais esprits scientifiques comme on dit, tout en mettant fin à l’hégémonie supposée de la section S et la rancœur que cette situation générait. Finalement, les élèves dont les aptitudes en maths sont les plus prometteuses, ceux qui ont besoin et envie de comprendre, se détournent de cet enseignement proche du “gavage” dont ils sortent écœurés et ce sont les élèves les plus dociles, souvent les plus indifférents aussi, ceux aussi qui vont accepter d’ingurgiter une masse de connaissances sans passion et sans haine, qui résistent le mieux à cette maltraitance.

A la question : « Vous m’apprendrez par cœur l’annuaire », on devait privilégier les élèves qui répondraient : « Pour quoi faire ? » ; on conserve au contraire les élèves qui nous disent : « C’est pour quand ? »

De manière plus triviale encore, le problème majeur facile anticipé pourtant, qu’a engendré la disparition des sections est que se retrouvent soumis à un même enseignement dont l’exigence et l’ambition sont réels, des profils très/trop hétérogènes. Il y a des élèves qui auraient été à l’aise dans un enseignement de première ES et se retrouvent noyés en spé maths dont la sensibilité est plus proche de l’ancienne section S. Cela conduit fatalement à un fort nivellement du niveau par le bas pour essayer tant bien que mal, de mener tout le monde au port. Alors bien sûr, à peine déposés sur le quai, un seul cri rassemble ces jeunes : « courage, fuyons ! ».

Il serait trop long de revenir sur l’imposture de l’option si improprement nommée : « maths complémentaires », plébiscitée au départ par les élèves comme un compromis acceptable avant, depuis, un rejet massif pour « tromperie. » Ces derniers imaginaient sans doute être confrontés à des notions très élémentaires de probabilités ou de statistiques quand il s’agit en réalité d’un programme ambitieux visant à donner des bases pour faire de la physique dans des conditions réalistes tout simplement. Car avec cette réforme absurde, il est désormais impossible de conserver le triptyque : maths, physique, SVT. Il faut désormais choisir deux spécialités seulement. Sauf que choisir, c’est renoncer … à 17 ans.

Quant aux maths dites expertes, ces dernières n’étant pas sanctionnées par un examen de fin d’année contrairement à l’ancienne spé maths dans la feue terminale S, on retrouve dans cet enseignement des élèves parfois très faibles, tellement dépassés qu’ils ne sont pas en mesure de tirer un quelconque bénéfice de ce qui devait être un complément de formation. Je ne reviens pas sur l’absurdité d’avoir extrait du tronc commun le chapitre sur les nombres complexes.

Si l’erreur est humaine, persévérer est diabolique dit-on. Les conséquences de cette désastreuse réforme n’ayant pas tardé à se faire sentir, il fallait l’abroger et revenir dans un premier temps, en arrière. Si l’on souhaitait rétablir des sections d’excellence avec un enseignement de qualité et des profils marqués mais équilibrés, peut-être fallait-il simplement renouer en terminale et donc à l’issue d’une première S, avec les sections C, D et E d’autrefois (une époque que je n’ai pas connue malheureusement, la qualité de l’enseignement ayant commencé à se dégrader il y a une trentaine d’année. On assiste là juste à l’estocade finale.).

« Comment je vais finir par détester les maths ? », ce n’est pas encore une question qui s’impose à nous, enseignants de toutes origines mais détester la manière dont on est contraints de les transmettre : assurément.

À savoir dans une urgence qui est incompatible avec la notion même d’éthique pourtant au cœur de ce métier, comme de tant d’autres. Les maths sont une discipline du temps long ; même si l’on est dans une période où l’on n’en finit pas de s’arranger avec les faits, il faudra faire avec celui-là. Les notions demandent une maturation pour être pleinement assimilées. Est-il utile de rappeler cette citation pleine de sagesse d’Einstein :

“Un étudiant n’est pas un conteneur que vous devez remplir mais une torche que vous devez allumer.”

Cette réforme nous prive de combustible.

Pour « être en marche » comme le souhaite décidément cette société frénétique, addict à l’agitation et allergique à la réflexion, au mûrissement des idées, il faut savoir se pauser parfois et se donner le temps d’oublier pour mieux apprendre.

Je vous demande donc de prendre en compte ce cri d’alarme et d’alerte ; c’est tout à la fois un appel confraternel au mathématicien doublé d’un appel politique au député.

Il y a quelques jours, un communiqué conjoint de la SMF et de l’APMEP(1) est revenu sur les dérives de l’enseignement des mathématiques en France ; ce dernier fait suite à quelques articles dans le Canard Enchaîné, la Croix(2) ou encore Libération(3) qui se sont faits l’écho de cette agonie programmée. C’était hier au tour d’Europe 1(4) de s’inquiéter de la chute vertigineuse du niveau dans cette discipline.

Je crois savoir que l’APMEP projette de saisir les parlementaires autour des difficultés que génère et amplifie cette réforme absurde, notamment cette échéance intenable de l’épreuve de spécialité prévue au mois de Mars. Je me permets donc de vous demander de considérer très sérieusement les requêtes qui seront exprimées à cette occasion.

Programmer une épreuve en mars sur moralement les 2/3 du programme à un effet doublement pervers : cela oblige les profs à parcourir au pas de course, sans aucun temps de respiration, des notions parfois délicates, privilégiant le conditionnement, le réflexe au raisonnement argumenté si bien ce sont ces élèves exaspérés, débarrassés de l’échéance fatidique -pour ne pas dire, du diktat – de Parcoursup, que comme l’an passé, on ne parviendra plus à motiver pour achever le programme estimant par là-même que le calcul intégral, pour ne citer que lui, constitue un pan des maths… secondaire. On appréciera.

Vous devez être pour le corps enseignant en mathématiques, et ce d’où qu’il vienne, un interlocuteur privilégié et fiable.

On ne demande rien de démesuré ou d’impossible ; nous souhaitons simplement pouvoir transmettre aux jeunes générations dans un temps et des conditions acceptables ce que l’on a reçu : une éducation digne et un cursus scientifique équilibré et stable. Bref, de quoi participer à la construction de citoyens autonomes et clairvoyants, capables de développer des outils d’auto-défense intellectuelle.

C’est un devoir. Vous avez je crois dans votre cursus, bénéficié d’interlocuteurs de qualité, de professeurs investis et curieux qui, avec la géométrie du triangle pour ne citer qu’elle, ont su vous émerveiller et aiguiser votre soif d’apprendre, de comprendre. Vous avez souvent évoqué cette influence. Ces conditions optimales d’apprentissage doivent être préservées, défendues.

