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La Bataille pour Auschwitz

[Source : Entre la Plume et l’Enclume via Réseau International]

Par Israël Adam Shamir

Le vendredi 17 janvier 2020, trois mille salves ont ébranlé le sol de la capitale russe; le ciel sur Moscou s’était emblasonné de glorieux feux d’artifice. C’était une répétition de la célébration mémorable, soixante quinze ans plus tôt, soulignée, le 17 janvier 1947, par 24 salves de 324 canons lourds pour la libération de Varsovie par l’Armée rouge. Varsovie en ruines venait d’être sauvée de la disparition totale.

Cela pourrait être une excellente occasion pour un déploiement de l’amitié entre les deux nations slaves. Les Polonais pourraient se souvenir que 200 000 Russes, soldats et officiers, furent tués en action à Varsovie et ils pourraient dire : ils sont morts pour nous permettre de vivre. Ils pourraient remercier la Russie pour les terres généreuses et les grandes villes arrachées à l’Allemagne vaincue, pour se les avoir vue offertes à la Pologne : Dantzig devint Gdansk, Tettin devint Szczecin, Breslau Wroclaw, et Posent Poznan. Ils pourraient remercier la Russie même pour avoir passé à l’Ukraine les terres peuplées d’Ukrainiens qui étaient sous commandement polonais avant les guerres, commandement qui se termina par un grand massacre des Polonais qui y résidaient par les nationalistes ukrainiens.

La gratitude n’est pas un trait marquant du caractère national polonais : le gouvernement polonais a ignoré l’évènement. Bien au contraire, les Polonais ont détruit les mémoriaux et tombes des soldats russes. C’était terrible, mais bien moins important que la décision de Varsovie d’établir le système US de radars, et d’un bouclier de missiles sur son sol, le système qui fait d’une soudaine attaque nucléaire US une possibilité fort tangible. L’effort de la Pologne pour saboter l’oléoduc qui relie la Russie à l’Allemagne; l’invitation de la Pologne aux blindés US à prendre place sur sa frontière orientale, l’hostilité inextinguible de la Pologne envers la Russie au parlement européen ont fait que les Russes voient cet ancien membre fondateur du Pacte de Varsovie comme leur ennemi n° 1 sur le continent européen.

Vous ne serez pas surpris que les Russes aient vu là une bonne occasion de leur rendre la pareille. C’est l’offensive juive
contre la Pologne qui leur a offert cette occasion. Les juifs ont
attaqué ce rempart anticommuniste de l’Occident à l’Est de deux côtés à
la fois à la fois: la communauté juive organisée des US et le puissant
Etat juif. Ou presque en même temps. Les juifs américains ont lancé
l’opération en faisant passer au Congrès obséquieux le décret S774. Ce
décret enjoignait à la Pologne de cracher $300 milliards aux
organisations juives américaines. Selon cette loi américaine, toute
propriété ayant jadis appartenu à une personne d’ascendance juive en
Pologne doit être transférée aux organisations juives américaines. Un
tiers de Varsovie, la moitié de Krakow, une bonne partie de la propriété
résidentielle en Pologne appartenait à des juifs avant la guerre, et
tout cela « revenait » maintenant à la Juiverie américaine. La loi avait
créé une situation unique: ce qui avait appartenu à un juif resterait à
jamais entre des mains juives. Et aucun procès ne saurait être intenté
contre ces « mains juives ». Sauf dans le cas, bien sûr, où un citoyen
juif de Pologne mourrait en laissant des dettes, ces dettes
disparaîtraient. Mais s’il mourait intestat, alors sa maison reviendrait
aux organisations juives américaines. Elles peuvent chasser les
Polonais qui y résident, ou leur faire payer un loyer pour ce dont ils
pensaient être les propriétaires.

