Entendre et écouter pour communiquer, maintenant et dans l’Humanité future

Dans la langue française, deux mots sont utilisés pour représenter les trois étapes d’une véritable communication. Le mot « entendre » s’y trouve dans la première et dans la dernière étape, alors qu’« écouter » représente la phase intermédiaire de la communication.

Lorsqu’un être humain reçoit un message audible émis par un autre, que ce soit directement ou par l’intermédiaire d’un appareil tel qu’un téléphone ou une radio, il commence par l’entendre si le volume sonore reçu est suffisamment important au niveau de ses oreilles. Il commence donc par percevoir le message par son système sensoriel, et plus spécialement par le système auditif du corps physique.

Dans une seconde étape, initialement par un acte de volonté, il doit s’approprier l’information et la laisser pénétrer en lui-même. Il doit se montrer volontairement attentif à ce qu’il entend. Il n’entend pas seulement le message, mais l’écoute. Il y réagit d’une manière ou d’une autre en utilisant sa sensibilité.

Enfin, dans une dernière étape, celle de l’entendement, il utilise son mental pour comprendre le sens de l’information reçue, et aussi pourquoi elle a pu provoquer en lui-même telles réactions sensibles plutôt que telles autres. Il peut maintenant dire à son interlocuteur : « je t’entends bien », je te comprends.

Dans le Nouveau Monde, les êtres humains de la prochaine Humanité, celle qui suivra les Homo Sapiens, parviendront de plus en plus à mettre en œuvre une communication d’une qualité telle qu’elle existe rarement de nos jours. Non seulement leurs sens physiques pourront être plus affinés, comme c’est le cas pour les autistes qui sont littéralement agressés par les sons dès qu’ils dépassent un niveau sonore pourtant acceptable pour les autres. Mais ils disposeront d’un véhicule sensible ou « astral » beaucoup plus transparent ou perméable aux impressions en provenance du monde extérieur.

Les précurseurs actuels, êtres humains atypiques et encore très minoritaires, se trouvent ici aussi en difficulté. Leur capacité naturelle à intégrer en eux toutes les réalités extérieures captées, par le biais de leurs sens affinés et par leur transparence astrale, fait qu’ils doivent trouver des stratégies pour se protéger de la négativité ambiante dont l’absence de moralité n’est pas le moindre facteur. Le plus souvent, ils n’ont pas d’autre choix que de se replier sur eux-mêmes, parfois jusqu’à se mettre en position fœtale. De surcroît, non seulement par leur hyper sensibilité, mais aussi par leur inadaptation relative au monde actuel (étant précurseurs de la future Humanité et adaptée à celle-ci), ils tendent à souffrir particulièrement, d’autant plus que leur mode de communication n’est pas encore compris. Pour diminuer drastiquement leur souffrance inhérente à leurs spécificités, ils doivent fournir un travail d’adaptation soutenu, souvent pendant de longues années, ceci en utilisant leur force de volonté en provenance directe de l’âme.

Les caractéristiques sensorielles et sensibles de tels précurseurs font qu’ils vivent le plus souvent une bonne partie de leur vie ou au moins de leur jeunesse comme une période d’angoisse ou de terreur profonde face au monde actuel étranger à leur nature.

Sur le plan mental, les êtres humains de la future humanité auront, comme leurs précurseurs actuels, une fluidité rarement expérimentée de nos jours. Celle-ci leur donne la capacité à se déplacer d’un point de vue à l’autre sans s’y attacher outre mesure, et donc à globalement acquérir une perception mentale multiforme ou multidimensionnelle. Dans le même temps, ils montreront une grande acuité mentale et une capacité à gérer un grand flot d’informations différentes, à les relier entre elles, à voir leurs points communs, à percevoir leurs contradictions apparentes ou réelles, les erreurs de logique, l’absence ou la présence de « raison », leur caractère illusoire ou réaliste…

Simultanément, leur inspiration leur fournira un appui essentiel pour leurs créations et leurs échanges relationnels transparents. De tels êtres ne peuvent en effet fonctionner dans le mensonge. Ce qu’ils créent est le reflet de leur être profond, de leur âme, de la même manière que ce qu’ils disent. Ils ne peuvent vivre dans la demi-mesure, les faux-semblants, l’hypocrisie, la superficialité… qui sont contraires à leur nature. Ils sont entiers, et non pas morcelés en parcelles physiques, émotionnelles, et mentales dispersées aux quatre vents.

Sur le plan de la communication, l’aboutissement de la prochaine humanité sera la télépathie mentale généralisée.

Le champ magnétique terrestre fait des siennes et les géologistes ne savent pas pourquoi

Le champ magnétique terrestre fait des siennes et les géologistes ne savent pas pourquoi

Le pôle nord magnétique de la Terre s’est éloigné du Canada en direction de la Sibérie, entraîné par la fonte de fer liquide au cœur de la planète. Le pôle magnétique se déplace si rapidement qu’il a contraint les experts en géomagnétisme du monde à faire un geste rare: le 15 janvier, ils mettront à jour le modèle magnétique mondial, qui décrit le champ magnétique de la planète et qui sous-tend toute la navigation moderne, les systèmes de gestion des navires en mer aux cartes Google Maps sur les smartphones.
La version la plus récente du modèle est parue en 2015 et devait durer jusqu’en 2020, mais le champ magnétique change si rapidement que les chercheurs doivent maintenant le corriger. «L’erreur augmente constamment», déclare Arnaud Chulliat, géomagnétiste à l’University of Colorado Boulder et aux centres nationaux d’information sur l’environnement de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration).
Le problème tient en partie au pôle en mouvement et en partie à d’autres changements au plus profond de la planète. Le barattage de liquide au cœur de la Terre génère la majeure partie du champ magnétique qui varie avec le temps, à mesure que les flux profonds changent. En 2016, par exemple, une partie du champ magnétique s’est temporairement accélérée, en profondeur sous le nord de l’Amérique du Sud et dans l’est de l’océan Pacifique. Des satellites tels que la mission Swarm de l’Agence spatiale européenne ont suivi ce changement.
Au début de 2018, le modèle magnétique mondial était en difficulté. Des chercheurs de la NOAA et du British Geological Survey d’Edimbourg vérifiaient annuellement dans quelle mesure le modèle captait toutes les variations du champ magnétique terrestre. Ils se sont rendus compte que c’était tellement imprécis que c’était sur le point de dépasser la limite acceptable d’erreur de navigation.
Pôle errant
«C’était une situation intéressante dans laquelle nous nous sommes retrouvés», déclare Chulliat. « Que se passait-il? » La réponse est double, a-t-il déclaré le mois dernier lors d’une réunion de l’Union géophysique américaine à Washington DC.
Tout d’abord, l’impulsion géomagnétique de 2016 sous l’Amérique du Sud est arrivée au pire moment possible, juste après la mise à jour de 2015 du modèle magnétique mondial. Cela signifiait que le champ magnétique avait vacillé juste après la dernière mise à jour, d’une manière que les planificateurs n’avaient pas anticipée.

