Dialogue entre Candide et Supram

Dialogue entre Candide et Supram

— Je te le répète, Candide. La Terre est une prison et nous sommes comme les poulets dans un poulailler, ou des moutons dans une bergerie. Nos maîtres nous élèvent pour se nourrir de nos mémoires et de nos émotions. Ils passent leur temps à nous manipuler.

— Je veux bien Supram, mais comment nous manipulent-ils alors ?

— Ils nous dictent nos pensées. Celles-ci ne nous appartiennent pas. Ce sont eux qui nous les soufflent, par notre mental.

— Nos pensées ? Vraiment toutes nos pensées ? Il n’y en a pas une qui nous appartient, qui soit vraiment créée par nous ou par notre cerveau ?

— Non ! Elles proviennent de ces maîtres.

— Alors chaque fois que je pense à sortir Médor pour lui faire faire ses besoins, ou que je pense moi-même à faire mon dépôt dans le bol des toilettes, ce sont ces maîtres qui me le dictent ?

— Bien sûr, puisqu’ils sont la véritable origine de nos pensées !

— Chaque fois que je pense à ma liste d’épicerie pour ne rien oublier, c’est la même chose ?

— Oui !

— Et lorsque je suis amoureux de Mariette, que je l’aime si fort que je lui donnerais tout, y compris ma vie, c’est encore eux ?

— Encore oui !

— Excuse-moi, Supram, mais je ne comprends pas trop l’intérêt que peuvent avoir de tels Maîtres, ces « entités », comme tu les appelles. Elles passeraient leur temps à influencer ou créer la moindre de nos pensées, ceci dans le but, ensuite, de nous sucer nos mémoires ou nos émotions ?

Si elles sont si supérieures à nous, pourquoi s’occupent-elles de nos cacas, pipis, vomis et autres saletés de nos vies ? En plus, nous y sommes tellement habitués, sauf peut-être au vomi, que cela n’engendre en nous guère autre chose que de l’indifférence. Et nous nous empressons de l’oublier.

— Pourtant, c’est comme ça, je te l’assure, car ce savoir ne provient pas de mon mental, mais est vibratoire !

— Vibratoire ?

— Oui, vibratoire ! Ça me fait vibrer d’une telle manière que je sais que c’est vrai, en toute certitude, sans le moindre doute !

— Eh bien, tu es fort, toi ! Quand mon cadran vibre, la seule chose que je sais est que je dois aller au boulot. Mais l’idée que des entités si supérieures que ça pourraient être suffisamment stupides pour s’intéresser à mes pipis, cacas et autres saletés qui peuvent provenir de moi-même, non seulement ça me dépasse, mais surtout, ça ne me fait pas vibrer du tout.

— C’est normal, tu n’es pas supramachin. Tu n’as pas accès à la source universelle, mais tu n’es que victime du mensonge cosmique.

— Le mensonge comique ? C’est quoi encore cette affaire ? Et ton supramachin ?

— Pas le mensonge « comique », ignorant, mais « cosmique » avec un S comme dans choucroute !

— Ah, si tu le dis, ça doit être vrai. Je suis effectivement ignorant de toutes ces affaires supramachines. Mais, dis-moi, il y a encore autre chose que je trouve bizarre avec tes vibrations. Les émotions ne nous font-elles pas vibrer ? La beauté et les sentiments ne te font-ils pas vibrer ? Et si c’est vibratoire, pourquoi ce serait plus faux que tes croyances supramachines ?

— Ça n’a rien à voir, petit ignorant ridicule ! Le supramachin, c’est tout autre chose que tu es visiblement incapable de pouvoir connaître. D’ailleurs tu appartiens à la sous-humanité créée par ces entités et non par la Source cosmique. C’est pour ça que tu ne peux pas comprendre.

— Et je comprends d’autant moins qu’il y a autre chose qui me turlupine dans ce que tu racontes. Que font tes entités avec les amnésiques ? Ils n’ont plus guère de mémoire. Et pour peu qu’ils soient dans une phase neutre, vide d’émotions particulières, comme ça arrive à de nombreux êtres humains (notamment quand ils font leur dépôt), comment peuvent-ils intéresser ces maîtres ?

— Ils se rattrapent à d’autres moments, notamment pendant les guerres.

— Si tu le dis… Mais alors, pourquoi avoir un cerveau si perfectionné, des milliards de fois plus rapide que le plus puissant des ordinateurs, si c’est juste pour recevoir les pensées de ces entités qui seraient nos maîtres ? Je croyais qu’il servait à créer des pensées ou au moins à les organiser ou à les formuler. Je dois être bien naïf.

— Oui, tu es naïf, et ignorant ! Ces entités ont manipulé les scientifiques pour qu’ils mentent à l’humanité en prétendant que le cerveau est plus performant qu’un ordinateur. Les scientifiques n’arrêtent d’ailleurs pas de mentir, comme les politiciens.

— Tous ? Vraiment tous ? Même ceux qui ont trouvé que la Terre était ronde ?

— Oui, eux aussi ! La Terre est plate !

— Oh ! Mais ce que les satellites observent ?

— Inventions, manipulation, mensonges ! Tous les scientifiques sont dans la combine ! Ça fait partie du mensonge cosmique.

— Mais comment tu peux être aussi sûr de tout ça ?

— Je sais, c’est tout ! C’est vibratoirement supramachin ! Ta conscience est endormie. Tu ne peux pas savoir !

— Bin pourtant, je te parle, là. Je suis réveillé, non ?

— Ce n’est pas ça être « éveillé », super ignorant !

— Alors donc, d’après toi, je suis un mouton super endormi, prisonnier de la Terre par des entités comiques qui sucent mes stupides émotions et ma mémoire quand je ne fais pas caca ni pipi, mais que je fais la guerre si ça m’arrive et que je me souviens de ce que je fais, ce qui pourtant n’arrive pas très souvent. Euh… C’est bien ça, ou je n’ai rien compris ?

— C’est ça, t’as rien compris !

— Et les Alzheimer ? C’est comme les amnésiques ? Ou c’est autre chose ?

— Mon pauvre, même si tu suivais des séminaires supramachins, tu n’en retirerais quasiment rien. Ton cas est désespéré ! Tu es dans l’involution et tu y resteras ! Ainsi l’a dit Saint Bernard de Cinfoirien !

— Mais je croyais que tu t’appelais Supram ?

— Saint Bernard de Cinfoirien, ce n’est pas moi, imbécile ! C’est le Maître du supramachin !

— Ah ?… Et quelle est la différence entre ce maître et nos geôliers ? Pourquoi lui serait-il moins manipulé par eux ?

— Parce qu’il provient de la source et qu’il appartient à la première humanité !

— Si tu le dis… À la réflexion, je préfère rester ignorant et dans cette prison pas si mal que ça quand on aime les autres êtres humains et la nature.

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