Le décret S774 est une idée
brillante. Cela ressuscite la Juiverie médiévale polonaise, un Etat dans
l’Etat. Dans la Pologne d’avant-guerre, il n’en allait pas ainsi; les
juifs polonais étaient des citoyens polonais, et si un juif polonais
mourait sans laisser d’héritier, sa propriété était confisquée par la
république de Pologne, comme les propriétés semblables de catholiques ou
d’orthodoxes intestats à leur mort. Les juifs américains ont décidé de
faire de l’Holocauste l’occasion de la plus grande rafle de propriétés
du XXI° siècle, en revenant aux idées du XVI° siècle. Ils vont se saisir
de toute propriété ayant appartenu aux citoyens polonais relevant de la
loi mosaïque avant la guerre. Cette idée assez particulière ne
s’appliquait pas aux US ni au Royaume Uni. Si un juif américain ou
britannique meurt sans avoir désigné d’héritier, sa propriété sera
transférée à l’Etat. Mais pour la Pologne, ils ont conçu une restitution
intégrale. Si cela marche avec les Polonais, cela pourra marcher
ailleurs; les juifs ne seront plus des citoyens ordinaires de leur pays,
mais plutôt des membres d’une Juiverie supranationale. Leurs dettes
resteront dans le domaine de leurs affaires privées, mais les biens
appartiendront à la communauté juive organisée. Très brillante idée, on
en conviendra.

Mais les Polonais n’ont pas apprécié le S447. Il y a
des manifestations contre cette loi, des appels à expulser
l’ambassadeur américain, qui a ajouté l’insulte à la blessure en
congratulant les juifs polonais pour Hanouka tout en oubliant d’envoyer
ses vœux de Noël aux Polonais catholiques, la grande majorité du pays. A
ce moment, Israël est venu soutenir les juifs US. Ils ont demandé à la
Pologne de se repentir d’avoir été méchante avec les juifs, d’accepter
une responsabilité partielle pour l’Holocauste et de payer. Israël a
pompé plusieurs milliards en Allemagne, mais ces milliards ont déjà été
engloutis, alors que la Pologne n’avait rien payé à Israël. Les
Bolcheviks qui gouvernaient la Pologne après guerre ne pensaient pas que
les sionistes dussent être payés: ils considéraient la Pologne comme
victime des nazis, et nullement bénéficiaires. Maintenant que vous
n’êtes plus communistes, veuillez payer s’il vous plaît, ont dit les
juifs.

Les juifs d’Israël et l’Amérique maintiennent la pression.
Ils qualifient Auschwitz de « camp de concentration polonais » ce qui est
une grave offense pour les Polonais. Ils disent que bien des Polonais
ont aidé les nazis à mettre en œuvre la « solution finale à la question
juive ». Les Polonais ont fait une loi interdisant de dire une chose
pareille; les juifs ont décidé de le crier à tue-tête dans la rue.

Le
conflit est désormais étalé sur la place publique, avec le 75°
anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz (par l’Armée  rouge,
soit dit en passant: l’oncle du président Obama n’a pas combattu en
Pologne, malgré cette prétention niaise du précédent président
américain). Cela sera fêté en deux endroits: Jérusalem et Auschwitz,
tous les dignitaires importants vont se retrouver à Jérusalem: le
président français, le vice-président US, la chancelière allemande, le
président russe Poutine. Le président polonais Andrezj Duda était
également invité, mais pas pour prendre la parole, seulement comme un
invité parmi d’autres. Il a préféré décliner l’invitation et se rendre
sur le site du camp d’Auschwitz pour une modeste célébration.

Le
président Poutine est conscient de la controverse polonaise, et il a
décidé de montrer aux Polonais que leur hostilité sans relâche envers la
Russie ne payait pas. Quelques semaines plus tôt, le 24 décembre, lors
de la rencontre du ministre russe de la Défense, Poutine a présenté
certains documents de l’époque de la Deuxième Guerre mondiale, attestant
l’attitude anti-juive rabique de la classe dirigeante polonaise
d’avant-guerre. Par exemple Jozef Lipsky, l’ambassadeur polonais en
Allemagne nazie jusqu’en 1939, disait aux Allemands que les Polonais
érigeraient un monument au Reichskanzler Adolf Hitler à Varsovie, s’il
venait à débarrasser la Pologne de ses juifs. « Ah le cochon
d’antisémite » s’est écrié Poutine indigné.

Les
Polonais ont fait une piteuse tentative pour réinterpréter ces termes
fâcheux, en disant que l’ambassadeur polonais faisait allusion au
sauvetage des juifs en les envoyant en lieu sûr, en Afrique, par
exemple, à Madagascar, retrouver les lémuriens inoffensifs, en
coopération avec les sionistes, donc que c’était à la rigueur un porc
sioniste. Cela n’a pas très bien marché…

Mais Poutine avait plus
de papiers et de preuves dans sa manche. Il a produit un rapport datant
de fin 1944 début 45, lorsque les militants polonais favorables à
Londres de l’Armia Krajova (« l’armée de l’intérieur »), avaient fait une
tentative pour reprendre Varsovie  aux Allemands avant l’arrivée de
l’Armée rouge. Le rapport disait que les combattants de l’AK avaient tué
systématiquement tous les juifs qui avaient survécu à la liquidation du
soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943. Cela pourrait expliquer
pourquoi l’armée russe n’avait pas pensé de son devoir le plus sacré
d’aider les militants de l’AK.