Deuxièmement, le mouvement du pôle magnétique nord a aggravé le problème. Le pôle se promène de manière imprévisible, ce qui fascine les explorateurs et les scientifiques depuis que James Clark Ross l’a mesuré pour la première fois en 1831 dans l’Arctique canadien. Au milieu des années 90, il a pris de la vitesse, passant d’environ 15 kilomètres à environ 55 kilomètres par an. En 2001, il était entré dans l’océan Arctique – où, en 2007, une équipe comprenant Chulliat avait atterri sur la glace marine pour tenter de localiser le pôle.
En 2018, le pôle a franchi la ligne de date internationale dans l’hémisphère oriental. Il fait actuellement un pas en avant vers la Sibérie.

La géométrie du champ magnétique terrestre amplifie les erreurs du modèle aux endroits où le champ change rapidement, comme le pôle Nord. «Le fait que le pôle avance rapidement rend cette région plus sujette à de grosses erreurs», déclare Chulliat.
Pour réparer le modèle magnétique mondial, lui et ses collègues l’ont alimenté sur trois années de données récentes, y compris l’impulsion géomagnétique de 2016. La nouvelle version devrait rester exacte, dit-il, jusqu’à la prochaine mise à jour régulière prévue en 2020.
Questions de base
Entre-temps, les scientifiques s’efforcent de comprendre pourquoi le champ magnétique change de manière si spectaculaire. Les impulsions géomagnétiques, comme celle de 2016, pourraient être attribuées aux ondes «hydromagnétiques» provenant des profondeurs du cœur. Et le mouvement rapide du pôle magnétique nord pourrait être lié à un jet de fer liquide à grande vitesse sous le Canada.
Le jet semble ternir et affaiblir le champ magnétique sous le Canada, a déclaré Phil Livermore, géomagnétiste à l’Université de Leeds, au Royaume-Uni, à la réunion de l’American Geophysical Union. Et cela signifie que le Canada est essentiellement en train de perdre un bras de fer magnétique avec la Sibérie.
«L’emplacement du pôle magnétique nord semble être régi par deux plaques de champ magnétique à grande échelle, l’une située sous le Canada et l’autre sous la Sibérie», a déclaré Livermore. « Le plaque sibérienne gagne le concours. »
Ce qui signifie que les géomagnétistes du monde auront beaucoup à faire pour les occuper dans un avenir prévisible.
Source: https://www.nature.com/articles/d41586-019-00007-1?sf205676708=1 Publié par Isabelle à 18:33 http://conscience-du-peuple.blogspot.com/2019/01/le-champ-magnetique-terrestre-fait-des.html

L’arnaque de la fausse panique de « La Guerre des Mondes »

L’arnaque de la fausse panique de « La Guerre des Mondes »

Un auteur invité de Miles Mathis revient sur cette entourloupe de 1938, où le jeune Orson Welles récite un extrait du roman de H.G. Wells, célèbre auteur de science-fiction (mais aussi d’un livre intitulé « Le Nouvel Ordre Mondial »…). Si vous souhaitez écouter ce « monument » radiophonique, je vous mets le LIEN vers une vidéo.

La Guerre des Mondes Un nouveau regard sur une ancienne arnaque

Par les Self-Righteous Brothers
Traduit par Apolline

« Ce n’était qu’une tempête dans un verre d’eau »
– Jack Parr

Vous vous souvenez peut-être de la légendaire adaptation radio par Orson Welles du roman de H.G. Wells, La Guerre des Mondes, diffusée dans la soirée du 30 octobre 1938 sur CBS avec la troupe du théâtre Mercury. L’émission a acquis sa célébrité en causant une panique générale en Amérique car les auditeurs ont cru à un réel compte-rendu d’invasion extraterrestre – ou pour le moins nazie – dans le New Jersey. Cet événement perdure à ce jour comme le testament du pouvoir des médias de masse à nous mystifier. Et c’est exact, mais pas de la manière dont vous pourriez le penser.

Voyez-vous, les médias – PBS et Radiolab inclus – continuent de se focaliser sur « l’hystérie collective » catalysée par l’émission de Welles, comme si cela démontrait le pouvoir des médias. Dans cette interprétation toujours en vogue, les citoyens américains des années 1930 nous apparaissent comme un troupeau naïf de gogos abrutis alors que nous, habitants éclairés de l’Amérique du 21ème siècle, affirmons notre avance et supériorité sur nos ancêtres moutonniers. Comme ils ont été stupides, ces millions d’Américains, d’avoir cru à une invasion martienne en l’entendant simplement à la radio ! Jamais nous ne serions tombés dans ce panneau, disons-nous.


Mais c’est nous qui sommes les dindons de la farce car nous continuons de croire à une hystérie collective qui ne s’est jamais produite. Wikipédia l’admet dans le tout premier paragraphe de sa page sur l’événement :

L’épisode devint célèbre pour avoir entraîné une panique chez les auditeurs mais l’ampleur de cette panique est discutée car le programme n’a eu que relativement peu d’auditeurs.

Un exposé de Slate en 2013 déclare carrément :

La prétendue panique a été si minime qu’elle en fut pratiquement non mesurable lors de la nuit de l’émission… Presque personne n’a été dupe de la radiodiffusion de Welles.

Autant pour nous qui nous croyons supérieurs à nos parents. Il s’avère que nous sommes bien plus crédules qu’eux.

En fait, d’après une remarque ultérieure de Frank Stanton, président de CBS, il n’y eut presque personne à écouter l’émission cette nuit-là. Ce qui contredit directement une étude de l’événement, publiée en 1940 par Hadley Cantril, professeur à Princeton, qui calcula que 6 millions de gens avaient écouté l’émission et que 1,7 million d’entre eux avaient cru à de vraies informations. On penserait qu’une étude publiée quelques années après et sortie d’une université si renommée serait quelque peu plus objective que les compte-rendus immédiats, mais des historiens ont conclu plus tard que l’étude de Cantril présentait de « sérieuses failles ». Elle était en fait totalement bidon. Cantril n’avait pas fait la distinction entre les personnes interrogées qui croyaient l’événement réel et celles qui savaient que c’était fictif et il ne fit que regrouper dans ses résultats tous les gens sondés qui disaient avoir été « excités », « perturbés » ou « effrayés » dans la catégorie des « paniqués ». « Paniqués » est un mot qui prête délibérément à confusion car il implique de croire à une chose réelle – sinon, pourquoi paniquer ?

