Le Tétralogue — Roman — Chapitre 43

04/03/2023 (2023-03-04)

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Par Joseph Stroberg

43 — Pièges en vue ?

D’après ses perceptions, Reevirn pensait que le groupe ne se trouvait plus qu’à quelques jours de marche du Labyrinthe. Il parvenait à mieux préciser l’apparence de l’objectif à l’aide de sa vision intérieure de plus en plus affinée. Néanmoins pour l’instant, celle-ci le montrait comme aperçu depuis une assez grande hauteur (sous un angle oblique), ce qui faisait qu’il ne pouvait pas percevoir les détails plus petits que l’épaisseur d’un Vélien, du moins selon son estimation. Et un Vélien lui-même lui apparaîtrait probablement comme un trait trapu et allongé, guère plus gros qu’une petite baie qui serait tenue au creux de sa main. Il aurait ainsi un grand mal pour le distinguer d’animaux de même taille ou même de cadavres. Et qui pouvait savoir combien de squelettes et de corps en décomposition se trouvaient dans ces ruines à la triste réputation ? Pour l’heure, il voyait essentiellement d’énormes quantités de ruines en disposition labyrinthique, des murs enchevêtrés de tailles et épaisseurs diverses dont les teintes couvraient les bruns, les ocres et d’autres couleurs terreuses, parfois verdâtres, ceci alors comme sous l’effet d’une couverture végétale en voie d’assèchement. Mais aucun arbre ne semblait être présent en ces lieux, à part peut-être de nouveaux venus à l’état de jeunes pousses qu’il ne pouvait pas encore distinguer. L’endroit était visiblement mort depuis longtemps, mais la végétation ne l’avait pas encore envahi, au moins en apparence. D’après ce qu’il en restait, on ne pouvait déterminer quelles avaient pu être l’apparence et la fonction des lieux avant leur désagrégation. S’agissait-il d’une ville qui alors devait avoir été bien tassée, vu la proximité des murs qui ne permettaient par exemple pas de distinguer des bâtiments individuels ? S’agissait-il d’un genre de labyrinthe construit exprès à une telle fin, ou pour l’entraînement de guerriers, de l’Empire zénovien ou d’ailleurs en d’autres temps très reculés ? Ou bien encore quelque chose d’inconcevable dans l’état actuel des connaissances des quatre aventuriers ? Dans ce qu’il en observait pour l’instant, rien ne pouvait l’indiquer au chasseur. Les détails ne grossissaient vraiment pas rapidement, en proportion de leur lente progression au travers de cette jungle, comme si la vision intérieure de la cible dépendait de la distance réelle qui les en séparait. En d’autres termes, plus les aventuriers se rapprochaient du labyrinthe et plus ses détails s’accroissaient, à la fois en nombre et en qualité. Néanmoins, dans l’état actuel, rien ne permettait à Reevirn de savoir quels genres de pièges pourraient bien aggraver leur exploration du labyrinthe. Il ne pouvait encore rien répondre de précis aux questions de la part de ses amis lorsque ceux-ci de temps en temps, quelques fois par jour, lui demandaient tour à tour des nouvelles de la perception de leur objectif. En fait, celui d’entre eux qui manifestait le plus d’impatience et de curiosité était de loin Gnomil.

Le lendemain, la vision du chasseur devint un peu plus précise, lui permettant cette fois d’apercevoir éventuellement la main ou le pied d’un Vélien si jamais il s’en trouvait par hasard un d’encore vivant à cet endroit lugubre. Et comme étrangement ils n’étaient pas ennuyés dans cette jungle par les bêtes sauvages ni même par des bizarreries telles que les disques planeurs, les quatre compagnons n’avaient pas grand-chose d’autre à faire finalement que d’interroger de temps en temps le chasseur et d’explorer leur propre monde intérieur d’émotions, de pensées, de souvenirs ou d’imaginations… tout en surveillant assez vaguement ou distraitement les environs. La situation était assez radicalement différente de ce qu’ils avaient vécu dans la première jungle, mais leur état également, même s’ils n’avaient pas vraiment pris conscience de leur transformation, ayant été trop accaparés par l’enchaînement des événements extérieurs et des défis. Et c’était justement ces derniers qui avaient été les principaux moteurs d’une telle métamorphose. Le résultat le plus spectaculaire l’était chez le moine qui avait vécu ce qu’en d’autres terres, ailleurs dans la galaxie on considérait comme une « initiation », l’accès à une nouvelle sphère de perceptions, de conscience par la stabilisation de la précédente, ceci lui ouvrant la porte à de nouvelles aptitudes et lui permettant la consolidation des anciennes. En l’occurrence, Tulvarn se trouvait maintenant en une telle symbiose avec la vie planétaire, et avec cette immense et dense forêt particulière qu’aucune des petites vies individuelles ou collectives qui s’y trouvaient, qu’elles soient animales, végétales ou d’autres étranges règnes vivants ne risquait de les mettre en danger, bien au contraire. Elles l’accueillaient comme un ami ou un frère et par conséquent ouvraient aussi entièrement la porte à ses trois compagnons de route. Si certaines d’entre elles pouvaient se révéler involontairement dangereuses, elles s’écartaient naturellement des pas des Véliens ou si elles ne le pouvaient pas s’arrangeaient pour les détourner ne serait-ce que par un message subtil adressé au moine, celui-ci recevant alors ce dernier sous forme d’intuition nette et plus ou moins fulgurante. Le résultat pratique de tout ceci était que la progression du groupe se déroulait finalement sans accrocs en dépit de la dangerosité potentielle du lieu habitué à ne guère épargner les voyageurs imprudents et peu dignes de le traverser. La cristallière était notamment à la fois protégée par l’aura subtile et spirituelle du moine et par la jungle elle-même, et ses œufs n’avaient rien à craindre.

Lors de leur progression, l’ambiance était devenue tellement légère, étrangement douce, paisible et feutrée que le chasseur finit même par ne plus se préoccuper de l’aspect visuel du Labyrinthe ciblé, d’autant plus qu’il le sentait maintenant très proche, à moins d’un jour de marche. De même, le voleur ne s’embêta plus à tenter de deviner les pièges à l’avance, alors que la cristallière et le moine, sans s’en rendre vraiment compte étaient en train eux de subtilement fusionner leurs énergies, prolongeant ainsi sur d’autres plans l’union charnelle qu’ils avaient connue lors de l’éclipse. Leurs vibrations se trouvaient maintenant en plein accord, renforçant l’impact positif du moine sur le groupe et sur la jungle, jusqu’à progressivement inclure la jungle, au moins localement, et leurs deux amis, et réaliser ainsi une subtile harmonie en ces lieux, comme une douce musique qui accompagnait leurs pas et leur ôtait toute lourdeur, jusqu’à éloigner aussi la sensation d’étouffante chaleur du sous-bois… Le reste de leur progression pour sortir de la jungle leur parut presque irréel, comme s’ils se trouvaient dans un rêve, à l’abri de la pesanteur et de la douleur physique, mais de manière paradoxale, intensément présents et conscients du luxuriant paysage. Cette partie de leur aventure se déroula sans qu’ils aient eu réellement la sensation du temps passé à marcher, relativement inconscients de la durée écoulée entre l’établissement de leur état de grâce et la sortie de la forêt pour atteindre enfin le labyrinthe.

(Suite : Le Tétralogue — Roman — Chapitre 44)

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