Les Russes ont toujours été plutôt
bons et tolérants avec les juifs. Il n’y a pas eu de pogromes en Russie,
seulement en Pologne, en Ukraine et en Moldavie, ces Etats indépendants
qui avaient fait partie de l’Empire russe. Les Russes ont sauvé des
millions de juifs, y compris des millions de juifs polonais qui ont été
autorisés à s’installer en Russie. Aucun autre pays n’a accepté autant
de réfugiés juifs que la Russie, et de loin.

Les juifs ont fait preuve d’une ingratitude noire en aidant l’Occident à mener sa guerre psychologique contre la Russie. Masha Gessen et Léonide Goozman sont des juifs typiquement pro-occidentaux et  anti-russes qui ne seraient pas en vie sans le courage et la générosité russes. Et cela continue, la Russie est bonne pour les juifs. Ils sont partie intégrante des élites modernes russes; les centres juifs occupent les terrains les plus cotés à Moscou et ailleurs. Les relations avec Israël sont également plutôt bonnes, malgré la confrontation discrète en Syrie. Tout en visitant le forum d’Auschwitz à Jérusalem, Poutine va aussi dévoiler un nouveau mémorial en l’honneur des juifs soviétiques qui périrent durant le siège cruel de Léningrad. Netanyahou est particulièrement amical avec Poutine, et c’est cette amitié personnelle qui leur a permis d’éviter une guerre totale pour la Syrie. Les libéraux israéliens, ennemis de Trump et de Netanyahou, sont consternés par cet état de choses. Ils préféreraient  que Jérusalem s’entende avec Varsovie, même s’il faut pour cela fermer les yeux sur le nettoyage ethnique de juifs en Pologne, un prix à payer minime. Mais ils ne font pas la loi en Israël, pour le moment, même si leur principal journal, Haaretz, est aussi hostile à Poutine que tous les médias occidentaux.

Les
Polonais se sont fait avoir jusqu’à l’os. Ils pensaient que les juifs
connectés aux US les soutiendraient contre la Russie, mais les juifs ont
leurs propres calculs, en fonction de leurs intérêts. Si les Polonais
pensaient que les Russes ne découvriraient jamais leurs point
vulnérables, ils se trompaient. C’est vrai, les Russes avaient gardé des
tas de sales documents de l’époque, dans leurs archives scellées; mais
tout ça, c’était à l’époque où Varsovie était une alliée de Moscou.
Maintenant cela n’a plus aucun sens, et les Russes présentent des
preuves terribles des violentes attitudes anti-juives des Polonais.

Ils ont corrigé tout le discours narratif sur la guerre. Tandis que les Polonais aiment à faire commencer l’histoire avec le traité Molotov-Ribbentrop, et donc présenter l’URSS comme un allié de l’Allemagne prenant d’assaut l’innocente, la pure Pologne, selon le nouveau récit à la sauce russe (et conforme à la réalité), le traité entre la Pologne et l’Allemagne nazie avait précédé le pacte de Molotov de plusieurs années. La Pologne avait tenté d’attaquer la Russie en tant que partenaire junior d’Hitler. C’est la raison pour laquelle la frontière occidentale de Pologne, avec l’Allemagne, était totalement sans défense ni protection renforcée, au contraire de la frontière orientale avec la Russie lourdement fortifiée. Sans ce mauvais calcul stratégique de la direction polonaise entre les deux guerres, les Allemands ne seraient pas parvenus à battre la Pologne en deux semaines.

Les Russes ont fourni des documents montrant
qu’un demi-million de Polonais avaient servi dans la Wehrmacht. Ils
prouvent que la classe dirigeante polonaise adorait les nazis allemands,
et cela non moins que leurs attitudes anti-juives. Hitler avait
participé personnellement aux funérailles du maréchal Jozef Pilsudski à
Berlin, en 1935.