Je ne vous ai rien appris jusqu’ici qui ne soit déjà connu. Vous pouvez lire tout ceci sur Wikipédia ou sur l’article de Slate ou à des dizaines d’autres endroits. Ce que vous ne lirez pas ailleurs, c’est que l’intégralité de l’événement a été mis en scène – pas seulement l’émission, mais également la fabrication d’une panique collective dans les journaux, la réaction de Welles aux faux compte-rendus et la couverture médiatique de Welles en réponse à ces compte-rendus. L’ensemble était prévu comme un test ; ils voulaient évaluer s’il était faisable de convaincre le public d’un événement à grande échelle qui ne s’était pas produit. Souvenez-vous que nous étions en 1938. L’Amérique était sur le point d’entrer en guerre, où un grand nombre de fausses morts, de faux bombardements et autres atrocités ont été mis en scène. Suite : http://bistrobarblog.blogspot.com/2018/12/larnaque-de-la-guerre-des-mondes.html#more

Bitcoin et autres monnaies cryptées : instruments de libération ou de contrôle ?

Voici quelques faits concernant ce type de monnaies :

  • Elles sont purement virtuelles et ne reposent sur aucune contrepartie tangible mesurable (comme l’or ou d’autres ressources minérales ou comme des ressources énergétiques), mais sur le réseau Internet ;
  • Comme leur valeur est arbitraire et dépend le plus souvent uniquement de l’offre et de la demande, elles sont hautement spéculatives et sont surtout utilisées dans l’espoir de s’enrichir avec (en les achetant lorsque leur cours d’échange est bas, et en les revendant lorsqu’il est haut) ;
  • Au moins dans le cas du Bitcoin, on ignore quels individus en sont les réels inventeurs, au point que certaines personnes pensent que cette monnaie a été créée par une intelligence artificielle ;
  • Comme le code source de plusieurs cryptomonnaies est connu, il est d’autant plus facile pour des pirates informatiques d’y trouver des failles et de les exploiter ;
  • Des bitcoins ont été volés à plusieurs reprises ;
  • Comme tout ce qui circule sur Internet, les transactions impliquant ces monnaies sont traçables et le prétendu anonymat est un leurre ;
  • Des grandes banques comme Goldman Sachs s’intéressent aux cryptomonnaies ;
  • En conjonction avec l’implant RFID, elles peuvent servir de base à une monnaie électronique virtuelle mondiale sans laquelle il ne serait plus possible d’acheter et de vendre.

En conséquence, elles tendent plutôt à faciliter le contrôle sur les échanges qu’à permettre la libération des êtres humains du système économique et financier actuel. Une telle libération aura plutôt lieu lorsque la gratuité sera généralisée et l’usage de l’argent (sous quelque forme que ce soit) abandonné.

(Voir aussi : Liberté, égalité, gratuité et Accepter ou refuser l’implant)

Liberté, égalité, gratuité

[Source : https://www.legrandsoir.info/liberte-egalite-gratuite.html]
En offrant une vie bonne et juste, la gratuité est révolutionnaire

Liberté, égalité, gratuité

Paul ARIES

Le site LGS partenaire du Forum national de la gratuité qui aura lieu le samedi 5 janvier 2019 à Lyon publie la conclusion du livre-manifeste Gratuité vs capitalisme (Larousse). Tous les partis et mouvements des gauches et de l‘écologie vous donnent rendez-vous le samedi 5 janvier pour fêter la gratuité ! Construisons la gratuité et l’espoir, construisons la sortie du capitalisme !
Toutes informations sur le site :
Appelgratuite.canalblog.com

La gratuité tire les leçons des échecs des politiques d’émancipation depuis du 20e siècle. Tout appel au sacrifice au nom du bonheur des générations futures se conclut dans le sang. Nous ne croyons plus aux lendemains qui chantent car nous voulons chanter au présent. Cette bonne nouvelle possède à la fois un fondement matériel et un fondement idéel. La planète est déjà bien assez riche pour permettre à sept milliards d’humains de vivre bien. Les nouveaux gros mots de l’émancipation (buen vivir sud-américain, plus vivre négro-africain, écologisme des pauvres en Inde) montrent que les peuples ne désirent pas « toujours plus ». Au terme de ce voyage aussi gourmand que gourmet au sein des expériences de gratuité, qui sont autant de laboratoires d’un monde en gestation, je crois nécessaire d’établir dix grands repères permettant d’avancer, dès maintenant, vers une civilisation de la gratuité.

Gratuité ou barbarie
La gratuité est une réponse à la crise systémique qui menace l’avenir même de l’humanité. C’est bien parce que la planète est en feu qu’il convient de changer de paradigme dominant. C’est bien parce que notre civilisation meurt qu’il faut observer les alternatives émergentes. Le monde actuel court à sa perte mais d’autres mondes peuvent déjà s’y substituer. Le meilleur n’est pas certain comme le prouvent les projets d’adapter la planète et l’humanité aux besoins qui sont ceux du capitalisme mais le pire peut être évité grâce à la gratuité. La gratuité n’est pas toute la solution mais elle a le mérite de rouvrir le champ des possibles. C’est bien parce que l’eau potable devient plus rare que nous devons la rendre gratuite ; c’est bien parce que les transports sont responsables d’une part essentielle des émissions de CO2, qu’il faut basculer des transports individuels aux transports en commun gratuits ; c’est bien parce que nous devons apprendre à manger mieux en émettant moins que la restauration scolaire, et demain toute la restauration sociale, devront être gratuites. La gratuité en changeant la règle du jeu redistribue les grandes cartes civilisationnelles. J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à ne jamais céder au désespoir qui ne peut susciter que des colères mais à montrer qu’existent déjà des petits-bouts d’autres civilisations au sein même de celle-ci, des formes de vie pré-capitalistes et post-capitalistes qui peuvent rendre l’espoir.

Gratuité versus marchandisation
La gratuité répond certes à un certain nombre d’urgences sociales, écologiques, politiques, mais elle le fait en proposant non pas seulement des solutions aux multiples crises que provoque la marchandisation, mais en considérant que c’est la marchandisation elle-même qui est en crise et que nos réponses doivent donc ouvrir des voies de démarchandisation. La gratuité est donc plus révolutionnaire que tous les projets généreux de revenu d’existence puisqu’elle ne se fonde pas sur la thèse contestable de la « fin du travail » mais est une réponse à la crise du processus de marchandisation lui-même ce qui vise plus loin/grand. J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à engager dès maintenant la réflexion pour commencer à construire dès maintenant des petits bouts d’une société de la gratuité. Ces îlots de gratuité deviendront demain des archipels, des continents, un nouveau monde.