Nous connaissons votre admiration pour les travaux et la personnalité engagée d’Henri Poincaré. On ne peut que le rejoindre lorsqu’il disait :

“On fait de la Science avec des faits comme une maison avec des pierres ; mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison.”

Nous sommes en train de trahir cette pensée tout simplement ; les programmes de première et de terminale ne sont plus qu’une accumulation de chapitres parcourus sans cohérence souvent, à grand renfort de séquences, de compétences à acquérir, avec une unique obsession : « être dans les temps, quoi qu’il en coûte » et ce n’est pas acceptable.

Nous, enseignants, avons prononcé, en silence seulement, notre « serment d’Hippocrate » et souhaitons le respecter.

C’est collectivement, c’est-à-dire toutes disciplines confondues car si « elles ne mourront pas toutes, toutes seront frappées, » que nous devons réagir. Il ne faut jamais perdre de vue que ces jeunes gens que l’on forme si vite, si mal, sont les profs, les chercheurs, les ingénieurs de demain.

Aux futurs ministres de l’Éducation ainsi que de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, nous disons : « A bon entendeur, salut » avec en prime le même avertissement que celui que l’on peut lire sur les voies ferrées à propos des trains : « une crise peut en cacher une autre… »

En vous remerciant de votre attention.

Bien Sincèrement

Karen Brandin
Enseignante en structure hors contrat
Docteur en Théorie Algébrique des Nombres

PS : On pourra lire en complément :




Mathématiques et Enseignement : entre état des lieux et état d’urgence

Par Karen Brandin

Quel que soit le chemin qui nous aura finalement conduit un jour à nous présenter devant un parterre d’élèves avec l’envie, l’espoir, le devoir, la responsabilité toujours de transmettre de manière motivée et loyale un peu de mathématiques, nous avons tous à un moment emprunté de manière joyeuse souvent, douloureuse parfois, celui escarpé de l’algèbre. On a alors forcément croisé la route de la notion de groupe tout d’abord ; un enfant terrible, un peu insaisissable, à l’origine d’une théorie aussi difficile que riche, et qu’étudiante je trouvais redoutable parce « qu’instable ».

Dans un groupe, on se rassemble bien sûr par « caractères », par « classes d’équivalence », mais tout en gardant son identité et une certaine indépendance aussi. Il peut donc y avoir des tensions, car après tout, il n’y a qu’une loi interne pour régir l’ensemble.

Quand nous avons ensuite abordé la notion d’anneaux, je me souviens avoir été soulagée. On avait rigidifié le cadre ; c’était un peu comme si l’on avait ajouté un angle à une figure et avec lui, la possibilité nouvelle de se réfugier en cas de menace. Avec l’anneau, qu’il soit factoriel, principal ou noethérien, on devinait les prémisses d’une structure « idéale. »

Sont ensuite venus, dans cette maladroite esquisse d’une hiérarchie algébrique aussi partielle qu’imparfaite, les corps. De nombres ou de fonctions, on pouvait les étendre, les décomposer, mais dans tous les cas, on avait à faire à une structure stable, fiable, sur laquelle on pouvait s’appuyer ; une structure garante d’une certaine homogénéité.

Si j’évoque en préambule ces notions si peu présentes au lycée ou alors seulement en filigrane, c’est parce que l’on parle bel et bien du « Corps enseignant », du « Corps professoral » et que cela suggère peut-être qu’il est plus que temps de renouer avec la volonté, le courage, mais aussi une forme de solidarité intra et interdisciplinaire. Car en plus de masquer durablement les visages, les sourires et les expressions, la crise dite sanitaire, désormais suivie d’une vigilance du même nom, camoufle une entreprise de destruction massive contre laquelle il est urgent de se dresser : celle de l’éducation.

En conséquence, si l’on comprend difficilement ce qui pourrait justifier la prolongation d’un état d’urgence sanitaire, on souscrit en revanche sans réserve à un état d’urgence de l’école comme de l’hôpital, deux zones désormais sinistrées.

On nous avait prévenus : « Nous sommes en guerre, en guerre contre un ennemi invisible. » Cette guerre des mots, des idées, de la parole libre et éclairée brutalise les Corps forcément, menace de les disloquer.

Voici donc un nouvel appel à une résistance active, un appel à « faire corps » pour « faire sens » puisqu’il est urgent de protéger une discipline qu’à force de regarder agoniser, on va finir pour mettre en bière, mais cette fois sans l’humour et le talent tant regretté du groupe Bourbaki au moment de la publication de leur inoubliable faire-part de décès. Un canular à lire, à relire absolument alors que quelques mois à peine nous séparent de l’édition de « Récoltes et Semailles » d’A. Grothendieck annoncée chez Gallimard pour janvier 2022.

Cette tribune militante, engagée sans doute, n’a pas la prétention d’être exhaustive ; d’autres avant et avec moi se sont inquiétés de la tentation d’une forme de désinstruction, voire de déconstruction des savoirs et des êtres. Il s’agit avant tout d’une invitation aux enseignants, notamment issus de l’éducation nationale, à se mobiliser tout d’abord contre l’aberration d’une épreuve de spécialité prévue au mois de mars qui empêche d’aborder sereinement et de manière équilibrée, motivée aussi, les différentes parties d’un programme aussi hétérogène qu’ambitieux. Cette échéance doit être repoussée au mois de mai au plus tôt. Enseigner n’est pas associable à un processus de gavage, car d’un gavage, on ressort écoeuré, mais certainement pas instruit.

Parce que le temps presse, les profs doivent absolument sortir de leur mutisme et s’emparer à voix haute du débat, l’alimenter de sorte de construire une réflexion étoffée en plus d’un plaidoyer argumenté pour un enseignement de qualité, à la mesure tout simplement de celui que l’on a parfois eu la chance de recevoir et que l’on souhaite légitimement, à notre tour, dispenser. Je compte donc sur l’APMEP (([1] APMEP : Association des Profs de Maths de l’Enseignement Public)) et sur la SMF (([2] SMF : Société Mathématique de France)) dont on connaît l’engagement, pour soutenir cette requête.