Eh oui,
ces petits malins de Polaks ont voulu faire jouer l’Ouest contre
l’Allemagne,et  l’Allemagne contre l’URSS, et ils se sont retrouvés avec
un pays en ruines. Au lieu d’en tirer les leçons et de comprendre que
les intriguesde ce genre ne sont pas prudentes pour un pays de taille
moyenne, ils ont remis ça après la Guerre froide, en cherchant à se
placer à la pointe de l’assaut occidental contre la Russie. Le Forum
d’Auschwitz à Jérusalem prouve une fois de plus que cette politique mène
à une nouvelle catastrophe.

Une résolution spéciale de la Sejm polonaise, la chambre basse du parlement polonais, a condamné à la fois comme « provocatrices » et « fausses » les déclarations du président russe Vladimir Poutine sur le rôle de la Pologne au début de la Deuxième Guerre mondiale. « Deux régimes totalitaires, l’Allemagne nazie et l’URSS communiste, ont déclenché cette guerre », souligne la résolution qui a été adoptée sans passer par le moindre vote le jeudi 9 janvier, alors que la Pologne est innocente.

Le
mantra a fonctionné correctement pendant longtemps; aussi longtemps
qu’il était nécessaire d’accuser la Russie et de délégitimer les
Soviétiques. Mais maintenant les juifs veulent leur part du gâteau, et
pourquoi pas sur le dos de la Pologne. Pour la Russie, c’est un
excellent virage. Les juifs constituent des alliés précieux. Avec
Poutine à Yad va-Shem, au mémorial de l’Holocauste à Jérusalem, et le
président polonais Duda ne figurant pas parmi les présents, on
n’entendra pas les voix polonaises.

J’ai reçu ces temps-ci une
lettre du Dr. Ignacy Nowopolski, un nationaliste polonais; il écrit :
nous les Polonais avons besoin de revenir sous la protection du Pacte de
Varsovie, faute de quoi les juifs et les Allemands vont nous plumer.

« Ils ont commencé par accuser la Pologne d’avoir précipité la Deuxième Guerre mondiale et l’holocauste juif… Depuis 1989 les firmes occidentales se sont employées à d essiner une stratégie pour dérober effectivement leur richesse aux sociétés post-communistes… L’Occident a apporté une immense misère à une infinité de gens sur toute la terre…. Les médias impériaux ont su convaincre les gens dans les pays post-communistes de rejoindre volontairement le paradis athée nouvellement instauré par l’UE. Aujourd’hui, après plus de trois décennies de fonctionnement dans la sphère d’influence occidentale, les jeunes générations polonaises acceptent d’être des citoyens de deuxième classe en Europe, comme quelque chose d’aussi naturel que la loi de la gravitation universelle…. Les sentiments anti-russes en Pologne et dans d’autres pays d’Europe centrale sont juste une manifestation des tendances imprudentes dans leurs sociétés. Pour survivre, ces nations doivent surmonter leur animosité réciproque, cela même qui permet à leurs ennemis d’utiliser avec succès l’ancienne stratégie du diviser pour régner. La riposte, c’est la création d’une sorte d’ « Euroslavie » en coopération ou même au sein d’une confédération avec la Fédération russe », ce qui veut dire revenir au Pacte de Varsovie ».

De
semblables sentiments dans la bouche d’un nationaliste polonais de la
ligne dure est le signe de changements en profondeur. Si des gens comme
lui parvenaient à occuper le vieux Palais Zamoyski des Vice-rois, la
Pologne ferait la paix avec la Russie, et serait prospère. Les soldats
US, les chars et les radars repartiraient en Virginie. Les monuments à
la mémoire des militaires russes seraient repeints de frais. Les Russes
oublient facilement les vieux griefs; et ils gardent toujours une place
dans leur cœur pour les Polonais, ces « Français de l’Est ». Alors la
Russie pourrait soutenir la Pologne contre les revendications de tiers,
comme elle l’a fait pendant de longues années. Mais en attendant,
laissons le Forum d’Auschwitz servir de leçon aux Polonais, ne
renforçons pas les hostilités à l’Est sur ordre de l’Occident.

Une manifestation des Polonais contre les restitutions sous-titrée « manifestation néo-nazie » dans un journal américain.
Seul un néo-nazi patenté préférerait rester propriétaire de son appartement alors qu’il pourrait être donné à une organisation juive américaine.