La gratuité existe toujours !
La gratuité n’a pas disparu contrairement à ce que clament les chiens de garde du système. Le poète Arthur Rimbaud invitait, au 19e siècle, à redevenir des voyants pour pouvoir agir. La même urgence existe, aujourd’hui, consistant à rendre visible cette part de gratuité invisible. J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à engager, dès maintenant, l’inventaire de tout ce qui subsiste de gratuit dans nos existences, dans ce que nous construisons ensemble, mais aussi dans les territoires de la République, afin de reprendre la main idéologiquement. Des villes ont déjà commencé à lister tout ce qui demeure gratuit et que nous ne voyons plus : les voies publiques, les places, jardins et parcs, les aires de jeux pour les enfants, les jeux de boules, le mobilier urbain, les protections devant les arrêts de bus, les écoles, les centres aérés, les dispensaires médicaux, les services administratifs, le soutien scolaire, les animations, les points cyb et les digital cities, l’accompagnement à la rédaction des CV et lettres de motivation, les Maisons de la justice et du droit, les déchetteries, les prêts de vélos, l’enlèvement des tags, des épaves (véhicules), les décorations florales, le stationnement, les conseils gratuits en architecture ou en aménagement paysager, les spectacles vivants, les baignades surveillées, les permanences d’assistantes sociales, de conseillères en économie sociale et familiale, la police municipale, les toilettes publiques, les fontaines d’eau y compris pétillante, avec eau froide ou à température ambiante, etc.

Une gratuité construite
La gratuité constitue une façon de faire société, bénéficiant, certes, des gratuités naturelles, mais résultant surtout d’un effort constant de construction collective dans tous les champs. La gratuité est économiquement, socialement, politiquement, écologiquement, construite ! Cette gratuité s’invente tout en fabriquant une société des usagers maîtres de leurs usages. J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à mettre en commun leurs modes d’emploi, sans rien cacher des difficultés et des échecs, sans taire non plus les succès petits et grands.

La gratuité du bon usage
La gratuité ne concerne pas seulement le vital mais tous les domaines de l’existence. La gratuité n’est pas vouée à demeurer l’exception face à la marchandisation qui serait la règle. Mais il ne s’agit surtout pas de laisser croire que tout pourrait devenir gratuit demain mais d’instaurer la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage. J’incite les lecteurs, les citoyens, les élus à créer des collectifs d’usagers dans tous les domaines pour définir démocratiquement, en tenant compte du savoir scientifique, ce qui, dans l’état actuel de la société doit être gratuit, renchérie et de quelle façon et ce qui doit être interdit.

La gratuité humanise !
La gratuité n’est dévalorisée socialement que dans la tête des mercenaires du capitalisme puisque les gens partagent majoritairement, au contraire, une bonne image de la gratuité. Ce qui nous reste le plus cher, l’amour, l’amitié, l’engagement, est sans valeur marchande ! Les Français ont une relation d’attachement instinctive à leurs services publics locaux. J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à contester systématiquement l’idée que ce qui serait sans valeur marchande n’aurait aucun prix aux yeux des humains et je les invite aussi à instruire le procès de la marchandisation en dénonçant systématiquement ses méfaits.

La gratuité responsabilise !
La gratuité responsabilise alors que l’échange marchand déresponsabilise. Cette thèse iconoclaste se vérifie dans tous les domaines, de l’existence individuelle à la société. Que je sache l’alimentation mondiale n’est pas gratuite et pourtant les producteurs et consommateur gaspillent presque 40 % de ce qui est produit à tous les stades de l’échange ! Les usagers des bibliothèques gratuites sont plus nombreux mais empruntent moins d’ouvrages, signe que la gratuité permet d’en finir avec le désir d’en avoir pour son argent, les usagers de l’eau gratuite en consomment également beaucoup moins. La gratuité conduit au-delà du marché donc des comportements pervers des consommateurs ! J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à montrer concrètement comment la gratuité améliore la qualité de vie, comment elle permet de réaliser des économies, de faire la chasse au gaspi.

La gratuité ou le choix de la démocratie
La gratuité est l’inverse d’une robinsonnade dans la mesure où elle a besoin des autres. La gratuité est une construction collective qui impose la participation du plus grand nombre. J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à faire le choix du toujours plus de démocratie, à créer les conditions pour avancer vers une société des usagers maîtres de leurs usages, à ne jamais séparer l’extension de la sphère de la gratuité de celle de la démocratisation.

La gratuité un projet universel
La gratuité n’est pas une lubie de gosses de riches car ceux qui en parlent le mieux sont les peuples du Sud et les premiers bénéficiaires en seront incontestablement les plus pauvres. Mais la gratuité s’adresse à tout le monde puisqu’elle est par principe inconditionnelle, les logements sociaux gratuits seront comme l’école aujourd’hui accessibles à tout le monde, sur le modèle de ce que pratiquent déjà les pays scandinaves permettant ainsi de sortir de la logique des ghettos tout en faisant bénéficier toute la société des potentialités écologiques, sociologiques, anthropologiques qui restent celles, majoritairement, des gens ordinaires. La gratuité tire tous les enseignements du courant économiques de l’économie du bonheur en montrant qu’une société de partage permet même aux riches d’être plus heureux. J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à construire des convergences entre l’ensemble des territoires locaux, régionaux, nationaux, européens et mondiaux.

Le « plus à jouir » de la gratuité
L’air du temps est à l’austérité, au sacrifice, au grand repli sur soi, au retour de la xénophobie, à la recherche d’un nouveau pouvoir fort, à la montée des passions tristes. La gratuité campe du côté des passions joyeuses et donc d’un « plus à jouir » collectif. On peut, en effet, reprocher tout ce qu’on veut au capitalisme destructeur mais il faut bien reconnaître que cette société de consommation nous fait majoritairement jouir. Il existe de la jouissance à consommer toujours plus, même si on peut légitimement juger que cette jouissance est une mauvaise jouissance car fondée sur l’accumulation et le pouvoir. Nous ne dépasserons cependant cette forme de jouissance que si nous sommes capables de lui opposer une autre jouissance, encore plus jouissive, la jouissance d’être et non plus d’avoir. J’invite les lecteurs, les citoyens, les élus à inventer déjà d’autres façon de faire de la politique qui ne reproduisent pas les relations de pouvoir qui caractérisent le monde dominant, qui donnent envie de s’engager, de construire ensemble, d’oser la gratuité. Je ne sais pas si la gratuité est festive parce qu’elle relève de la transgression des règles dominantes ou parce qu’elle suscite, en elle-même, ce caractère festif, mais je peux témoigner que l’extension de la sphère de la gratuité instaure toujours un esprit de fête. N’existent que deux façons de faire de la politique : soit jouer sur le ressentiment et la peur (de l’autre, de demain), soit miser sur l’espoir, sur le grand désir de vivre ! Le philosophe Gilles Deleuze soutenait que seul le désir est révolutionnaire.