Il conviendra aussi dans un second temps de se pencher sur la pertinence desdits programmes, notamment dans le cadre du lycée. Comme d’autres j’imagine, je serais curieuse de comprendre ce qui a pu motiver en terminale, la réintégration d’un chapitre sur les méthodes de dénombrement quand cet outil n’est finalement pas appliqué aux calculs des probabilités (ou si peu, avec la loi binomiale enseignée en classe de première il y a de cela deux ans). Pourquoi et comment a-t-on pu estimer que le chapitre pourtant fondamental des nombres complexes n’avait plus sa place dans le socle de spécialité, mais seulement dans le cadre de l’option facultative des maths dites « expertes ? » Pourquoi avoir réintroduit la notion d’équations différentielles du premier ordre, ce qui laisserait penser à une orientation vers des outils de maths appliquées, pour se séparer dans le même temps des lois continues dont l’étude de la loi normale si présente en médecine et en économie (cette loi associée à la fameuse courbe en cloche, la gaussienne, désormais si familière aux Français, covid oblige) ? Pourquoi lui avoir préféré l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev, un outil difficile à appréhender si bien que l’on se retrouve réduit à des applications naïves qui produisent des résultats qui le sont tout autant avec des majorations souvent grossières ? S’il y a dans ces choix une motivation pédagogique, je ne la comprends pas. Que les enseignants des classes préparatoires notamment, ces observateurs en première ligne, n’hésitent pas à nous communiquer leur ressenti ainsi que les universitaires dont les retours sont encore trop timides.

André Revuz, dans les années 80, se posait déjà une question qui allait devenir le titre d’un magnifique ouvrage d’une intelligence et d’une pertinence intemporelle et qui forcent l’admiration, question plus que jamais d’actualité : « Est-il impossible d’enseigner les maths ? »

Avait-il seulement imaginé que cette discipline serait un jour considérée comme secondaire et reléguée sans émotion au rang d’option, les si mal nommées : « spécialités » ? Nous y reviendrons.

On est à un moment charnière, précipité par une réforme tellement aberrante qu’elle en serait presque risible si les conséquences n’étaient pas dramatiques ; un moment où l’on se demande si les maths ont encore un avenir en France ou si l’on finira par simplement les tolérer en les associant aux caprices de quelques originaux parqués au fond d’un couloir. À moins qu’on ne les réduise à des compétences strictement numériques, les maths « utiles » du digital. Depuis quelques mois d’ailleurs, elles sont trop souvent réduites voire assimilées aux entreprises, à bien des titres contestables, de modélisation. Un point de vue pour le moins réducteur.

Bien entendu, chaque début d’année est l’occasion de dresser un cahier de doléances pour ne pas dire de lamentations face aux dommages causés par un été mathématiquement meurtrier. Mais pour travailler avec des élèves de première et de terminale essentiellement depuis plus de quinze ans dans des contextes variés, force est de constater que je n’ai jamais observé avec cette intensité, une telle détresse en matière de compréhension, et ce, que les élèves soient issus de lycées privés réputés prestigieux ou de structures publiques ; c’est à dire qu’ils aient été soumis ou pas l’an dernier à ce régime absurde en plus d’être inégalitaire, de demi-jauge.

On a désormais le sentiment douloureux d’être réduits à dispenser un enseignement d’urgence, quelque chose comme les premiers secours pour parer au plus pressé en évitant l’hémorragie fatale à quelques heures du devoir surveillé, mais rien de réellement abouti qui garantirait la satisfaction d’un travail bien fait, c’est-à-dire, durable. À cette urgence, est associée une forme de maltraitance, au sens littéral de : « traiter mal, » qu’il s’agisse des élèves ou de la discipline avec un corollaire immédiat : le mal-être, la culpabilité de l’enseignant. Donc non, la fuite des profs ne saurait être réduite à des arguments strictement comptables que l’on pourrait imaginer juguler par une simple augmentation de salaire. Le malaise, puisqu’il existe, est bien plus profond et plus dense. Il faudra un jour comprendre que l’on ne peut pas tout chiffrer. Alors bien sûr, on dit : « le temps, c’est de l’argent » ; si la réciproque est vraie, alors les profs ont besoin d’argent parce qu’ils ont besoin de temps et les élèves aussi.

Il faut bien avouer que prof de maths est désormais sur un siège éjectable, car sa discipline a été reconnue, décrétée, « non essentielle » si l’on se réfère à un vocabulaire qui nous est désormais familier. Il n’a plus d’autres choix pour attirer les élèves dans son cours et surtout les convaincre de rester, que de se transformer en une sorte de VRP et de consentir par la même occasion à un certain nombre de concessions quitte à s’arranger un peu avec la réalité pour la rendre plus attractive, plus « vendeuse » (on pense aux notes largement ajustées, au programme libre d’interprétation).

Dans le lycée start-up de Blanquer, le client-élève est roi et il le sait. Concrètement, « maths expertes » ou « matelas-confort », même combat. Vous essayez le produit durant 30 jours et s’il ne vous convient pas, vous avez jusqu’au 30 novembre pour vous désister après acceptation de votre requête auprès du proviseur. Une formalité si j’en crois mon expérience. « Satisfait ou remboursé » en quelque sorte. Certains en rêvaient, Blanquer l’a fait. L’élève est désormais un consommateur en fin de chaîne, encouragé à choisir ses options par opportunisme, c’est-à-dire en en évaluant la rentabilité notamment au regard du redoutable et insondable Parcoursup, le côté décidément obscur de la force. À la manière du gouvernement, le jeune gère un risque, un risque seulement d’une autre nature que pénal. Pour le moment…

Il serait trop long de revenir sur l’imposture du Grand Oral qui a été dénoncée à de nombreuses reprises par des collègues de philosophie notamment ; en réalité, le simple nom un peu trop « ronflant » de ce simulacre d’épreuve suscite naturellement inquiétude et méfiance. Il s’agit du bac option « force de vente » à tous les étages ; on teste durant quelques minutes l’éloquence de l’élève, paraît-il, ou plutôt sa capacité à faire un peu de tout avec beaucoup de rien.

Pendant que ce temps commercial s’écoule lentement, on est face à un illettrisme mathématique grandissant. Les lacunes ont atteint un tel seuil dans une discipline qui se construit par strates, une discipline faite de correspondances que l’on sort de cours presque hagard tant il faut déployer d’énergie pour tenter de donner ne serait-ce qu’un peu de recul aux élèves, espérant ainsi les soulager. On a toujours dans un coin de la tête cette phrase de Nicolas Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Reste que l’on ne parvient notamment plus en terminale à convaincre nos jeunes que les questions d’un exercice sont autant de bribes, autant de personnages d’une histoire dont il s’agit simplement de respecter le déroulement, le fil conducteur. Que les questions ne sont ni gratuites ni indépendantes en général. Qu’il faut se saisir du : « en déduire » qui débute une phrase parce qu’il est en soi une partie de la réponse à venir et qu’il est primordial de se saisir de ce tremplin…

Parce qu’ils ne savent plus vraiment lire, plus vraiment écrire non plus et qu’ils n’ont plus de connecteurs logiques à leur disposition, les élèves sont trop souvent incapables de construire un raisonnement indépendant et argumenté. On parvient tout au plus à déclencher chez eux des réflexes, des automatismes régis par les circuits courts de la récompense, à grand renfort d’exercices types qu’ils reproduisent inlassablement sans passion et sans haine, mais surtout, sans jamais aiguiser leur esprit critique. C’est pour nous, enseignants, les prémisses de l’échec.

