À celle qui sait

Par delà les mondes chimériques de la lune Alpha,
Vallée engloutie aux mystères insondables,
Révolte passée d’un empire disparu,
Dans les cavernes froides de l’ancienne mémoire,
Gisait la belle aux yeux de jade, au cœur rayonnant,
La femme solitaire dans son tombeau ouvert,
La femme solidaire des soldats perdus,
L’éternelle flamme du grand Jalussen,
Le Dieu immortel aux mille visages,
Le Dieu d’une reine qui n’attendait plus.
Cent siècles déjà, d’un long tourment issu,
La beauté incarnée irradiait d’or et pourpre,
Espérant le prince qui la comprendrait,
Inconnu des lointaines terres,
Des collines et monts délétères,
Sur son cheval ailé arrivant enfin.
Surgi un jour d’hiver, un moment magique,
Dans ses bottes salies par la neige grise,
L’homme avançait, en infinie paix,
Sûr de son destin, de la rencontre ultime,
Avec sa promise moitié, sa sœur de toujours,
Avec sa promise moitié, il vivrait l’Amour,
Le seul, le vrai, l’infini, l’immortel…
Les deux moitiés s’unirent d’une puissante étreinte,
Leur joie vibrait partout où le regard portait,
Ils étaient là, enfin complets, enfin unis,
Et aucune distance ne compterait plus
Car le lien établi l’était à jamais.
Ils s’étaient libérés, êtres lumineux au cœur pur,
Ils s’étaient libérés, homme et femme au cœur sûr,
Passant l’épreuve du temps, le dernier défi,
Passant l’épreuve du vent, de l’illusion subtile,
Et plus rien ne pouvait, plus rien de voulait,
Les empêcher en eux, de vivre l’éternité.

Peu importe où elle est

Peu importe où elle est,
Peu importe où elle va,
Le roi la connaît, le roi la verra.
Son âme est en lui, son âme est en elle,
Et d’un chemin au suivant,
De carrefours en impasses,
Seul ce qui compte
Est l’essence de l’amour.
Libres comme l’air,
Le vent et la vie,
Chacun poursuit son but,
Chacun donne son être,
À son destin humain,
À son frère et sa sœur.
Et dans l’immense clameur
De ceux qui cherchent encore
À ne plus souffrir,
À ne plus avoir peur,
Ils marchent d’un pas sûr,
Par la force de leur cœur,
Jusqu’à ce que tombe la nuit
Sur un monde qui demeure,
Jusqu’à ce que monte l’envie
D’un avenir meilleur.
Ils sont Homme, ils sont Femme,
Tant que leur corps les soutient,
Et demain verra naître
L’Esprit en leur sein,
Et demain sera jour
Pour le genre humain.

Après avoir exploré les horizons du monde

Après avoir exploré les horizons du monde,
L’univers des songes et celui des chimères,
Les chemins escarpés, les déserts de feu, les flots en furie
Et les terres enneigées, je demeure.
Après avoir cherché, longtemps, dans le silence de la foule,
Dans le bruit de la nuit, et dans les lointains espaces,
La clef des mystères, les clefs de la vie,
En moi-même, j’ai trouvé, ce que nul livre ne disait,
En moi-même, j’ai rencontré, ma plus belle source,
Celle de l’amour, de la lumière et de la vie,
En moi-même, j’ai trouvé… qui j’étais.
Et maintenant, je demeure, et maintenant je suis,
Je ne cherche rien d’autre que la plus grande Lumière,
La lumière ultime, le divin essentiel,
Qui par ma vie, sera, exprimé dans ma chair.

L’arbre

Dans le jardin d’Eden,
Vivait un arbre immense,
Le témoin éternel,
La sagesse infinie.
Cet arbre portait des fruits,
Depuis l’aube des temps,
Et les nourrissait,
Comme une mère ses enfants.
Cet arbre aimait ses fruits,
Pommes d’or par myriades,
Et ceux-ci étaient l’arbre,
Et ceux-ci s’entraimaient.
Univers à lui seul,
Il n’était qu’harmonie,
Et son sein vibrait,
Et son cœur chantait,
Vers le grand Créateur
Dont il émanait,
Vers le Un cosmique
Qu’il était aussi.
Mais un jour, mais une nuit,
Il y eut un éclair,
Il y eut un nuage.
Mais un jour, une nuit,
Naquit l’ombre en ses branches,
Et ses fruits dans la lumière,
De mille feux resplendirent,
Ses fruits dans la lueur,
L’un l’autre découvrirent.
Peaux lisses et nues sous l’informe,
Chairs dorées sur le vide,
Ses pommes virent l’ailleurs,
Respirèrent l’infini
Et souhaitèrent s’y fondre.
Un instant translucide,
Dans une goutte de temps,
Les deux tiers quittèrent l’arbre,
Pour tomber vers quoi ?
Pour tomber jusqu’où ?
Les deux tiers quittèrent l’arbre
Et churent longtemps,
Longtemps.
Et un jour ou une nuit,
Le sol, elles heurtèrent
Et amèrement s’y meurtrirent.
Et un jour d’une nuit,
Elles se coupèrent, se déchirèrent,
Et furent depuis lors
Séparées, désunies,
Et furent depuis lors
Par moitiés, perdues…