La gratuité est donc révolutionnaire, car elle est du côté du vivant, de ce qui rend l’espoir d’une vie bonne et juste.

Paul ARIES

Et voir dans le Monde Diplomatique, novembre 2018 : « Eloge de la gratuité » par Paul Ariès.

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Après le marketing

D’un certain point de vue, le marketing s’apparente à l’art du mensonge. On n’y présente pas des produits, des sociétés ou des individus, mais une image de ces derniers. On en cache les défauts, on y met en avant certaines qualités ou des avantages supposés, voire on en invente carrément. Et l’objectif est de vendre les produits, les sociétés et les individus concernés par les campagnes de marketing.

L’Humanité gagnera à remplacer le marketing par une présentation brute et transparente des faits, pour que ses membres sachent d’emblée à quoi s’en tenir et prendre leurs décisions en conséquence sans être trompés sur « la marchandise ».

La vérité sur un produit, sur une société, sur un individu ou sur une situation… n’est pas toujours agréable à entendre, mais combien d’êtres humains apprécient-ils de découvrir qu’on leur a menti? Combien préfèrent-ils qu’on leur mente? Et de ce point de vue, passer sous silence un fait gênant est déjà une forme de tromperie.

Dans une civilisation non plus basée sur la consommation (dans le but d’enrichir une minorité de banquiers, de marchands et d’actionnaires de multinationales), mais sur une production répondant étroitement aux besoins les plus fondamentaux des peuples et des individus, le marketing perdra d’autant plus sa raison d’être. On ne cherchera plus à gagner de l’argent, trop souvent sur le dos des autres (ceci au besoin en créant et vendant n’importe quoi, même du vent, comme savent le faire les escrocs de tout poil). Mais on s’orientera bien davantage vers une utilisation judicieuse des ressources individuelles et collectives au service du plus grand nombre plutôt que seulement au service de soi-même.

Un système presque gratuit

En attendant un monde de gratuité totale, de don désintéressé et de partage des ressources (dans dix mille ou cent mille ans, peut-être), sortons malgré tout du moule de l’économie et de la finance modernes. Envisageons un monde réalisable à plus brève échéance, dans lequel presque tous les biens et services pourraient être gratuits. Comment cela pourrait-il être facilement possible ?

Si l’on considère l’argent comme une forme d’énergie pouvant faciliter les échanges, alors le plus logique est d’en mesurer la valeur en unités d’énergie, par exemple en joules ou en Calories. Lorsqu’un être humain effectue un travail (que ce soit au sens scientifique ou au sens social), il dépense évidemment une certaine quantité d’énergie pour le mener à bien, selon sa puissance de travail et selon le temps qu’il met pour l’accomplir. Pour continuer à vivre, il a alors besoin de se ravitailler, de manger une quantité d’aliments ayant un nombre de Calories équivalent à ce qu’il a perdu par le travail. Ce dernier peut aussi bien être de nature créatrice (artisanale, artistique, productive, etc.) que de service (soin, assistance, direction, etc.). Dans chaque cas, il s’épuise (physiquement, émotionnellement et/ou mentalement) pour mener à bien sa tâche. Il dépense des Calories et aura besoin d’en manger une quantité équivalente. On peut résumer cette proposition par la formule suivante :

ARGENT = ÉNERGIE (mesurée en Calories).

Considérons maintenant un groupe dont les membres souhaitent utiliser cet argent pour échanger des produits et des services. Il peut à cette fin créer une réserve énergétique virtuelle basée sur son potentiel combiné de travail annuel, réserve éventuellement augmentée des ressources énergétiques et matérielles concrètes dont le groupe dispose déjà (terrains cultivables ou non, immobilier, meubles, machines, mines, rivière, etc.). Ces ressources gagnent d’ailleurs à être mises à la disposition de tous et non pas thésaurisées par quelques individus du groupe. Que ce soit le cas ou non, elles demandent une certaine dépense d’énergie pour être exploitées, et certaines d’entre elles peuvent en retour fournir de l’énergie (par exemple de l’énergie électrique fournie par un moulin à eau ou à vent). La combinaison de la capacité annuelle de travail du groupe et de ses ressources fournit un montant total de Calories qui peut servir de réserve. Résumons ainsi :

Capacité annuelle de travail + Ressources matérielles = Réserve monétaire du groupe

Établissons ensuite que tout travail, toute tâche ou toute création nécessitant une quantité Q de Calories pour être mené à bien ajoute le montant correspondant dans la réserve lorsqu’il est effectué, mais réclame ce même montant pour vivre le temps de le mener à bien. En d’autres termes, il faut manger pour travailler, et donc puiser préalablement un certain nombre de calories dans la réserve monétaire, puis en travaillant, on rembourse le nombre de calories (qui sont automatiquement replacées dans cette dernière). Il vient donc :

Avant le travail : retrait d’un montant de la réserve (= emprunt)

Par le travail : remboursement de l’emprunt à la réserve.

Ceci n’explique toujours pas comment presque tout pourrait être gratuit. Nous y venons, en utilisant quelques exemples de travaux usuels. Un petit agriculteur et ses deux ou trois commis parviennent à produire dans l’année suffisamment de viande, de légumes ou de fruits pour nourrir une centaine ou un millier de personnes. Ce qu’il rembourse par son travail ne dépend pas de la quantité de viande, de légumes ou de fruits qu’il produit avec ses commis, car de toute manière, c’est la nature qui effectue le plus gros du travail, mais de l’énergie que lui-même a dépensée. Il en est de même pour ses commis. Ils remboursent leur propre emprunt par l’énergie qu’ils ont dépensée dans l’année. Notons que nous pouvons faire le même raisonnement sur un mois au lieu d’un an. Le principe est le même. L’agriculteur et ses commis ont donc ainsi reçu en quelque sorte le salaire pour leur travail. Pourquoi devraient-ils alors vendre les légumes, fruits et animaux à viande produits ? Ils n’ont pas besoin de le faire pour vivre, puisque pour ceci, le simple fait d’avoir travaillé le leur assure. Ils peuvent donc au contraire les mettre à la libre disposition des membres de leur groupe.

De même, un médecin ou un chirurgien rembourse son propre emprunt annuel ou mensuel par le simple fait d’offrir ses services de guérison à des malades pendant la période correspondante. Pour cela, il n’a pas besoin de faire payer en plus à ces derniers ses interventions ni ses conseils. Ceux-ci peuvent au contraire être gratuits. Il en est encore de même pour un écrivain ou un créateur de musique. Il rembourse son propre emprunt par le simple fait d’écrire un roman ou de composer un morceau de musique, selon le cas. Il n’a donc nullement besoin à cette fin de recevoir des droits d’auteur et peut au contraire mettre ensuite ses productions artistiques à la libre disposition des membres de son groupe.