[Source de la seconde partie : Entre la Plume et Enclume]

Ces jours-ci, Jérusalem a pu rivaliser avec Davos et Bilderberg. Les
personnages les plus éminents, les plus haut-placés et les plus
puissants se sont réunis ici, pour le Forum d’Auschwitz, au mémorial de
Yad-va-Shem, le Centre mondial pour la mémoire de l’Holocauste: rois,
présidents, premiers ministres; une preuve vivante que les Juifs ont un
certain ascendant sur le monde. 

La
Cour britannique de St James était représentée par le prince Charles;
la France par le président Macron; les puissants États-Unis avaient
envoyé le vice-président Mike  Pence, cette réalisation suprême de
l’Intelligence Artificielle (il a l’air presque humain, mais pas tout à
fait). Il y avait le gouverneur général de l’Australie, le président de
l’Autriche, le président de l’Albanie, le président de l’Argentine, le
président de l’Arménie, le roi de Belgique, le président de la Bulgarie,
le président de la Hongrie, le prince de Galles, le président de
l’Allemagne, le président de la Grèce, le président de la Turquie , le
Président du Danemark, le président de l’Islande, le roi d’Espagne, le
président de l’Italie, le gouverneur général du Canada, le président de
Chypre, le grand-duc de Luxembourg, le président de la Macédoine du
Nord, le président de la Moldavie, le roi des Pays-Bas, le prince
héritier de Norvège, le président de la Roumanie, le président de la
Serbie, le vice-président des États-Unis, le président de la Finlande,
le président français, le président monténégrin, le Premier ministre
suédois, le président du Conseil européen, le président du Parlement
européen, le président de la Commission européenne…

Les hôtes
avaient tiré tout le parti possible de l’occasion. M. Netanyahou, le
Premier ministre intérimaire israélien, a comparé l’Iran à l’Allemagne
nazie et a déclaré que la destruction de l’Iran aujourd’hui étaitt
l’équivalent de la libération d’Auschwitz. Le président israélien,
Reuven Rivlin, a déclaré qu’il n’y avait pas de différence entre
antisémites et antisionistes; celui qui est un ennemi d’Israël est
l’ennemi de tout le peuple juif, c’est aussi simple que cela.

Cependant,
à en juger par l’attention des médias israéliens, il n’y avait qu’un
invité de marque, le président Vladimir Poutine. Pendant qu’il était à
Jérusalem – moins d’une journée – tous les projecteurs étaient braqués
sur lui, tandis que les autres rois et dirigeants faisaient partie du
décor. Le pouvoir de cet homme, son emprise sur l’esprit et
l’imagination du public, son charisme, sont sans précédent. Il a été
traité comme un empereur en pèlerinage, comme l’empereur Guillaume II
lors de sa visite en 1898 dans cette ville du Moyen-Orient.

Poutine
savait pourquoi il était venu et il est resté concentré sur son
objectif. La Russie a sauvé les Juifs il y a 75 ans; la Russie a bien
mérité le soutien des Juifs de maintenant, en particulier par rapport
aux voisins de la Russie. Dans son discours, il a souligné que très peu
de Juifs avaient survécu en Pologne, en Ukraine, en Lettonie et en
Lituanie, car les habitants avaient fait tout ce qu’il pouvaient pour
capturer et massacrer les Juifs qui réussissaient à échapper au vice
allemand. Ce n’est pas un hasard si les présidents des trois États, la
Lituanie, la Lettonie et la Pologne, n’étaient pas venus du tout; le
président ukrainien M. Zelensky est venu, mais il s’est tenu à l’écart
du Forum.

Dans l’Ukraine moderne, il y a un culte très répandu:
celui de Stepan Bandera, le collabo ukrainien, adepte d’Hitler et chef
des gangs brutaux OUN-UPA. Ils avaient assassiné des Juifs, des
Polonais, des Russes et des Ukrainiens politiquement peu fiables.
Récemment, la CIA a été forcée par la loi de révéler ses documents sur
l’homme, et voici ce que ça donne (à lire ici):
elle le tenait pour un espion nazi et un tueur de masse, dans les
documents de l’époque. Les gangsters banderistes avaient été éliminés
par le KGB de Staline, mais ils ont été autorisés à se réhabiliter et à
reprendre une vie normale, car il y avait un sentiment général selon
lequel que l’insurrection était terminée.