Gaïa

Ô, vestige de Gaïa,
Ton soleil s’en est allé !
Ô, Gaïa la splendide,
Au fond de tes océans sans vagues
Seul un noir silence existe ;
Au fond de tes océans sans âge,
Seule la mort repose !
Dans leur aveuglement maudit,
Dans leur orgueil insensé,
Les hommes ont fait leurs œuvres,
Les hommes t’ont détruite !
Et nul ne connaîtra plus
Tes forêts enchantées,
Ta faune chamarrée.
Et nul ne connaîtra plus
Tes vertes collines,
Tes montagnes blanches.
Nul ne connaîtra plus
Ton ciel azuré,
Tes nuages de coton,
Et tes parterres fleuris…
Tes mers se sont vidées,
Tes océans se glacent
Et tes continents figés,
Tes sols vitrifiés
Craquent,
Se lézardent,
Se déchirent,
Sous les météores…
Même la Lune t’a quittée,
Lasse d’observer ta ruine,
Triste pour ton sort cruel.
Monde hostile et pestiféré,
Seule, déchiquetée, ravagée,
Dans l’obscurité spatiale,
Entre les galaxies,
Tu erres désormais,
À jamais…
À cause des hommes !
À cause des hommes qui se sont suicidés,
Jamais plus la vie n’accueilleras
Et pour les siècles des siècles,
Ton nom signifie…
Mort !
À cause des hommes !

L’Homme et l’enfant

Ô homme ! animal nuisible !
Combien de tes frères,
Combien de tes sœurs,
Sur ta mère la Terre,
Pourchasseras-tu ?
Sur ta mère la Terre,
Extermineras-tu ?
Si souvent, tu fermes les yeux,
Si souvent, tu fermes ton cœur,
À ton enfant qui crie,
À ton enfant qui pleure !
Empli de ton importance,
Du haut de ta morgue,
Comment pourrais-tu,
Pourquoi voudrais-tu
Te pencher sur les êtres
Que tu as mutilés,
Te pencher sur les êtres
Qui appellent dans la nuit
Une aide, un secours,
Qui attendent dans la nuit
Une réponse d’amour
Qui jamais ne vient ?

Le Sans Nom

Il est le temps qui passe,
Le ruisseau qui s’écoule,
La montagne qui s’élève
Et la mer qui s’étend.
Il est le vol d’un oiseau,
La course du guépard,
Toile d’araignée,
Coquillages sur le sable.
Il est le sourire d’une femme,
Le regard d’un homme,
La voix d’un enfant
Et la peau d’un vieillard.
Il est celui qui aime,
Il est celui qui crée ;
Chant est son nom,
Lumière son message.
Tu le verras partout
Où se poseront tes yeux,
Tu l’entendras partout,
Quand sauras écouter.
Mais d’abord, ouvre ton cœur ;
Il t’y attend,
De toute éternité.

Jumelles

Âme prisonnière
Des rivages obscurs,
Sous les feux de Satan,
Sous l’éclat du Soleil,
Au fond des abysses,
Tu as chu pleurant,
Au fond de la chair,
Tu restes gisant.
Toi qui sans vie
Les mondes imagines,
Pour cacher ta peine
Et calmer ton regret
De ne pouvoir aller
Où hier tu vivais,
Toi qui ne connais plus
Que la peur d’être seule,
Depuis toujours tu cherches
Ta moitié disparue,
Éternellement tu souhaites
Ta jumelle retrouver,
Pour ne former plus qu’un,
Pour enfin l’aimer !

Sagesse amérindienne

Je ne suis pas intéressé par ce que tu fais pour vivre.
Je veux savoir ce qui brûle en toi et
Si tu oses rêver la réalisation de ce que tu portes dans ton coeur.

Je ne suis pas intéressé par ton âge.
Je veux savoir si tu prends le risque de passer pour un fou au nom de l’amour, de tes rêves et de l’aventure qu’est ta vie. 

Je ne suis pas intéressé à savoir quelles planètes sont en carré avec la lune.
Je veux savoir si tu as touché le centre de ta propre tristesse, si tu as été ouvert aux trahisons de la vie ou
Si tu es devenu endurci et fermé par la peur d’une peine prochaine.
Je veux savoir si tu peux t’asseoir avec la douleur, la mienne ou la tienne, sans bouger pour la cacher, l’amoindrir ou l’arrêter.
Je veux savoir si tu peux être dans la joie, la mienne ou la tienne, si tu peux danser avec ferveur et laisser l’extase te remplir complètement, jusqu’au bout de tes doigts et de tes orteils sans nous dire de faire attention, d’être réaliste ou de ne pas oublier les limites de l’être humain. 

Je ne suis pas intéressé à savoir si ce que tu me dis est vrai.
Je veux savoir si tu es prêt à décevoir les autres pour rester vrai avec toi-même et si tu peux supporter d’être accusé de trahison et ne pas trahir ton âme.
Je veux savoir si tu peux être fidèle et donc digne de confiance.
Je veux savoir si tu peux voir la beauté même lorsque ce n’est pas tous les jours bien joli, et si tu peux sentir que la source de ta vie réside en Sa présence.
Je veux savoir si tu peux vivre avec des échecs, les miens ou les tiens, et pourtant continuer à te tenir debout au bord du lac en criant à la pleine lune argentée « oui ». 

Je ne suis pas intéressé à savoir où tu vis et combien tu gagnes.
Je veux savoir si tu peux te réveiller après une nuit de chagrin et de désespoir, de lassitude ou de douleur, et de faire ce qui doit être fait pour les enfants. 

Je ne suis pas intéressé à savoir qui tu es et comment tu es venu jusqu’ici.
Je veux savoir si tu peux te tenir au milieu du feu avec moi et ne pas te dérober. 

Je ne suis pas intéressé à savoir ce que tu as appris, où tu l’as appris et qui te l’a enseigné.
Je veux savoir ce qui te nourrit de l’intérieur lorsque tout s’effondre autour de toi.
Je veux savoir si tu peux rester seul avec toi-même, et si tu jouis vraiment de ta propre compagnie dans ces moments de vide. » 

Anonyme (« L’invitation »)