Avec une telle approche, les seules productions qui peuvent demander un petit investissement supplémentaire par rapport à la gratuité, ceci pour l’individu qui voudrait les acquérir, sont celles qui épuisent certaines ressources matérielles ou énergétiques du fond commun du groupe. L’ensemble des personnes qui ont contribué par exemple à construire un ordinateur ont été payées de leur travail par le simple fait de travailler, mais cet ordinateur à prélevé une quantité de ressources qui elles ne sont pas remplacées. Il faut donc un investissement monétaire (ou calorique) supplémentaire de la part de l’acquéreur potentiel, pour compenser cette perte si l’on veut que le montant de la réserve monétaire reste globalement fixe et ne finisse pas par s’épuiser lui aussi. Cependant, un individu donné devra faire en quelque sorte pas mal d’heures de travail supplémentaires pour acquérir certains biens matériels demandant beaucoup de ressources concrètes. Le mieux alors est de partager ce type de produits entre plusieurs usagers du groupe plutôt que de tenter d’en obtenir chacun un exemplaire. Ceci peut être notamment le cas des camions, des voitures, et même des téléviseurs 4k à grand écran. On épuisera moins vite les ressources terrestres par leur partage, et donc par une production réduite, à l’inverse de celle pratiquée dans une société de consommation.

Les soins, les productions agricoles, les conseils juridiques, les créations d’artistes, etc. peuvent être totalement gratuits avec un tel système de fonctionnement. Une telle réserve monétaire que celle ainsi évoquée devrait bien sûr être contrôlée par l’ensemble des membres du groupe concerné et non pas par seulement certains d’entre eux. La transparence est alors de mise, chacun pouvant avoir libre accès aux comptes. Enfin, la puissance de travail des différents êtres humains ne variant probablement pas plus que du simple au double ou du simple au décuple pour les cas extrêmes, il n’y aurait ainsi pas d’aussi grosses disparités de richesse matérielle que de nos jours.

Monnaies sociales et complémentaires

Dans divers endroits du monde, il existe déjà des dispositifs alternatifs aux monnaies officielles pour faciliter les échanges de travaux, de services, de produits ou de biens.
Par exemple, la page https://www.ritimo.org/Monnaies-sociales-complementaires mentionne :

Monnaies sociales & complémentaires

Les monnaies dites sociales et complémentaires (ou Monnaies Complémentaires Communautaires, MCC) désignent des dispositifs d’échange, des outils de paiement, organisés autour d’une unité de compte spécifique, permettant d’échanger des biens et services et utilisés en complément du système monétaire officiel du pays en question (le dollar, l’euro, etc.). Largement ignorées de la science économique dominante, ces monnaies occupent pourtant une place de choix dans la recherche de modèles économiques alternatifs, et attirent de plus en plus d’intérêt des acteurs locaux. Dans le contexte français, elles s’inscrivent dans la mouvance de l’économie sociale et solidaire, mais il s’agit d’un phénomène à l’échelle mondiale, visible notamment en Amérique du Sud, en Amérique du Nord, en Europe et en Asie (notamment au Japon). Si les innovations foisonnent, notamment depuis les années 1980, leur impact réel reste encore marginal, que ça soit en termes économiques, sociaux ou environnementaux.

Définition développée

Partout où elles émergent, les sociales et complémentaires s’inscrivent dans une histoire et un contexte particuliers, et le mouvement d’ensemble se caractérise par une diversité foisonnante. D’après certaines estimations, il y aurait dans les années 2000 plus de 4000 dispositifs de ce type à l’œuvre dans le monde [1], mais ce chiffre est à prendre avec beaucoup de précaution, vu l’absence de données fiables. Par exemple l’enquête de l’économiste Jérôme Blanc sur la période de 1988-1996 a répertorié 465 monnaies dans 135 pays différents [2].
Cette diversité va au-delà des monnaies sociales et complémentaires : celles-ci ne sont en réalité qu’une partie d’une catégorie plus large, celle des « monnaies parallèles », où on retrouve également des dispositifs mis en place par les entreprises (cartes de fidélité, différentes sortes de « points » gagnés, etc.) dans un but strictement commercial, notamment pour fidéliser leurs clients. Comme ces dernières, les monnaies sociales et complémentaires circulent en parallèle de la monnaie principale du pays donné, en la complétant mais sans vouloir la remplacer. Ce qui distingue les deux groupes, ce sont les objectifs assignés aux monnaies et les motivations de leurs promoteurs : les monnaies sociales et complémentaires poursuivent des objectifs d’ordre social : cohésion territoriale, renforcement du lien social, relocalisation des échanges locaux, sobriété énergétique, consommation responsable, etc.
Ces objectifs sociaux peuvent s’appuyer sur des outils techniques différents : billets physiques ou transactions électroniques, monnaie locale ou monnaie-temps, systèmes d’échange locaux… Quelle que soient leurs modalités concrètes, explique l’économiste Marie Fare, « toutes ces monnaies ont pour caractéristique essentielle d’être restreintes dans leur usage, qu’il s’agisse d’une frontière territoriale ou d’un groupe spécifique d’utilisateurs. Cette limite représente une contrainte mais offre aussi, en retour, trois effets potentiellement positifs au regard du développement soutenable :
- relocalisation des activités ;
- stimulation des échanges locaux ;
- changement des comportements individuels [3] ».
Soulignant le lien entre monnaie, emploi et crédit, Bernard Lietaer vante les mérites du WIR qui, selon James Stodder, est un facteur explicatif de la stabilité de l’économie suisse, de par sa capacité de résilience face aux mouvements financiers mondiaux [4]. Qu’elles soient comptabilisées sur la base du temps horaire (« banques du temps » en Italie, Time dollar en Amérique du Nord), ou pour financer des prestations non couvertes par l’Assurance maladie (Fureai Kippu au Japon) ou dans le cadre d’échanges locaux (LETS, SEL, projet SOL, etc.), elles font preuve d’une réelle utilité sociale, voire écologique (Voir le cas du Projet Interreg Européen pour une monnaie de réduction carbone, avec les villes de Breme, Bristol, Bruxelles et Dublin). Certaines d’entre elles (Chiemgauer en Bavière) sont des monnaies fondantes appelées encore monnaies franches [5], qui sont périssables dans la mesure où elles se déprécient si elles sont thésaurisées et qu’elles ne circulent pas dans le cadre d’échanges.
S’inscrivant à l’encontre de l’utopie d’une suppression de l’outil monétaire, qui omet son rôle de vecteur des échanges et d’instrument de médiation sociale, les monnaies sociales et complémentaires véhiculent ainsi une autre approche de l’économie : la monnaie et le système monétaire doivent répondre aux besoins de la société, et les objectifs économiques doivent être subordonnés aux objectifs sociaux et/ou environnementaux.
Face à la compétence régalienne des États de batte la monnaie (constitutive de la souveraineté), les monnaies complémentaires supposent donc une véritable révolution des mentalités et sont, comme l’évoque Jérôme Blanc « une invite à une révision critique du concept de monnaie [6] ». Raison qui amène également Pierre Calame, dans la réflexion sur l’œconomie, à invoquer « le droit de créer des monnaies locales et la possibilité de paiement partiel des impôts locaux en monnaies locales [7] ».