Mais qu’importe finalement puisqu’à chaque élève, on est juste tenus d’associer un camembert (un diagramme circulaire, retour dans le monde merveilleux de marketing) qui rend compte d’un coup d’œil (code couleur oblige) des acquis et des faiblesses suivant les séquences.

C’est bien là ce que l’on nous présente, avec l’introduction des neurosciences à l’école couplées à la troublante « pédagogie inversée, » comme la Rolls-Royce de l’enseignement : le fameux enseignement personnalisé, celui des capsules et des bilans de compétences. Celui des profils et des pronostics aussi.

Il faut bien comprendre qu’en maths, on est dépendants de la maîtrise de la langue ; c’est une discipline d’expression avec sa ponctuation et sa grammaire. Une langue pour nous tous (ou presque) étrangère bien sûr, mais qu’à force de pratiquer, on a des chances de parler assez correctement. Suffisamment en tout cas, pour se faire comprendre et être compris en retour. Toujours est-il que l’on a besoin du : « mais, ou, et, donc, or, ni, car » si cher au primaire et aux exercices de Bled de mon enfance. Ce sont ces mots « minuscules » qui permettent d’articuler le raisonnement, en lui donnant sa cohérence et sa consistance.

Dans une phrase mathématique, il y a une action, une sorte de verbe (=, ≤, ≥, 6= ) que la plupart des élèves ne repèrent plus si bien que l’on est sans cesse contraints, tentés, de reformuler les questions pour qu’ils parviennent enfin à se les approprier. Si seulement ils cherchaient à comprendre plutôt qu’à reconnaître, plutôt qu’à se souvenir… Si seulement, ils osaient de nouveau prendre leur raisonnement en main.

Les mots qui devraient tant les aider à se repérer, à se raccrocher, les déroutent au contraire. Je prends souvent l’exemple des suites auxiliaires, ces suites au service d’une suite-mère dont l’étude pose quelques problèmes puisqu’elle ne tombe pas sous la coupe des suites simples à savoir, les suites arithmétiques ou géométriques. Comment est-il possible que le parallèle pourtant naturel avec une auxiliaire de vie qui vient vous seconder dans les tâches quotidiennes ne les aide pas à comprendre la philosophie de ce type d’énoncés ?

Autre exemple, la relation de Chasles rapidement évoquée dans les prémisses du chapitre de géométrie dans l’espace avec la notion de vecteurs coplanaires. Là encore, quand on évoque, pour les aider à s’approprier la notion, les mots de : « copropriété, codirection, colocation », ils vous rétorquent qu’ils ne voient pas le rapport ! J’ai des terminales, assez brillants au demeurant, qui m’écrivent tranquillement, pas une fois, mais bien à dix reprises :

Je rappelle que cet outil très intuitif était au programme du brevet des collèges il y a encore une dizaine d’années. Quand vous leur dites : « Donc si tu fais le trajet Antibes-Bordeaux, tu penses que tu pars de Marseille ou bien que tu peux faire, si tu le souhaites, une escale à Marseille ? » Et le gamin de répondre : « vu comme çà c’est évident, mais d’habitude, les maths ne veulent rien dire donc… »

Ce matin encore, pour prouver que trois points de l’espace formaient un plan, j’ai un élève qui envisageait de prouver que ces derniers étaient coplanaires. Pour plaisanter un peu, je lui demande alors : « je voudrais bien que tu me prouves s’il te plaît que les points A et B sont alignés… !

Les maths pour cette génération, ça ne se comprend pas ; ça se retient et encore, pas longtemps. C’est un peu magique finalement ; il faut avoir un don, être fait pour ça comme ils disent. Quand on ne comprend pas, c’est la fatalité en quelque sorte et on n’y peut rien !

Les outils fondamentaux normalement vus au collège ne sont plus jamais acquis ; qu’il s’agisse des fractions, des propriétés des puissances, de celles des racines carrées ou encore de la factorisation, sans parler des identités remarquables devenues une exigence digne de Normale Sup à écouter les élèves. On paie au prix fort l’application aux maths d’une sorte de méthode globale au lieu d’avoir conservé la bonne vieille méthode syllabique basée sur la compréhension.

Ils retiennent que diviser par 0, 1 revient à multiplier par 10, mais ils ne savent pas pourquoi. Ce qui est grave, c’est que de ne pas comprendre ne leur manque pas ou plus. Ils délèguent aussi facilement qu’ils abdiquent et s’en remettent malheureusement complètement à nous. Il faudrait “les repousser” d’une certaine manière pour leur rendre leur autonomie. On rencontre des erreurs réellement grossières qu’ils devraient être en mesure de corriger d’eux-mêmes, simplement via des arguments de bon sens dont ils sont largement capables. Mais pour cela, il faudrait encore qu’ils acceptent de s’immerger dans les énoncés.

Ci-dessous, une galerie d’art non soumise au pass sanitaire ; une sorte de chambre des curiosités extraite de mon, de notre quotidien. “Parce qu’il faut rire de tout avant que d’en pleurer”, que mes élèves soient chaleureusement remerciés pour leur extraordinaire… créativité :

Or la concentration est désormais vécue comme une sorte de vertige, de saut dans l’inconnu ; elle revêt un caractère inquiétant même, car elle semble avoir pour but de les isoler, de les éloigner de leur tribu. Combien de notifications loupées pendant que je planchais sur cet exercice ? On retrouve ici la fameuse balance : “bénéfices/risques.”

C’est ainsi que ce temps consacré à la réflexion, ce temps “calme” bien plus que “mort”, est associé à du temps perdu. En première, puisque j’évoque les fractions, j’ai vu en septembre le “calcul” suivant :

Pour cet élève de seize ans, tout à fait standard au demeurant, quand vous avez deux moitiés de pomme, vous avez… une demi-pomme. Et oui. Pas besoin des neurosciences pour comprendre que chez certains élèves, le 2 de x = 2 n’est pas le 2 de “deux pommes”.

Pour ne rien arranger, il y a chez cette génération une addiction aux raccourcis, une dépendance à l’immédiateté que l’on a, sinon crée, du moins entretenue à grand renfort de QCM. Cette manière synthétique et très artificielle d’évaluer les élèves contre laquelle je ne cesse de m’insurger, a pour conséquence qu’il est désormais nécessaire de déployer les grands moyens pour restaurer l’envie d’une rédaction soigneuse, rigoureuse et précise. Le déconditionnement est assez douloureux en plus d’être incertain.