Depuis 2014, il y a des
rues à Kiev et ailleurs en Ukraine qui portent son nom; ses images
embellissent les bâtiments du gouvernement et les banderistes modernes
sont une puissante force de frappe à la fois en Ukraine orientale contre
les séparatistes du Donbass et ailleurs contre les russophones. Ils
sont hostiles au président Zelensky récemment élu, le considérant
beaucoup trop mou. Zelensky n’ose pas les affronter. C’est pourquoi il
passe au large du site du massacre de Baby Yar près de Kiev, et cette
fois-ci il est resté à l’écart du Forum de Jérusalem, car sa présence
là-bas contrarierait les banderistes.

Un lecteur m’a demandé si
les Polonais, les Ukrainiens et les Russes ne devraient pas insister
davantage sur les événements historiques pour clarifier les choses. En
général, je ne le pense pas. Je pense que le passé est passé, qu’il
convient de laisser l’histoire aux historiens, les morts enterrer les
morts. Ce qui compte c’est de régler les problèmes du présent. Si
l’Ukraine et la Pologne, ainsi que la Lituanie et la Lettonie, mettaient
un terme à leur politique anti-russe étroitement liée à l’OTAN età
l’État profond américain, les Russes oublieraient les crimes de leurs
pères. Mais si les gouvernements de ces quatre pays poursuivaient leur
politique hostile envers la Russie, les Russes seraient obligés de
s’allier au pouvoir juif contre ces héritiers des sbires nazis.

Poutine
avait été traité à Jérusalem comme un fils bien-aimé et, clairement,
comme le favori de Netanyahu et du peuple en général. Juste en face de
la Knesset (le Parlement), a été érigé un monument aux victimes juives
du siège de Léningrad, et Poutine a été invité à l’inaugurer. Netanyahu
était là, ainsi que des survivants et des musiciens russes également. Ce
fut un événement important et impressionnant, celui qui a attiré le
plus de monde, dans cette journée bien remplie.

Je trouve de
mauvais goût de commémorer les Juifs séparément, parmi tous les autres
disparus lors de la bataille de Leningrad. Un de mes oncles a été tué en
1942 en défendant la ville sur la rivière Noire, mais il s’était battu
et il était mort avec ses camarades russes. Cependant, les Juifs ont
l’air d’avoir du mal à faire preuve d’empathie envers les non-Juifs; ils
veulent toujours des commémorations séparées, et Poutine n’a pas pu les
forcer à faire les choses autrement.

Poutine a été très prudent –
il n’a pas dit un mot sur l’Iran. La Russie est l’amie de l’Iran; les
marines russe et iranienne ont fait des exercices navals conjoints tout
récemment. Poutine n’a pas dit un mot sur le fléau présumé de
l’antisémitisme contemporain. Juste après le Forum, il s’est rendu dans
la ville palestinienne de Bethléem pour une réunion avec Mahmoud Abbas,
le président de la Palestine. Les Russes sont engagés dans la
reconstruction de la rue Star menant à la Place Manger en face de la
Basilique de la Nativité dans la ville.

Poutine était le seul des
nombreux invités du Forum à avoir équilibré sa visite aux Juifs avec sa
visite aux Palestiniens. Il a également rencontré le Patriarche de
Jérusalem, exprimant son soutien à l’église autochtone de Terre sainte.

Correction

Pendant
un certain temps, Poutine avait été assez déçu par les Israéliens. Les
Israéliens sont des gens très difficiles à gérer: quoi qu’ils
obtiennent, ils estiment que c’est un dû. Ils n’ont aucun sentiment de
gratitude ni le moindre désir de rendre la pareille. Poutine a fait
beaucoup pour Israël et pour Netanyahou personnellement – il a livré à
Israël la dépouille mortelle d’un soldat israélien tué au Liban il y a
plusieurs années; il a satisfait de nombreuses demandes, grandes et
petites, du Premier ministre israélien. Il n’a pas exaucé des vœux aussi
exorbitants que d’expulser les Iraniens de Syrie ou de livrer le
Messie, mais des demandes raisonnables. Or il n’a récolté que l’aversion
de la communauté juive mondialiste en échange.

À la demande des États-Unis, un programmeur russe avait été détenu en Israël en 2015. Malgré les demandes russes, Israël avait refusé de leur renvoyer le détenu et, tout récemment, il a été extradé aux États-Unis, où ce jeune homme peut s’attendre à de longues  années de prison, et peut-être à la torture pour le forcer à «avouer» être intervenu dans les élections américaines. Les Russes étaient très mécontents de cette décision israélienne, ainsi que des bombardements israéliens en Syrie.