Exemples

Parmi les monnaies complémentaires en circulation, on peut citer :
- le Wir Suisse, qui serait utilisé par près d’une PME sur cinq ;
- le Ithaca Hours (créée en 1997 à Ithaca, État de New York) ou le Time dollar : on signalerait l’existence de plus de 400 réseaux de la sorte en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) ;
- au Japon, le Fureai Kippu ou le Yamato Love (LOcal Value Exchange, initié par la mairie de la ville de Yamato où un tiers des habitants utilisent ce système de monnaie complémentaire, chacun créant son propre sous-système à partir d’une carte à puce qui permet de comptabiliser et d’effectuer les échanges) [8] ;
- en Allemagne, le Chiemgauer, le Roland, ou encore le Regio (RegioNetzwerk, avec 28 systèmes locaux opérationnels et 35 autres en formation).
- le C3 en Uruguay : Circuito de Crédito Comercial, une monnaie alternative développée en Uruguay afin de soutenir le développement des PME et dans une perspective de relocalisation de l’économie.
- les SOL, comme le SolViolette à Toulouse [9],
- le Banco Palmas dans le Nordeste du Brésil,
- Etc.

Parmi d’autres projets de monnaies complémentaires ou parallèles :
- le Terra TRC (Trade Reference Currency), projet sur lequel travaille Bernard Lietaer , conçu pour fonctionner à l’échelle mondiale, réservé à des transactions multimillionnaires entre grandes entreprises. Le Terra « est une monnaie complémentaire dont l’objectif spécifique est d’encourager les entreprises à penser à long terme [10] » et qui « a la caractéristique « de s’appuyer sur un panier de ressources en matière première afin d’éviter le décollage par rapport à l’économie réelle [11] » ;
- les systèmes envisagés dans le cadre du programme européen EQUAL et préconisé dans le Rapport “Reconsidérer la Richesse” de Patrick Viveret ; le Saber, la création d’une monnaie favorisant la réduction carbone dans le cadre d’un projet Interreg européen, ou encore celui du WIR européen ;
- Enfin, le principe de l’Open Money ou monnaie libre développé par le français Jean-François Noubel et le Canadien Michael Linton, qui repose sur une question en apparence simple : pourquoi chacun n’aurait-il pas le droit d’inventer sa monnaie ?

Historique de la définition et de sa diffusion

Sur le plan théorique, ce débat concerne le rôle de la monnaie (et de la création monétaire) dans l’économie. Pour l’économie néoclassique (la théorie « quantitative » de la monnaie), la monnaie est un intermédiaire neutre aux échanges, un bien particulier qui facilite les échanges mais qui n’y intervient pas. Pour les critiques de cette théorie, la monnaie est au contraire un outil à la fois malléable et puissant, dont l’impact sur l’économie réelle est profond : différents systèmes monétaires façonnent différemment le comportement des agents économiques et donnent lieu à des formes d’échanges différents. Aussi Bernard Lietaer, un des principaux promoteurs des monnaies sociales et complémentaires aujourd’hui, affirme-il que « l’effet du type d’argent utilisé n’est pas neutre ni sur la transaction, ni sur la relation entre les utilisateurs [12] ; par exemple, il n’est pas neutre pour l’économie réelle que « Moins de 5% des échanges quotidiens sur les marchés financiers correspondent à des biens et services réels [13] ».
Ce courant critique parmi les économistes, qui inspire souvent les promoteurs des monnaies sociales et complémentaires, remonte à Silvio Gesell et son ouvrage L’ordre économique naturel [14]. Gesell retrace les trois fonctions de la monnaie – moyen d’échange, unité de compte et réserve de valeur – et observe les contradictions qui émergent lorsque la même monnaie est utilisée pour stimuler les activités (faciliter la production et les échanges) et pour accumuler des réserves de valeur (l’épargne qui cherche tantôt un retour sur capital maximal, tantôt la sécurité). Formulée par Gesell au début du XIXe siècle, cette analyse trouverait sa démonstration avec la Grande dépression et résonnerait dans la Théorie générale de John Maynard Keynes, malgré les critiques de ce dernier à l’égard de l’auteur de L’ordre économique naturel. En temps de crise économique, la préférence à liquidité réduit la circulation de la monnaie (réduction des crédits par les banques, préférence aux placements à vue des épargnants) et étouffe encore l’économie réelle. La solution proposée par Gesell consiste à séparer les deux fonctions en créant une monnaie « fondante » (qui perd une partie de sa valeur de façon programmée, incitant les acteurs à la dépenser et lieu d’accumuler les réserves), dédiée uniquement à stimuler les échanges. De cette distinction fondamentale découle l’idée d’une pluralité des monnaies qui est à la base des projets de monnaies sociales et complémentaires, qu’ils soient ou non inspirés des travaux de S. Gesell.

Utilisations et citations

La pluralité monétaire ne commence pourtant pas avec S. Gesell ; historiquement, c’est la pluralité et la complémentarité, et non une monnaie unique contrôlée par l’Etat central, qui est la règle. Pourtant, observe Jérôme Blanc, « nos économies contemporaines fonctionnent généralement sur la base d’un principe d’exclusivité monétaire nationale, au sens où, dans un État contemporain quelconque, la monnaie doit généralement être :
-  unique car elle ne relève que d’une seule autorité et l’ensemble des instruments monétaires dérive de cette autorité ;
-  exclusive car on lui confie le rôle de pouvoir d’achat généralisé et elle est la seule à posséder ce rôle. Elle est ainsi censée couvrir la totalité du champ des pratiques monétaires internes au territoire considéré,
-  et propre à l’État dans le territoire duquel elle circule, au sens où l’autorité monétaire en question est l’État lui-même [15] ».