Les explications, estimées fleuves, les étouffent. “TROP DE MOTS”, disent-ils. Ou encore : “Il faut vraiment écrire tout çà ?” en espérant négocier une remise de peine d’une ligne ou deux. Il faut d’ailleurs reconnaître que lorsqu’ils communiquent entre eux ou avec nous par messages, ils en décuplent le nombre comme s’il était désormais nécessaire pour assimiler une information ou bien la transmettre, de la démembrer, de la disséquer.

Ce qui est incohérent, voire paradoxal, c’est que ces mêmes élèves rétifs aux phrases sont souvent terriblement réfractaires au langage algorithmique qui aurait a priori tout pour les séduire. Était-il donc si urgent d’investir (je n’ose pas dire : “contaminer”) le cours de maths par des séances de Python quand la plupart des élèves ne connaissent ni le sens du mot “hypothèse” ni celui du mot “conjecture” à presque 18 ans ? Rien n’est moins sûr.

On constate enfin une résistance à l’effort très dégradée et en même temps une forme de crédulité, de passivité surtout, teintée d’indifférence qui doit nous alerter, car notre but est bien de participer à l’émancipation intellectuelle de ces jeunes. On ne souhaite en faire des matheux à tout prix, mais seulement des citoyens libres, capables si besoin de démonter, de repérer un argumentaire fallacieux. Ils assistent trop souvent au cours en zombie, réduits à l’état de scribes. J’ai en tête un exemple récent d’un élève de terminale dont je consultais le cahier de cours et notamment le chapitre concernant les limites de suites. Au moment de produire les énoncés relatifs aux théorèmes des “Gendarmes” et de comparaison, je me rends compte que le lycéen, parce qu’il y voyait mal au tableau, avait remplacé tous les termes vn par √n !!!! Comment peut-on en arriver à un tel degré d’incompréhension alors qu’il s’agit là encore d’énoncés très intuitifs (jusqu’au nom qui est très imagé et ne fait d’ailleurs pas l’unanimité). Il s’agit aussi de les déconditionner de l’ambiance délétère des derniers mois qui, sans état d’âme, a associé le doute nécessaire, le doute légitime, à une forme de complotisme.

Pour clore ce long, trop long billet, je vais suivre la voie de l’humour, celle de la dérision en même temps que les conseils d’une amie cancérologue qui m’encourage toujours à témoigner, à revenir à des cas concrets. “C’est ce qui intéresse les gens”, me dit-elle.

Faute de témoignages pertinents, je vais entreprendre en revanche de rassurer les jeunes collègues qui n’auraient pas été aussi attentifs que nécessaire lors des précieux cours dispensés à l’INSPE (autrefois, l’IUFM) pour gérer au mieux une classe. Ne vous inquiétez pas ; rien n’est perdu, bien au contraire, car nous disposons grâce à ce gouvernement, cet État-care bien décidé à combler nos moindres désirs et à anticiper chacune de nos inquiétudes, de séances de travaux pratiques hebdomadaires.

J’ai nommé : les séances à l’Assemblée Nationale avec un maître de stage incontesté, que le monde entier nous envie : Olivier Véran. On pourra se reporter aux séances hautement instructives des 19 et 20 octobre 2021. Première règle : jauger (voire juger ; l’œil acéré d’un neurologue aide bien sûr) l’auditoire. Autrement dit, intégrer le douloureux principe de réalité selon lequel cette année encore, vous n’êtes pas face à des lumières. Oh que non… ! Mais que voulez-vous ? Chacun sa croix.

Ne pas hésiter à parcourir l’amphi, fût-il clairsemé, d’un regard oscillant entre résignation, suffisance et accablement avant de se lancer dans l’arène,

fougueusement en entreprenant un monologue aussi inintelligible que possible, ce qui nécessite une élocution assez rapide en plus d’une aptitude à l’apnée que vous seriez bien inspirés de développer. Le but est d’éviter au maximum les questions. Que l’adhésion à vos propos soit par la suite extorquée ou consentie, peu importe. On ne va pas jouer sur les mots/maux.

Malheureusement, il y a dans toutes les classes des élèves terriblement lents comme ce député, peu coutumier d’internet, qui ne parvenait pas à trouver sur le site de l’agence européenne du médicament, la description et le report des effets secondaires incombables au vaccin (vaccin dans un sens à préciser, puisque “non pasteurien”). Mais il faut aussi et surtout compter avec les fortes têtes du type F. Ruffin, la réincarnation du redouté élève Ducobu bien connu des bédéphiles. Toujours au fond de la classe, tripotant son masque et adepte d’un humour douteux, avec des questions plein le cartable et qui n’en finit pas de discuter avec son voisin alors même que le prof s’exprime. Bref, cet élève, c’est votre défi. Vous noterez en conséquence, avant de vous en inspirer bien sûr, l’agilité et l’extrême patience dont on a fait preuve O. Véran face à cet élément perturbateur. On peut même parler de bienveillance, ce mot devenu un concept, si cher à J. M. Blanquer. Toujours très pédagogue, serein même, le ministre de la Santé et des Solidarités (et oui, on ne s’y fait pas…) l’a gentiment rappelé à l’ordre en prenant soin de préciser qu’il ne répéterait pas l’explication en cas de récidive.

Il n’y a pas à dire : “une main de fer dans un gant de velours”… Une main de fer surtout. Car c’est çà la réalité et “si vous ne voulez pas l’entendre, sortez d’ici.”

En attendant, restons groupés. “L’orage aussi peut conduire au port” disait Jean-François Senault alors gardons espoir.

Karen Brandin




Profs, parents, élèves, unissez-vous !

Par Karen Brandin

Tribune publiée initialement sur France Soir le 07/06/21 PAR Karen BRANDIN, enseignante

En écrivant en novembre 2018 « Les maths en soins palliatifs, » (3) j’étais loin d’imaginer que cet emprunt ponctuel de vocabulaire à la stricte sphère médicale deviendrait deux ans plus tard notre quotidien.

Tous les maux de la société semblent en effet désormais repensés au travers du prisme de ce champ lexical si frappant, si inquiétant, parfois si fascinant. On parle : « métastases, cancérisation, embolie administrative, phagocytose, hémorragie cognitive, symptômes bien sûr » comme une piqûre de rappel incessante d’un danger insaisissable, mais qui rôde.