Et voilà qu’en avril 2019, une jeune femme
israélienne appelée Naama Issachar a pris un avion de Delhi à Tel Aviv
via Moscou, et à l’aéroport de Moscou, le chien de la brigade des
stupéfiants a reniflé du haschisch dans son sac à dos. Elle a été
détenue et condamnée à plus de sept ans d’emprisonnement. Selon les
normes russes, c’est une peine assez lourde pour 10 grammes de
haschisch, mais dans certains pays, elle se serait estimée heureuse si
elle avait échappé à la peine de mort.

Les Israéliens avaient
transformé l’affaire Naama en un outil contre Poutine et la Russie. Ils
ont dit que les Russes devraient libérer la dame parce que, vous savez,
quand cest Israël qui le demande, personne ne refuse. L’avocat russe de
Naama, un haïsseur convaincu de Poutine, a sapé une tentative pour
l’échanger contre le programmeur, disant à la famille de Naama qu’elle
serait libérée de toute façon très bientôt. La mère de Naama a proclamé
qu’elle ne voulait pas aider Poutine, ce pourquoi elle s’opposait à
l’échange proposé. Mais Naama n’a pas été libérée.

Àvec retard,
les Israéliens ont capté que Poutine leur en voulait. Ils ont décidé de
régler la question. Les Russes leur avaient demandé beaucoup de choses
pendant de nombreuses années, et les Israéliens refusaient tout net:

  • Au grand dam de la Russie, l’immigration israélienne a la mauvaise habitude de renvoyer les visiteurs russes à l’aéroport de Tel-Aviv. L’année dernière, cinq mille visiteurs russes n’ont pas été autorisés à entrer en Israël. 
  • Les biens de l’église russe n’ont pas été restitués ni enregistrés par les autorités israéliennes;
  • Un monastère russe a vu son accès coupé, et une ligne de tramway a été posée sur son territoire, etc.

Maintenant,
ils ont décidé de répondre aux demandes russes. Comme je l’ai
découvert, le 30 décembre 2019, ils ont décidé de transférer aux Russes
l’un des lieux saints les plus précieux, l’église Saint-Alexandre,
située à côté du Saint-Sépulcre. Ce terrain avait été acheté par le tsar
Alexandre III au milieu du 19e siècle. Les fouilles ont révélé une
ancienne porte et un mur de Jérusalem datant de l’époque du Christ,
probablement la porte par laquelle Jésus sortit de la ville pour être
mené au Golgotha. Une ouverture étroite dans le mur, qui pourrait bien
être « le chas de l’aiguille », un minuscule passage pour un piéton tardif
mais qu’un chameau trouverait quasiment impossible à franchir. L’Église
offrait l’hébergement pour des invités de haut rang, et Nicolas II y
aurait apparemment séjourné pendant sa visite en tant que prince
héritier.

Après 1918, l’église est restée entre les mains des
émigrés russes blancs, et en 2004, elle a été reprise par un aventurier
juif ukrainien, un certain Hoffman qui prétendait être l’héritier et le
descendant du comte Vorontsov. Pendant de nombreuses années, le
gouvernement russe avait exigé que l’église soit intégrée à la propriété
russe légitime, mais les autorités israéliennes ne voulaient rien
savoir. Maintenant, ils ont accepté de le faire, sauf si dans les 60
jours, d’autres réclamations venaient à être formulées. Il y a de fortes
chances pour qu’au début du mois de mars, l’église revienne à l’Eglise
de Moscou.

Cela pourrait aussi échouer. Les médias israéliens ont
réussi à fanatiser leur lectorat pour la trafiquante, les rapports sur
Naama ont déplacé presque complètement le show du Forum de l’Holocauste.
Un observateur étranger pourrait imaginer que tout ce grand
rassemblement avait pour but de sauver la fille de Sion des griffes
russes. On a fait pression sur Poutine pour qu’il pardonne à la jeune
femme séance tenante. Il a sagement décliné l’invitation; il vient de
donner à la mère de Naama la réponse israélienne standard « Ça va aller ».
Si Naama devait être libérée avant le transfert de l’église, les Juifs
pourraient être tentés de refuser le transfert. Les Israéliens détestent
donner quelque chose gratuitement; c’est une phobie, cette peur d’agir
comme un lèche-bottes. Il leur est plus facile de penser qu’ils vendent
l’église en échange de la fille israélienne. Mais cette fausse
perception des choses rend également possible une tricherie de dernière
minute.