Les monnaies parallèles, qu’elles soient sociales ou autres, viennent bousculer ce principe ; d’où les controverses dont elles font l’objet. Si l’histoire moderne a vu l’instauration du monopole des Etats (ou plutôt du système bancaire formés par les banques privées et la banque centrale) sur la création monétaire, le thème de la pluralité monétaire est revenu dans les années 1920, dans le sillage de la Grande dépression. Les années d’entre-deux-guerres donneraient ainsi lieu à une série d’expérimentations monétaires dans le but de relancer l’économie locale. De cette première génération des monnaies complémentaires, ne reste aujourd’hui que la monnaie suisse WIR, utilisée actuellement par environ 60 000 PME suisses. Son intérêt principal est de fournir aux entreprises l’accès au crédit lorsque le système bancaire traditionnel le leur refuse : « Confrontées au resserrement du crédit et à la crise de liquidité, les PME suisses augmentent leurs transactions en WIR ; lorsque la conjoncture s’améliore, elles reviennent au franc suisse [16] », ce qui explique la capacité de résilience de l’économie suisse.
Une nouvelle vague de monnaies sociales et complémentaires commence au début des années 1980 ; Marie Fare parle à cet égard de quatre générations des monnaies. Les deux premières apparaissent dans les années 1980 avec les systèmes d’échange locaux (SEL) et les banques de temps. « Il s’agit de systèmes de crédit mutuel basés sur une unité de compte interne (…) ou sur le temps, donc avec l’heure d’activité comme unité de compte [17] ». Une troisième génération débute en 1991 avec l’Ithaca Hour. « Ces modèles visent à insérer la monnaie sociale dans la consommation quotidienne, et dépendent par conséquent de la participation des entreprises et des commerces locaux. Ils se veulent plus efficaces dans leur gestion et prétendent avoir plus d’impact que les générations précédentes, puisque les échanges ne concernent pas un cercle restreint des adhérents mais un territoire entier. » Le cas le plus connu mondialement est celui la monnaie brésilienne Palmas, lancée à Fortaleza en 2000.
Enfin, une quatrième génération de monnaies sociales a émergé au début des années 2000. « Elle a pour particularité de combiner plusieurs objectifs jusqu’ici demeurés séparés et d’impliquer plusieurs types d’acteurs. La complexité technique de ces projets alourdit leur coût financier et conduit leurs promoteurs à nouer des partenariats avec les collectivités locales, les entreprises, voire les organisations nationales ou internationales – et à expérimenter avant de se lancer à une échelle plus large ».

Si les innovations foisonnent [18], notamment depuis les années 1980, leur impact réel reste encore marginal, que ça soit en termes économiques, sociaux ou environnementaux. En termes de volumes échangés, la monnaie suisse WIR reste loin devant toutes les autres. Son volume des échanges s’élevait en 2008 à 1,5 milliards de francs suisses [19], un chiffre très supérieur au poids d’autres monnaies parallèles mais qui reste modique (0,35%) une fois rapporté à la masse monétaire globale.

Notes

[1Jérôme Blanc, Exclusion et liens financiers : Monnaies sociales, rapport 2005-2006, Paris : Economica, 2006, 547 p. & Marie Fare, Monnaies sociales comme outil du développement soutenable, février 2012, publié sur le site de l’Institut Veblen pour les réformes économiques : http://veblen-institute.org/Monnaies-sociales-comme-outil-du?lang=fr

[2Jérôme Blanc, Les monnaies parallèles : évaluation du phénomène et enjeux théoriques, publié sur le site de l’IRE : http://i-r-e.org/fiche-analyse-219_fr.html ; Version originale publiée dans la Revue d’économie financière, septembre 1998, n°49, pp.81-102

[3Marie Fare, Op. cit.

[4Bernard Lietaer, Créer des monnaies régionales pour traiter la crise globale, séance du 13 mai 2009 à l’Ecole de Paris du management, organisée en collaboration avec l’IRE (Initiative internationale pour repenser l’économie) et Prospective 2100, Compte rendu rédigé par Yves Dougin : http://www.i-r-e.org/bdf/docs/bl130509.pdf

[5Selon le principe popularisé par l’économiste états-unien Irving Fisher et imaginé avant lui par Silvio Gesell, selon lequel cette monnaie se déprécie à chaque période donnée, si on ne lui applique pas un timbre d’un montant équivalent à la perte

[6Cf. Jérôme Blanc, Les monnaies parallèles : évaluation du phénomène et enjeux théoriques : http://www.i-r-e.org/bdf/docs/blancmops1998hal.pdf

[7cf. Pierre Calame « essai sur l’œconomie », Éditions Charles Léopold Mayer, février 2009, http://www.i-re.org/bdf/docs/annexe_7_aot_avec_intro_agencements_institutionnels_oeconomie.pdf

[8Bernard Lietaer, Créer des monnaies régionales pour traiter la crise globale, Op.cit.

[9Sur l’engouement autour du Sol Violette, voir : Sol Violette : quatre fois plus d’utilisateurs que prévu, http://www.recma.org/node/1546

[10Terra economica (revue) N°40, Op. Cit

[11Patrick Viveret, Reconsidérer la richesse, Op.cit

[12Bernard Lietaer, 2009, Op.cit.

[13Chiffres donnés lors de sa conférence à Lille : Mutation mondiale, crise et innovation monétaire, Éditions de l’Aube, juin 2008, cité par Patrick Viveret, Reconsidérer la richesse, EDD : http://encyclopedie-dd.org/encyclopedie/developpement-durable/1-1-de-l-eco-developpement-au/reconsiderer-la-richesse.html ; et « Bernard Lietaer, a pu avancer qu’avant la crise, sur les 3 200 milliards de dollars qui s’échangeaient quotidiennement sur les marchés financiers, seuls 2,7% correspondaient à des biens et services réels !… » Vive la sobriété heureuse, Avant première de la leçon inaugurale 2009 de Patrick Viveret in Les défis de l’agriculture au XXIe siècle – Leçons inaugurales du Groupe ESA : www.vintagemaster.com/IMG/pdf/Post3_Les_defis_de_l_agri.pdf ; voir à ce sujet la carte proposée par le Monde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/speculation

[14Gesell, Silvio, L’ordre économique naturel, traduit de l’allemand : Die natürliche Wirtschaftsordnung durch Freiland und Freigeld, 1911, 8e édition, par Swinne Félix, Marcel Rivière, Paris, 1948

[15Jérôme Blanc, 1998, Op.cit.

[16Wojtek Kalinowski (2012), Pluralité monétaire et stabilité économique : l’expérience suisse, Institut Veblen pour les réformes économiques, février 2012 : http://veblen-institute.org/IMG/pdf/pluralite_monetaire_et_stabilite_economique_fr_oct_2011_.pdf

[17cette citation et les suivantes sont extraites de Marie Fare, Monnaies sociales comme outil du développement soutenable, février 2012, Op.cit.

[18Bernard Lietaer déclare ainsi : « Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ce phénomène, au début des années 1990, il y avait environ 300 monnaies complémentaires dans le monde, dont le WIR. Il y en a aujourd’hui plus de 5 000 ! », cf. Bernard Lietaer, Créer des monnaies régionales pour traiter la crise globale, Op.cit

[19Gwendolyn Hallsmith & Bernard Lietaer, Creating Wealth : Growing Local Economies with Local Currencies, New Society Publishers, 2011