Mais aussi sans doute, parce qu’il ne faudrait pas être tentés d’oublier que la nouvelle obsession est sanitaire. Comme le déclarait de manière quasi prophétique dans le journal le Monde en 2017 Antoinette Rouvroy :

« On ne cherche plus à comprendre l’environnement, on cherche à le prédire. Notre rapport au savoir change, mais aussi notre rapport au monde (…) Voir et comprendre sont supplantés par détecter et prévenir. »

Je n’avais pas imaginé une seconde non plus que l’éducation serait « mise à distance, » qu’elle deviendrait une variable d’ajustement comme une autre. Que l’école, ce lieu de vie, ce lieu d’échanges et de rencontres où l’on fait ses premières armes avec la contradiction, le débat, où l’on apprend à mettre des mots sur les maux, serait présentée ou plutôt décrétée « haut lieu de contamination » avant que les autorités dites compétentes se ravisent… un an plus tard. Trop tard.

Je n’aurais jamais pu imaginer qu’il faudrait en fermer les grilles, avant d’en dépeupler les classes en instaurant cet étrange concept de demi-jauges, pas plus absurde ma foi que les vacances apprenantes ou les plages dynamiques. Alphonse Allais disait :

« Une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limites. »

On a passé les bornes.

Pourtant des médecins de renom comme mon amie la pédiatre-oncologue Nicole Delépine (voir notamment 4) et son mari le chirurgien Gérard Delépine n’ont eu de cesse de nous alerter, de nous rassurer aussi sur ces enfants prétendus « bombe virale » en faisant pour nous, en temps réel, l’exégèse de la littérature scientifique internationale, mais nous n’avons su ni écouter, ni lire ; un comble pour des enseignants, tout entier à notre sidération.

Une sidération qui n’explique et n’excuse pas tout.

Si durant une année, chacun d’entre nous, avec ou sans casserole, a été projeté ou s’est parfois reconnu dans la peau d’un visiteur médical au chevet d’un hôpital public à bout de souffle, le moment est peut-être venu d’entrer dans une autre chambre, celle de l’Éducation Nationale parce que le pronostic vital y est tout autant engagé.

Les tests PISA nous ont renseignés sur l’intensité de la douleur sur une échelle de 0 à 10, mais à vrai dire, on n’avait pas besoin d’un diagnostic aussi artificiel pour savoir que l’école râle, qu’elle étouffe aussi. Qu’elle est tout simplement en train de perdre son âme et que l’on finira par y régresser, en espérant que cette inquiétude lancinante ne soit pas déjà une réalité.

Il y aura une conséquence directe, concrète de cette année d’éducation dégradée, disloquée puisque le bac (ou plutôt ce qu’il en reste, un hommage pour le moins inattendu à Napoléon pourtant célébré cette année) sera plus que jamais une formalité.

L’épreuve de philosophie que l’on présente pudiquement comme « réaménagée » et ce Grand Oral improvisé viendront d’ici quelques jours clore cette mascarade.

Espérons que cette liberté de parole si précieuse et désormais si rare que m’offre le statut de l’enseignement hors contrat soit un encouragement à témoigner pour tous les enseignants (puisqu’ils existent forcément) qui ont souffert durant ces mois interminables d’être privés de leurs élèves, de leurs rires, de leurs moues sceptiques ou provocatrices ; parfois clairement réprobatrices.

Privés de cette complicité tout simplement qui est au cœur de l’enseignement, qui en fait son intérêt et sa force.

Privés enfin de cette énergie vitale, des confrontations d’idées, des défis et des remises en question que suppose toute pédagogie.

Que la parole se libère pour ceux qui ont parfois été stigmatisés, traités d’excentriques, voire d’irresponsables lorsqu’ils se sont opposés aux cours « à distance » comme on ose dire puisqu’il faut bien comprendre que « non, » on ne fait pas cours à distance !

Ces profs aussi qui se sont inquiétés de l’obligation du port du masque, malheureusement presque toujours en silence, et qui ont souffert de ne pas reconnaître 4 ou 5 mois après la rentrée, leurs élèves aux grilles du lycée parce que ces visages tronqués, défiant les lois de l’anatomie, ils avaient fini par les reconstituer à leur idée, involontairement, pour combler un manque, un vide. Et puis, parce qu’un jour un masque a glissé, ils sont restés surpris devant ces traits enfin dévoilés, révélés, devant ces visages familiers et pourtant étrangers finalement, puisqu’on les avait imaginés autrement. Il restait la voix bien sûr et encore, elle aussi était étouffée comme les regards étaient trop souvent embués derrière les lunettes.

Qu’enfin s’engouffrent dans la brèche de cette tribune, tous les membres du corps enseignant qui souffrent cette fois depuis des années, puisque la chute du niveau scolaire en l’espace de dix ans est dramatique, de ne plus avoir le temps ou la possibilité de transmettre, mais seulement celui d’imposer toujours plus vite, toujours plus mal. Ce faisant, c’est bien la démocratie qui est menacée.

Les séances de cours deviennent des séances de gavage avec des horaires réduits à la portion congrue dans lesquels il faut faire tenir coûte que coûte des programmes aux ambitions démesurées. C’est alors que tout se perd, rien ne se crée ni ne se transforme sinon en un vernis de connaissances qui s’écaille au bout de quelques semaines, voire quelques jours. L’intelligence reste naturelle, mais le savoir cruellement artificiel.

Définitivement dans l’enseignement, il faudra se souvenir que « l’humain est la règle absolue et le numérique l’exception. » Que l’IA aura toujours quelque chose à nous envier : l’imperfection. Car finalement c’est le doute, le défaut, le temps « mort » et pourtant si vivant qui marquent, rendent inoubliable et créent du lien.

Cet enseignement hybride, chimère instable, aura achevé de nous convaincre que l’innovation n’est pas toujours un progrès.

Dans le même temps, un autre danger nous guette, plus insidieux encore. Celui, à force d’avoir été séparés par des écrans et autres protections, de percevoir la proximité avec l’autre, qu’il soit élève ou patient, comme une agression après nous avoir martelé durant des mois qu’il était un danger.

À un an des élections, un an perdu pour l’enseignement à n’en pas douter, le temps n’est plus aux chuchotements ou aux murmures, car « qui ne dit mot consent ».

Le consentement justement, parlons-en…

À l’heure sombre où l’on projette de vacciner les adolescents, on le veut plus que jamais « libre et éclairé » et même si l’école ne peut pas tout, elle a ce devoir impératif de rendre ces jeunes libres de leurs décisions et de les éclairer dans leurs choix, en leur présentant de manière loyale et argumentée, les chemins possibles.

« Primum, non nocere. » C’est le cas pour nous aussi, enseignants.