Cependant, il semble que les autorités israéliennes aient
décidé de raccomoder leurs relations avec la Russie. Elles ont bien pris
soin de Poutine, elles ont préféré sa version de l’histoire aux
versions polonaise et ukrainienne. Elles ont reconnu le rôle décisif de
l’Armée rouge dans la destruction de la puissance nazie et dans
l’ouverture des portes d’Auschwitz. Ce faisant, elles ont corrigé leurs
multiples torts envers les Russes et sont clairement allées à l’encontre
des injonctions américaines.

Le vice-président Pence n’a pas
signalé que c’est l’Armée rouge russe qui avait  libéré Auschwitz. Il a
parlé de soldats américains qui ont en effet participé à la guerre (et
qui occupent toujours l’Europe, d’ailleurs, mais il ne l’a pas
mentionné). Les dirigeants américains comparent généralement Staline et
Hitler comme des épouvantails jumeaux, permettant ainsi à la Pologne et
aux États baltes de se dédouaner facilement. La nouvelle version établie
à Jérusalem n’est pas seulement plus correcte et plus juste; c’est
aussi une pause dans la distorsion habituelle anti-russe et une chance
de report pour la guerre nucléaire totale.

N’oublions pas que le
compte à rebours avant le Jugement dernier nous guette toujours, et que
nous en sommes à moins 100 secondes avant minuit,

Un Poutine dynamique

Poutine
est tellement différent de ses prédécesseurs, de Yeltsin le massif   et
de l’obséquieux Gorbatchev! Il est souple, agile, rapide, amical,
totalement dépourvu de pompe et de prétentions. Il est plein d’énergie
et rapide à la riposte, mais aussi capable de faire une tête de joueur
de poker et de garder le silence. C’est l’homme que nous avons vu à
Jérusalem. Il a rencontré des gens, prononcé des discours et pris des
décisions – plus qu’un jeune homme ne saurait en faire. Et il n’est pas
encore âgé, avec ses 67 ans, contrairement aux 73 de Trump et aux 78 de
Sanders. Je pense qu’il va pouvoir abattre du travail encore pendant de
longues années.

C’est pourquoi je doute que le changement de
gouvernement opéré la semaine dernière soit un signe de retraite
prochaine pour M. Poutine. Pour moi, c’est juste un remaniement normal
du gouvernement. Les nouveaux ministres sont plus jeunes que les
anciens. Le nouveau Premier ministre aura pour mission d’informatiser la
Russie, comme il a informatisé le bureau des statistiques. La Russie
est en train de se moderniser et Poutine a besoin de camarades d’armes
plus jeunes. Certains sont très jeunes, comme le nouveau ministre de la
Culture dont le manque de déférence avait déjà provoqué quelques chocs
désagréables parmi les artistes habitués aux bourses occidentales. Les
postes les plus importants – Affaires étrangères, Défense – restent
entre les mains de la vieille garde, et assureront la continuité. M.
Poutine ne prendra pas sa retraite de sitôt, mais il a probablement
besoin de plus de personnes qui comprennent ses intentions et soient
prêtes à tenir leur rôle.

En fait, il n’a guère le choix. Dans la
situation actuelle, personne ne peut garantir son bien-être. Le sort de
Saddam et de Kadhafi est encore trop frais dans sa mémoire. Et il semble
bien se débrouiller. Il l’a prouvé lors de cette courte visite
surchargée à Jérusalem.

P.S. Juste au moment du Forum d’Auschwitz, un tribunal russe s’est penché sur l’affaire du Dr Roman Iouchkov. Il avait été accusé de négation de l’Holocauste, et il a gagné, car le négationnisme n’est pas un crime en Russie. Encouragé par sa victoire, le Dr Iouchkov a poursuivi l’État, réclamant six millions de roubles au titre de dommages et intérêts et, le 21 janvier, le tribunal lui a accordé 50.000 roubles en réparation. Il semble que la Russie soit le pays le plus libre du monde. Vous pouvez écrire à Iouchkov à l’adresse romanyushkov@mail.ru.

Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Source : 
The Unz Review et https://www.unz.com/ishamir/battle-for-auschwitz-ii/

Traduction : Maria Poumier