Je ne pourrai pas me prononcer pour l’ensemble des disciplines puisque je ne suis légitime qu’en maths où loin d’être à l’origine d’une miraculeuse rémission, la réforme Blanquer accompagne aussi maladroitement que péniblement l’agonie de cette matière jusqu’à rendre, dans l’indifférence absolue, le faire-part de décès inévitable.

Qui l’eût cru ? Dans un pays où l’on n’en finit pas de se gargariser du nombre de médaillés Fields. Je renvoie donc nos dirigeants, notamment le député Cédric Villani, autrefois un ambassadeur passionnant et passionné, à cette phrase de Wendelin Werner, membre de l’académie des sciences, médaillé Fields 2006 :

« Lorsque l’on me demande à quoi peut servir une éducation mathématique au lycée pour quelqu’un dont le métier ne nécessitera en fait aucune connaissance scientifique, l’une de mes réponses est que la science permet de former un bon citoyen : sa pratique apprend à discerner un raisonnement juste, motivé et construit d’un semblant de raisonnement fallacieux et erroné. »

Je ne peux même pas témoigner pour l’ensemble de l’institution scolaire, mais seulement pour le lycée, les plus grands des élèves donc ; mais il est bien certain que « si toutes ne mourront pas, toutes les matières seront frappées » par cette réforme aberrante, cette réforme qui a fait du lycée une start-up et de l’enseignant, un VRP de sa discipline condamné à séduire un nouveau type de client : l’élève.

Il est désormais urgent, d’instaurer une sorte de « pharmaco-vigilance » de l’enseignement pour faire remonter les premiers effets secondaires, d’ores et déjà inquiétants, de cette réforme.

Concernant la philosophie, on pourra consulter notamment d’Harold Bernat : « Oraison funèbre de la classe de philosophie » (2).

Cette inquiétude qui me conduit à reprendre la plume est nourrie et chaque jour ravivée par les échanges que j’ai avec mes élèves. Je les trouve plus démunis que jamais, fatalistes aussi dans l’acceptation de ne pas comprendre. Seulement enclins à « se souvenir » et par voie de conséquence, à subir.

En leur fournissant une explication ou en exigeant d’eux une justification claire et motivée, on ne les soulage plus ou si peu désormais. C’est une évolution inquiétante contre laquelle nous a pourtant mis en garde Alexis de Tocqueville en nous alertant sur le fait que

« s’il y a des peuples qui se laissent arracher la lumière, il y en a d’autres qui l’étouffent eux-mêmes sous leurs pieds. »

On est à la phase où l’on se laisse arracher la lumière.

On a créé à force de QCM et autres Kwyk, une génération dépendante aux raisonnements courts, à la réponse immédiate, finalement terrifiée par le temps long que suppose la réflexion, le recul ; une génération qu’en revanche les QR-codes n’effraient pas et d’autant plus prompte sans doute à tendre l’autre joue ou… le bras.

Faire cours, ce n’est pas faire court.

Désormais, « prendre le temps de » semble synonyme d’un aveu d’échec qui ne dirait pas son nom ; ils ne cherchent plus jamais, ils veulent trouver quoi qu’il en coûte. C’est la dictature de l’impatience. La lecture des énoncés les afflige, les décourage. Ils se sentent traqués, tentent parfois une esquive en commençant au milieu du texte pour gagner du temps comme s’ils en manquaient, en saisissant des mots-clés avant de reconstruire un énoncé, loin de la réalité souvent, mais qui les rassure, qu’ils reconnaissent.

Comment a-t-on pu en arriver là ?

Et surtout, ces jeunes gens qui sont gênés par un simple énoncé de maths le seront dans un avenir proche tout autant par une notice de médicament à déchiffrer, un article de presse ou un contrat.

Il faut désormais déployer avec les lycéens une énergie folle, doublée d’un caractère atypique qui intrigue pour les retenir, les empêcher de glisser vers cette facilité, cette dépendance presque « sucrée » au réflexe.

« Ces enfants de la déconstruction » (9), il faut reprendre le temps de les armer et de les désarmer tout à la fois. Ce temps, il faut donc le redonner aux enseignants.

On a invoqué le faux alibi de la poisseuse « bienveillance » pour justifier la baisse des exigences quand il s’agissait simplement d’excuser notre paresse à nous, profs. Il faut bien se dire que l’on est en réalité dans la maltraitance puisque consciemment ou pas, on refuse à ces jeunes ce que l’on a reçu : la curiosité, l’envie, et avec elles, l’écriture des premiers chapitres d’un manuel d’autodéfense intellectuelle plus indispensable que jamais pourtant.

On les a privés du droit, du devoir « d’errance » en les inondant de photocopies et de vidéos directement extraites d’internet comme une ode à l’éducation de masse, désespérément homogène quand rien ne saurait pourtant remplacer un cours écrit, un cours unique donc, imparfait sûrement et alors ? Un cours vivant, qui évolue et se transforme.

On les a privés du temps de la recherche et de celui de l’erreur, du temps de se perdre, puis de se retrouver avec comme corollaire, la possibilité de découvrir autre chose autrement pour gagner en autonomie et en maturité. L’enrichissement est à ce prix.

Il a une citation particulièrement inspirante de Bratslav :

« Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connaît, tu risquerais de ne pas pouvoir t’égarer. »

Bien entendu, dans l’enseignement, l’errance est sous contrôle, mais elle doit exister ; il ne s’agit pas de laisser l’élève durablement s’essouffler, mais de le convaincre qu’il est en mesure de développer des stratégies pour s’en sortir sans nous, car finalement ces jeunes, qui sortent leurs portables plus vite que leur ombre à la moindre difficulté, au moindre doute, n’ont plus aucune confiance en leur capacité de raisonnement. Ils sont en situation de dépendance. Notre mission est pourtant de les aider à s’émanciper. 

En maths notamment, les chemins pour aboutir à une conclusion sont souvent multiples. Bien entendu, certains nous sont plus familiers parce que l’on a des habitudes, des aptitudes aussi donc il peut arriver que l’on oriente la résolution. Lorsqu’un élève me soumet une méthode moins intuitive pour moi, mais que je l’encourage dans sa voie parce que c’est possible, il fait systématiquement volte-face. Au lieu d’être revalorisé comme cela semblerait naturel, il se sent étrangement pris au piège et souhaite retrouver le confort de la méthode du prof devenu pour un temps, « gourou ». Et quand on propose de développer les deux stratégies, on s’expose à un soupir d’exaspération : « oh, pour quoi faire ? ; une, ça ne suffit pas ? ». Inertie quand tu nous tiens…

Il faut rétablir de manière urgente des devoirs sur table dignes de ce nom que des interros « flash éclair » de 15 minutes ont remplacé. En un quart d’heure, on n’évalue pas un élève de première, on vérifie tout au plus qu’une forme de dressage a bien eu lieu.

Il est impératif de retrouver l’exigence et le goût aussi d’un argumentaire rigoureux pour combattre cette aversion pour le temps long quitte à rappeler que « l’art n’est pas une course. »

Quant aux maths, c’est une aventure (8).

C’est à ce prix que le lycée redeviendra un tremplin vers l’enseignement supérieur, grand absent des débats trop souvent et pourtant durement impacté. On l’imagine en tous cas.

Et ce n’est que le début…

Bien sûr, le naufrage de l’éducation nationale ne date pas d’hier. La crise associée à cette incompréhensible autant qu’injustifiable réforme a simplement précipité la chute. Il est impossible désormais pour un lycéen d’avoir une formation scientifique complète et cohérente puisqu’il n’a accès en terminale qu’à 2 options, deux « spécialités » suivant le prétentieux vocable consacré.

Je ne reviens pas ici sur l’imposture des maths complémentaires dont le programme, très ambitieux comme son nom ne l’indique pas, a bien souvent été tout juste effleuré cette année faute d’adhésion d’élèves dépassés  (ici l’argument sanitaire ne suffit pas à tout expliquer, car les lycées privés sous contrat n’ont été soumis que très tardivement — fin avril — aux contraintes de demi-jauge ; une rupture d’égalité que personne finalement n’a relevée) ni sur celle non moins criante des maths expertes, la seule chance désormais pour les élèves d’aborder le chapitre pourtant fondamental en physique comme en sciences de l’ingénieur des nombres complexes.

Les contenus de ces programmes sont aussi incohérents qu’est aberrante cette épreuve du mois de mars qui contraint les enseignants à parcourir les chapitres estimés essentiels (dont le dénombrement ! par contre, on découvre que l’intégration n’a pas tant d’intérêt…) à marche forcée.

On comprendra plus tard, peut-être… L’heure est encore et toujours au conditionnement.

En première et en réalité, dès la classe de seconde, l’enseignant est désormais tenu, pour éviter que les élèves abandonnent en masse sa discipline l’année suivante, d’appâter le chaland quitte à laisser de côté les chapitres qui fâchent : la trigonométrie, le produit scalaire. On est dans une démarche strictement commerciale, une démarche de séduction, mais comment le reprocher ? L’élève l’a bien compris d’ailleurs. On est à l’ère des concessions sur la rigueur, l’ambition. On brade puisque tout doit disparaître…

Avec la pression de présenter un dossier de qualité (il faudra bien un jour que toute la transparence soit faite sur le principe de sélection de Parcoursup parce que décidément, on comprend mal des résultats toujours plus étonnants ou injustes), il ne choisit pas tant ce qui l’intéresse, mais plutôt des disciplines « rentables. » La physique par exemple, estimée trop difficile, est abandonnée en masse contrairement à ce que l’on entend. Non, nous ne sommes pas dans une filière S qui ne dirait juste plus son nom. Cette affirmation est ridicule ; le niveau d’un terminale S de 2015 et celui d’un élève en spécialité maths en 2021, par exemple, sont incomparables. Les grandes écoles n’auront d’ici peu pas d’autres choix que d’en tenir compte.

Il y a les programmes et la réalité, celle d’élèves de 17 ans, parfois aspirant aux classes préparatoires, qui manipulent encore difficilement les fractions ou les puissances. On récolte la moisson de la méthode globale appliquée aux maths : « je ne comprends pas, mais à la place, je me souviens. » Sauf que la mémoire est faillible et trop souvent mauvaise conseillère.

Où que se porte le regard donc, l’éducation agonise quand pourtant Victor Hugo écrivait :

« celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison ».

On parle bien du « corps » enseignant donc plus que jamais, il est urgent que les profs, d’où qu’ils viennent, fassent « corps » justement. Il est urgent de retrouver le cœur et la raison de ce métier.

Karen Brandin

« Pour être efficace, l’enseignement doit se faire au corps à corps, c’est-à-dire en discutant face à face avec quelqu’un, en échangeant des regards, des idées, des arguments, des contre-arguments, et dans cette interaction les pensées de l’un et l’autre évoluent. Penser, c’est constamment interroger ce que l’on pense pour savoir si l’on a raison de le penser. Une pensée qui n’est jamais interrogée devient une croyance. »

Etienne Klein (pour Maddyness  – août 2019)

NB : Étienne Klein précise que ces lignes ont été écrites hors du contexte de la crise sanitaire.


[Note de Nicole : Si on a beaucoup parlé du coronacircus depuis plusieurs mois, les monstrueux dégâts qui ont atteint l’enseignement primaire, secondaire et les facs sont passés inaperçus, achevant la dégradation déjà bien engagée de cette autrefois belle institution. Je remercie Karen de bien vouloir partager ce cri qui je l’espère en appellera d’autres. Car si la santé est importante, il est évident que l’avenir du pays dépend de sa jeunesse et celle-ci de son éducation en particulier. Nous espérons que les professeurs vont se lever et partager leur vécu et leurs espoirs.]


Bibliographie possible :

1— Le fiasco Blanquer (auteur : Saïd BENMOUFFOK paru aux Petits Matins -2021)

2— Oraison funèbre de la classe de philosophie (auteur : Harold BERNAT paru chez Atlantiques déchaînés -2020)

3— http://images.math.cnrs.fr/Lycee-les-maths-en-soins-palliatifs.html (auteur : Karen BRANDIN — 2018)

4— http://www.economiematin.fr/news-ouverture-ecole-covid-19-danger-france-delepine (auteur : Docteur Nicole DELEPINE -2021)

5— La fabrique du crétin digital (auteur : Michel DESMURGET collection Points — 2019)

6— Rebâtir la France par l’éducation et l’éducation et l’enseignement : bac 2021, la catastrophe annoncée (auteur : Christian GERONDEAU paru chez L’artilleur -2020)

7— L’IA peut-elle penser ? (auteur : Hubert KRIVINE chez De Boeck — 2021)

8— Libérez les mathématiques (auteur : Paul LOCKHART collection Champs — 2020)

9— Enfants de la déconstruction : portrait d’une jeunesse en rupture (auteurs : Paul MELIN et Jérémie CORNET, éditions Marie B — 2019)

10— Pour une pédagogie interactive en mathématiques et ailleurs (auteur : Marie MILLIS chez Chronique Sociale — 2020)

11— Requiem pour l’éducation nationale (auteur : Patrice ROMAIN paru au Cherche Midi — 2021)

12— De la démocratie en pandémie (auteur : Barbara STIEGLER, collection Tracts Gallimard 2021)